Hôpital – Un témoignage fort: « Il n’y a eu que des mauvais choix »

Jusqu’à présent, jamais le personnel de la chirurgie de l’hôpital de Montceau ne s’était exprimé mis à part un chirurgien auprès du Codef pour expliquer qu’après la fermeture de la chirurgie, les urgences suivront. Cette fois-ci, le témoignage que nous avons recueilli vient de l’intérieur, d’une personne qui chaque jour travaille au bloc opératoire, a été témoin de l’émotion qui a envahi le personnel à l’annonce de la fermeture de la chirurgie. Cette personne, que nous appellerons Yves, donne des détails, qui selon lui, a conduit à la déshumanisation de l’hôpital. « C’est moche » dit-il.

Depuis quand savez-vous que la chirurgie va fermer?

Yves: « Elle ne devait pas fermer car nous devions continuer à faire de l’ambulatoire d’excellence. On rentre le matin, on sort le soir. Fin 2017 ou tout début 2018, on nous dit que la chirurgie conventionnelle allait fermer mais qu’on allait mettre le paquet sur l’ambulatoire. A ce moment là, un collègue a voulu quitter l’hôpital et aller voir ailleurs, il a été retenu par la directrice de l’hôpital. Elle nous a dit qu’elle avait besoin de tout le monde. Et puis un mois plus tard, l’ARS (agence régionale de santé) annonçait que la chirurgie conventionnelle et ambulatoire allait fermer en mai 2018 ».

Combien de salles compte le bloc opératoire?

Yves: « Il y a trois ans, nous disposions de six salles, depuis deux ont fermé pour que le service soit plus efficient. Donc aujourd’hui, nous travaillons avec quatre salles et une autre pour l’endoscopie. Au total, nous avons sept salles depuis 1998, date de l’inauguration du nouveau bâtiment par Bernard Kouchner.

Et puis, pour vous dire que parfois on ne comprend pas ce qui se passe, surtout maintenant avec le recul. Fin 2017, les salles ont été informatisées. Les dossiers, les radios des patients, tout est affiché sur écran. Des investissements réalisés qui ne serviront donc plus à rien d’ici peu ».

Comment avez-vous, vous et vos collègues, réagi à l’annonce de la fermeture totale de la chirurgie?

Yves: « Nous nous sommes tous regardés. Nous étions sidérés. Mais pourquoi fermer le bloc opératoire étant donné le nombre d’interventions par an (NDLR: 6000). Suite aux nombreux efforts de chacun, des départs non compensés, nous pensions que nous serions pour le moins récompensés et conserver la chirurgie ».

Combien êtes-vous dans le service chirurgie?

Yves: « Environ 70 personnes, le personnel d’entretien, les infirmières, infirmiers et les praticiens ».

Comment se traduit le travail aujourd’hui? La directrice de l’hôpital nous a appris aussi que le service stérilisation fermait également.

Yves: « La stérilisation de toute manière devait fermer avec la fin de la chirurgie conventionnelle même si l’ambulatoire restait. La stérilisation devait se faire à l’hôpital à Chalon. Vous voyez le côté pratique! Maintenant, il faut savoir qu’ à partir du vendredi à 16h, il n’y a plus d’intervention pendant le week-end et le bloc, la semaine, est fermé la nuit depuis le début de l’année. Aujourd’hui, on rémunère le praticien d’astreinte pour qu’il donne son avis et dirige le patient sur Chalon.

Un exemple, en début d’année, une patiente arrive avec une fracture du col du fémur. Elle est prise en charge aux urgences, nous sommes un vendredi après 16h donc pas possible d’opérer. Elle est dirigée sur Chalon qui l’accepte mais sur place, il n’y a pas de lit disponible et elle est revenue chez nous ».

Les urgences, justement, elles ne ferment pas…

Yves: « Dans ces conditions, c’est mort. D’ailleurs on entend parler qu’un service des urgences va fermer sur la région. Au Creusot, certainement pas. Alors ?

Le Codef, les élus, la population se sont rassemblés à deux reprises depuis janvier pour dire non à la fermeture de la chirurgie et jamais personne de chez vous y a participé. Pourquoi?

Yves: « Depuis la fermeture de la maternité en 2009, on prend désormais les événements avec une certaine fatalité. A un moment donné, nous avons tous fait des efforts. Mobilisés, nous l’avons été au quotidien pendant des années ».

Mais tout de même…

Yves: « J’explique. Ici, au CH de Montceau, la majorité des praticiens ne sont pas du cru, ils ne défendent pas l’hôpital, ce sont des mercenaires, ils ont du travail ailleurs. Il n’y a qu’un seul praticien qui est PH (praticien hospitalier), les autres sont dans le privé. Ils sont sept au total, chirurgie orthopédique, viscérale, neurochirurgie et endoscopie ».

Ils sont tous reclassés à l’hôpital à Chalon?

Yves: « A Chalon, une extension de deux salles est prévue à condition d’avoir le budget. A ce jour, un seul praticien va à Chalon. Quant aux spécialisés, les infirmières de bloc, les anesthésistes, ils sont 11 qui seront reçus la semaine prochaine à Chalon par la DRH (directrice des ressources humaines) selon le vœu de Christine Ungerer (directrice du GHT, groupement hospitalier du territoire). Sept infirmières en soins généraux seront reclassées sur l’hôpital de Montceau ».

A votre avis, qui est responsable de ce qui arrive?

Yves: « Mais c’est un échec politique, syndical, administratif et populaire, l’hôpital n’a pas été soutenu par la population. Il n’y a eu que des mauvais choix, notamment de laisser partir nos meilleurs praticiens. Nous sommes les seuls, dans la région, à faire de la neurochirurgie surtout pour le dos et à Chalon, ce ne sera pas possible avant septembre/octobre. Où les patients vont-ils aller se faire opérer? Officiellement, la chirurgie ferme le 2 mai 2018. Nous sommes le 5 avril et nous ne savons pas où nous seront affectés ».

