OMB – Difé Kako, de l’humanité toute chaude et noire de boue et d’obus

Ce spectacle aurait mérité un carton plein à l’Embarcadère. Il y a eu dans après-midi la séance pour les scolaires.

La Compagnie Difé Kako a mis les petits sentiments dans les grands et servi un spectacle gastronomique.
Deux mois de travail dans les écoles et la première partie du spectacle nous a livré des CM1 et CM2 de Jules Verne au top, convaincus de ce qu’ils démontraient et donc convaincants.
Que ce soit avec les écoliers ou ensuite avec les 4 danseuses le spectacle met en lumière et en douleur le rôle des troupes coloniales et donc Antillaises lors de la der des ders entre 1914 et 1918.

Ce que le Général Pétain et ses collègues appelaient l’économie du sang français est montré ici dans toute sa cruauté et sa nudité sanglante : on faisait monter en première ligne, on faisait nettoyer les tranchées ennemies, par les noirs des troupes coloniales.  Puis lors des mutineries de 1917 et tout au cours du conflit « les fusiller pour l’exemple ».

La bande son accompagne les pas, la gestuelle. On ne montre pas l’horreur du carnage des champs de bataille, on laisse les anges gardiens des soldats morts expliquer à leur place.
On montre la fraternité, l’empathie entre pauvres hères.
Les lettres lues sont des tunnels permettant aux âmes errantes de parler, d’aller dire l’indicible.
La peur tisse sa toile, la mort rôde, le pauvre noir retrouve un joug qui le ploie.
Aucun geste, aucune mimique, aucun pas, rien n’est superflu. L’humain est mis à nu dans sa fragilité et son dérisoire face au broyeur industriel qui s’appelle la guerre moderne des hommes. Tous sont noirs de boue et d’obus…
Ces noirs se battent pour leur pays mais leur pays se battra-t-il pour eux ?

Le ballet de sauvages aux gestes saccadés, désarticulés, de pantins empêtrés dans la glaise sous l’acier qui déchire l’air et les corps ; le désespoir desséchant l’être pour le rendre poudreux comme la cendre ; l’appartenance à une sous-catégorie tout en appartenant à l’élite des héros de guerre ; tout ceci est magnifiquement rendu. Et le désespoir des femmes, des familles restées dans les îles…adieu foulards, adieu madras… Un spectacle magnifique…

Gilles DESNOIX

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