Rencontre au Magny – Yves, au nom du père

« Mon papa chéri ! » Des mots tendres d’un fils à son père. Jean Clarisse souffre de la maladie d’Alzheimer. Il a 90 ans. Jean s’en occupe jour et nuit depuis 8 ans. Un sacerdoce.

Branches de lunettes jaunes, gilet jaune sur le dos, sa vie est loin d’être rose. Il en parle à coeur ouvert, il l’évoque avec ses mots à lui. Le combat des gilets jaunes c’est le sien également. Il revendique sa place, celle de la reconnaissance dans la société des aidants familiaux.

Yves, il est la béquille de son papa. « Si je ne suis pas là, il tombe ». Alzheimer poussé à son extrême. Yves, son fils est devenu un copain, un copain qui lui donne à boire, lui fait à manger, gère son incontinence, l’emmène avec lui faire les courses, à la pêche aussi, maigre consolation en guise de distraction. Vendredi, pour la première fois en 8 ans, il s’est accordé un instant de liberté avec des copains gilets jaunes.

Au Vernois à Montceau-les-Mines, dans ces HLM où la précarité et pauvreté se côtoient, « je les rencontre chaque jour, on en parle parfois mais par fierté, on élude le sujet » raconte Yves. Le Vernois, son papa y réside, son chez lui. « Il y est mieux qu’à l’EHPAD ». Jadis, Jean cultivait son jardin devenu un petit coin de paradis pour Yves. Son papa a son appartement, Yves le sien dans la même cité. « Je le garde pour être sûr d’avoir un toit si papa venait à partir ».

Aide familiale, un vrai métier… inconnu

Chienne de vie quand même. Un papa alzheimer, un fils de 54 ans reconnu travailleur handicapé, une hanche douloureuse, une épaule en ferraille, un horizon bouché et une ouverture au Magny avec les gilets jaunes. « Je suis venu parce que je connais la souffrance, je vois la souffrance ».

Le pouvoir d’achat, on y est. Les aides, ça coince. Son papa touche 1335 € de retraite, 1520 € avec les aides. Yves a droit à l’ASS (aide spécifique de solidarité), 500 €. « J’ai passé toutes mes économies maintenant ce sont celles de papa, chaque mois, on prend 200 € » précise Yves. Et quand tout est payé, « il reste 500 € pour vivre à deux ».

« Je demande qu’on double l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), que nous, les aidants familiaux soyons rémunérés à 1 500 € net. Dans un EHPAD, c’est 2 000 € par mois. Je suis un oublié de la société ».

Sa demande est pleine de bon sens, « c’est juste davantage de justice et d’humanité » argumente Yves.

« Tu viens mon papa chéri ».

Jean Bernard

6 commentaires

  1. bravo monsieur vous êtes un exemple pour moi de la part d un gilet jaune anonyme et d un homme qui connaît aussi la souffrance et l isolement

  2. Je me souviens bien de Yves venu des le premier samedi avec son papa nous distribué du café et petits gâteaux .un geste qui m’a fait chaud au coeur .C était le premier à apporté quelque chose pour les gilets.maintenant il est encore la et pour juste cause .admirable

  3. Je vis exactement la même chose. Mais moi ma maman est un tout petit peu plus âgée.

  4. Quel plaisir qu’il y ai encore des personnes comme ça pour s’occuper de son père ou de sa mère. J’espère que l’avenir sera meilleur pour toutes les personnes en difficulté et que les gilets vaincront.

  5. Merci à toutes et tous

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