Recueilli par Jean Bernard

 

8 commentaires

  1. Voilà un témoignage poignant qui reflète la triste réalité. Comment avons nous pu en arriver là ?
    Une chose est certaine, c’est le triste constat qui est fait.
    Toutefois, on ne peut pas accepter de tels événements sans réagir. Surtout quand il s’agit de notre santé à tous.
    Il faut lutter jusqu’au bout afin que les différents protagonistes comprennent que cette situation est intolérable. Nous avons tous droit à des soins de qualité.
    La solution passe par la présence d’une chirurgie à Galuzot.
    Si dans le futur, des drames surviennent faute de soins de proximités, les décideurs actuels devront en porter toute la responsabilité.
    Je ne voudrais pas être à leur place, car ils auront des comptes à rendre.

    Je persiste à dire que les blocs opératoires de l’hopital Jean Bouveri doivent continuer à fonctionner. Il y va de la santé de milliers de personnes.

  2. Bonjour M. LAROZE. Je suis de tout Coeur avec le personnel de l’hôpital et en accord avec vos écrits sauf sur un seul point. A savoir que pour être tout à fait honnête vous devriez écrire » les décideurs d’aujourd’hui ( sur 3 ans) mais également les décideurs d’hier (sur 20 ans) quant à la population elle souhaite encore garder son hôpital mais elle est désabusée de constater que les rassemblements qui devaient êtres unitaires sont devenus un combat gauche droite et une tribune pour certains.
    Laissons les divisions au placard et luttons ensemble.
    Face à nos divisions l’état reste spectateur et compte les points. Alors oui au rassemblements oui au combat mais NON aux meetings. Salutations.

  3. Les usagers de notre Centre Hospitaliers, avec leur Collectif, ont à plusieurs reprises et depuis plusieurs années attiré l’attention des pouvoirs publics et manifesté leur désaccord sur les décisions prises. Le millier des personnes qui ont manifesté le samedi 24 mars à Montceau-les-Mines contre la fermeture de la chirurgie ont exprimé une opposition qui est très largement partagée dans l’opinion publique.
    Pour une chirurgie de qualité et de proximité: amplifions le mouvement !
    Seule une action massive et déterminée peut inverser la tendance, sauvegarder une offre globale de soins de qualité et de proximité et favoriser l’emploi. Participons au rassemblement organisé par le Collectif de défense des usagers des hôpitaux (Codef) devant la Mairie de Montceau-les-Mines le samedi 21 avril à 10 heures.

  4. Monsieur SILLA. Bien que ne partageant pas vos idées politiques ( qui sont aussi nobles que les miennes) vous êtes quelqu’un de modéré et je partage votre analyse. Oui nous nous rassembleront tous ( unis) le 21 avril devant la Mairie pour défendre notre hôpital. Nous verrons bien jusqu’où l’unité tiendra à moins que cela ne tourne un fois de plus au meeting et á la foire empoigne puis aux slogans politique. Quant à vous je fais confiance à votre détermination pour la défense de l’hôpital et également à votre légendaire modération. Cordialement.

  5. Vous dites une manifestation de tous les usagers mais sans aucunes banderoles ni pancartes syndicales ni politique et encore moins la présence sur le parvis de la mairie des soit disant apolitique du codef et surtout de l’homme au micro et la peut être les gens se mobiliseront

  6. Manifester aux côtés du Codef pour soutenir la chirurgie pourquoi pas mais être aux côtés de l’an CGT de Michelin qui veut se payer Jarrot…BOF ! Que le Codef mette au point une manifestation CITOYENNE et on se mobilisera.

  7. Cris #puericultricedesabusee#grossepenseeavousmescolleguesetavousfutursnonpatients

    Je ne sais pas ce que la lecture de cet article provoque en moi je fais partie de celle qui ont eu la chance de se reconstruire professionnellement mais je ne peux m’empecher De ressentir de la colère devant tant de mauvaises décisions
    Il y a déjà presque 10 ans on nous mariaient de force avec Le Creusot
    Jouant sur des valeurs chères au personnel du public nous nous sommes reconstruits dans un autre hôpital
    Bonnant malant nous y sommes restés 6ans pour qu’au final le divorce inéluctable laisse place à un gâchis monumental
    Aujourd’hui le service de maternité et sa pauvre petite appendice qu’est La pédiatrie ont disparu de montceau laissant place à un service de maternité sur Le Creusot qui lui a coup de bistouri de l’ars a été emputé de son appendice
    Alors je repense à tout ce que j’ai vu et entendu et je ne peux pas m’empecher De sourire (jaune je l’avoue) je revois encore toute cette mascarade lors de la pose de la première pierre de notre hôpital communautaire …. pauvres abrutis que nous sommes elle est belle notre pierre tombale j’irais bien la fleurir !!!!

  8. Bonjour Cris. Je suis admiratif devant votre analyse qui est juste et pondérée. Je vous soutien de tout Coeur ayant moi aussi m’a Fille qui exerce dans le milieu de la sante. Effectivement il vous a été promis la lune sans que l’état ne fasse aucun effort mais vous personnels soignants et personnels accompagnants avez consenti de gros efforts et de gros sacrifices sans n’avoir rien obtenu en retour. Mobilisons nous tous et cela quelque soit nos divergences politiques afin de vous soutenir
    Vous avez veillé sur notre Santé pendant des années (et dieu seul s’est que vous avez un métier difficile) a nous maintenant malgré nos différences de vous soutenir. Cordialement.

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