Elections européennes – Jérémy Decerle : « Vous n’êtes pas insensible à l’appel du chef de l’Etat »

Jérémy Decerle, de passage à Montceau-les-Mines la semaine dernière, a pris le temps de répondre à nos questions. A bientôt 35 ans, l’ex-président des jeunes agriculteurs, éleveur à Chevigny-sur-Guye, est l’une des têtes d »affiche de la liste Renaissance soutenue par La République en Marche. Numéro 4, il est assuré de siéger au Parlement européen où il aura à défendre l’agriculture française. Emmanuel Macron, président de la République, compte sur lui.

Vous étiez demandeur ou qui a pensé à vous ?

Jérémy Decerle : « Le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, m’a soufflé l’idée à l’oreille dix jours avant l’annonce de la liste (NDLR: le 26 mars). Dans un premier temps, j’ai réfléchi avec un cercle d’amis restreint. De plus mon mandat de président des Jeunes agriculteurs s’achève en juin. Honnêtement, je ne pensais pas faire de la politique ni ne pas en faire. J’ai toujours porté un intérêt particulier à l’engagement. Que le président de la République pense à moi est une forme de reconnaissance dans les idées que je défends (défendais) au syndicat. Vous n’êtes pas insensible à l’appel d’un ministre et du chef de l’Etat ».

Vous avez rencontré Emmanuel Macron ?

« J’avais une semaine pour réfléchir et le président de la République a désiré me rencontrer. Il m’a confirmé que si j’acceptais, je serai en position éligible et qu’il comptait sur moi pour porter les dossiers agricoles au niveau européen. Je devais être dans les dix. Finalement je suis numéro 4 sur la liste ce qui prouve l’intérêt que le président porte à l’agriculture. On te donne la possibilité de porter les idées que je défendais avec les Jeunes agriculteurs alors je ne vais pas changer d’objectif. Je ne pouvais pas refuser une telle offre. J’y vois également une chance pour la Saône-et-Loire ».

Que peut apporter Jérémy Decerle au Parlement européen pour la France?

« Mieux accompagner les jeunes qui s’installent et garantir une retraite décente à ceux qui vont partir. Dans dix ans, 50% des agriculteurs vont prendre leur retraite. La Parlement doit budgétiser un dispositif de transition et de transmission. Nous devons en France maintenir un nombre important de paysans pour conforter notre souveraineté alimentaire et assurer un revenu attractif. La PAC (politique agricole commune) doit clairement définir les objectifs et les budgets et moi je veux avoir des assurances que les paysans en tirent le meilleur parti. L’Europe, c’est une addition d’outils. Elle doit se préoccuper davantage du marché, de la sécurité, de la résilience des exploitations, de la gestion des risques comme la météo, que l’agriculteur puisse bénéficier d’une assurance revenu. Il faut admettre que l’agriculteur est un professionnel ».

L’agriculture roumaine n’est pas comparable à l’agriculture Française…

« En France, nous sommes 500 000, ils sont 4 millions en Roumanie dont l’agriculture est l’une des activités. C’est à l’Europe de définir un cadre et un curseur à chacun des 27 pays. Plutôt que de subventionner l’hectare, on subventionne l’actif, en somme aider la qualité au détriment de la quantité ».

L’alimentation est aujourd’hui un sujet prégnant tout comme l’environnement…

« Au niveau européen, nous devons réaffirmer les attentes alimentaires avec des accords internationaux plus clairs. Cela ne dérange personne qu’un milliard de personne crèvent de faim alors qu’on échange des aides alimentaires contre des armes de guerre !

Alors parlons,  par exemple, du glyphosate. On nous dit, c’est dangereux. L’Europe donne cinq ans pour arrêter le glyphosate, Macron, trois ans. Nous devons accompagner une sortie propre. Si nous interdisons trop vite, sans alternative, des exploitations vont fermer et les Français vont continuer à se nourrir, ils iront chercher les produits ailleurs. Il faut trouver des solutions. Du glyphosate, on en fait un sujet de société mais qui parle des suicides des agriculteurs, un tous les deux jours chez nous. Les paysans doivent retrouver de la sérénité, du revenu, de la reconnaissance. Il faut arrêter de trop leur en demander ».

Propos recueillis par Jean Bernard

2 commentaires

  1. L’appel de la gamelle… Agriculteur, fils d’agriculteur et petit-fils d’agriculteurs, il nous a trahi. Macron et l’europe s’en foutent de nous, on parle des retards de versements de PAC ? On en parle de nos amis agriculteurs qui subissent les problèmes d’ichen ? Etc. Les mêmes causes produisent les mêmes effets et vous ne changerez rien avec Macron. Suffit de voir avec les gilets jaunes et le grand débat, il nous l’a bien mis à l’envers. Ne vous revendiquez plus agriculteur mais politicien. Avec les amis agriculteurs, lorsqu’on a appris ça, on a fait le parallèle avec un ancien syndicaliste de Florange devenu tête de liste du PS. Il a vite oublié son combat pour ses copains de Florange, a bien engrangé la paye de député européen et depuis 2014 où il a été tête de liste PS puis élu on en entend plus parler. Hélas ce sera pareil avec vous et on ne sera plus dupe. En tout cas, vous n’aurez ni ma voix ni celle de ma famille et de bons nombres de paysans.

  2. Ceux qui affament le milliard de personnes dont vous parlez sont les plus grands amis de Macron, ceux qui vivent du capital et du travail des salariés qu’ils méprisent ; vous savez, les gaulois réfractaires, les illettrés, les alcooliques, ceux qui ne sont rien, les fainéants qui pourraient trouver du travail en traversant la rue.
    Alors, soit vous déchanterez vite et abandonnerez votre mandat, soit vous trahirez les idées que vous nous exposez. Avec un peu de sagacité et en analysant un tant soit peu la crise des Gilets jaunes, vous auriez pu vous éviter une future déception.
    Quoiqu’il en soit, soyez assuré qu’en Saône-et-Loire, nous serons un certain nombre à attendre et à observer vos résultats.

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