
Certains en étaient convaincus, la dynamique insufflée par David Marti lors des municipales au Creusot devait suffire à assurer la continuité. L’histoire en a décidé autrement.
Car pendant que beaucoup regardaient ailleurs, Charles Landre, sans bruit mais avec méthode, a fait bien plus que mener campagne, il a construit une alternative crédible. Pas de promesses irréalistes, pas de grands effets de manche, simplement un projet solide, suffisant pour faire tomber un maire en place et tourner la page de près d’un demi-siècle de domination socialiste.
Mais la victoire municipale n’est qu’une étape. Désormais, l’enjeu est ailleurs : la présidence de la communauté urbaine Creusot Montceau. Et là encore, Charles Landre avance sans détour. « Le message a été clair », martèle-t-il, rappelant que les électeurs ont exprimé leur rejet d’une gestion jugée partisane.
Sauf que le terrain a changé. A la CUCM, plus de majorité absolue. Et dans ce nouvel équilibre instable, tout devient possible… y compris les arrangements les plus inattendus.
Isabelle Louis, élue de justesse à Montceau, se retrouve en première ligne. Fragilisée par un recours électoral et dépendante d’équilibres précaires, sa candidature à la présidence repose sur des alliances pour le moins ambiguës. Dans les coulisses, les rumeurs s’emballent, Isabelle Louis aurait obtenu le vote d’Arnaud Sanvert en sa faveur à la CUCM en échange d’un coup de pouce pour éviter un retour devant les urnes. Et dire que Solange Capber, adjointe à la médiation culturelle et à la citoyenneté, parlait de « magouille » pour faire élire Charles Landre avec le soutien de Marie-Claude Jarrot, qui viserait une place de vice-présidente. Soutiens négociés, compromis silencieux… Les langues se délient, et rarement avec bienveillance.
L’ironie atteint son haut degré d’intensité quand socialistes, écologistes et voix issues de l’extrême droite se retrouvent à converger. Alors la question n’est plus seulement politique, elle devient presque sémantique. Comment nommer cela ?
Pendant ce temps, les maires ruraux s’organisent. Vingt-deux communes, bien décidées à ne plus être spectatrices, entendent peser dans la balance. Leur message est clair, la prochaine gouvernance devra compter avec eux. Et déjà, certaines prises de position interrogent, jusque dans les rangs macronistes, où l’on n’hésite plus à soutenir une candidate socialiste. Le « en même temps » atteint ici ses limites… ou ses contradictions.
Dans ce paysage brouillé, Charles Landre joue une autre partition. Pas d’états d’âme affichés, mais une ligne claire, remettre les territoires, notamment ruraux, au centre du jeu. Et surtout, rompre avec ce qu’il décrit comme une logique de distribution de postes. « Arrêtons la mascarade », lance-t-il, visant directement les pratiques qu’il attribue à son adversaire.
Son projet, lui, se veut concret. Eau, voirie, fiscalité, déchets, des sujets du quotidien, loin des postures politiciennes. Il alerte sur la hausse du prix de l’eau, sur une pression fiscale croissante et promet une inflexion nette. Sur les transports, il évoque un véritable « big bang », avec une ambition claire, reconnecter un territoire fragmenté.
Mais au-delà des infrastructures, c’est l’attractivité même du territoire qui est en jeu. La CUCM perd des habitants, et la tendance inquiète. Pour Charles Landre, l’équation est simple, « sans montée en gamme du logement et sans stratégie d’accueil, le déclin est inévitable ».
Santé, urbanisme, patrimoine, il déroule une vision globale, tout en pointant les manques actuels. Rien n’aurait été suffisamment engagé, selon lui. Jusqu’à proposer des décisions symboliques, comme redéfinir l’usage du château de la Verrerie, siège de la CUCM.
Le diagnostic est sévère, notamment sur les finances. L’épargne en berne, impôts en hausse. Là encore, il promet un changement de cap, notamment en faveur des acteurs économiques locaux.
Au fond, l’élection à venir dépasse les personnes. Elle pose une question simple, presque brutale, continuer comme avant, ou changer de direction. Et dans cette bataille, Charles Landre entend incarner bien plus qu’une alternative, une rupture.
« Le changement est le plus sécurisant », affirme-t-il.
Dans ce paysage fragmenté, qui saura rassembler au-delà des lignes de fracture ?
J.B.




