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Charmoy – 22 000 poules pondeuses et des fientes, la recette d’un projet brouillé

Gilbert Coulon, maire de Charmoy.

Franck Vernay, éleveur qui a alerté sur le projet de son voisin.

Dominique Cornet, président de Creusot Montceau Territoire Ecologique.

C’est sur ce versant que le projet avec 22 000 poules pondeuses verra le jour.

Le lieu-dit Les Garreaux à Charmoy se présente comme une carte postale avec ses vallons, ses prés, ses fermes, un coin paisible sous le chaud soleil en ce mercredi du mois de mars. La belle campagne.

La douceur printanière est pourtant toute relative depuis que Franck Vernay a découvert que son voisin, à deux cents mètres de chez lui, Pascal Vacher, a lancé son projet de construction d’un élevage industriel de poules pondeuses. Des poules au milieu des vaches, pas de quoi fouetter un chat ! Si ce n’est que le projet propose un élevage de 22 000 poules pondeuses sur un versant très en pente et qui fait craindre, en cas de fortes pluies, une contamination des eaux lu lac de la Sorme situé à environ 5 km à vol d’oiseau. Un ruisseau serpente jusqu’à la rivière la Sorme laquelle se déverse dans le lac, « principal réservoir d’eau destinée à la consommation humaine de la Communauté Urbaine Creusot-Montceau » rappelle Dominique Cornet, président de Creusot Montceau Territoire Ecologique. « En moins de deux heures, l’eau ruisselle vers le lac » précise-t-il. « Il faut au moins deux jours » avance de son côté Pascal Vacher. « Le terrain absorbe ».

Car même si les fientes des volatiles seront récupérées dans un bâtiment de 2000 m2, les opposants au projet sur le site prévu, estiment que les poules qui auront 9 hectares pour se dégourdir le pattes, ne vont pas toujours se retenir. « Alors, nous pouvons craindre un fort lessivage des fientes quand il va pleuvoir » fait remarquer Dominique Cornet.

D’ailleurs, étant donné que la qualité des eaux du lac de la Sorme peut être altérée, les éleveurs sont soumis à des contraintes. « Nos bêtes n’ont pas accès au ruisseau, les engrais sont limités, des pâtures sont réduites dans certaines zones » explique Franck Vernay. La charge à l’hectare, « c’est l’équivalent de huit vaches sur un terrain de rugby ». En analogie avec le projet de son voisin, « ce serait huit vaches dans les 22 mètres ».

Personne n’a bronché sur le projet

malgré l’avis défavorable du maire

« On demande aux éleveurs de faire attention aux ressources en eau et on laisse faire ce projet, c’est incohérent » signale le président de CM Terreco.

22 000 poules, même sur 9 hectares en plein air, « c’est beaucoup de phosphore et rien ne l’interdit » relève Franck Vernay. Toutefois, le maire de Charmoy, Gilbert Coulon, quand bien même a-t-il signé le permis de construire du bâtiment, a émis un avis défavorable, « mais personne à la communauté urbaine qui instruit le projet, n’a percuté. Remarquez, même l’ARS (agence régionale de santé) a dit qu’il était dans les clous ».

En somme, aujourd’hui, rien ne peut empêcher la construction d’un bâtiment de 2000 m2, « alors qu’il n’a pas sa place sur le versant de la Sorme » ajoute le maire.

Ce n’est pas tant les poules pondeuses que redoutent les opposants, c’est surtout l’emplacement, « car nous ne sommes pas contre la diversification même si nous privilégions l’élevage en plein air mais ce modèle est défendu par un syndicat agricole » souligne Dominique Cornet.

Dans l’immédiat, « nous voulons surtout alerter pour provoquer des réactions et permettre de trouver des solutions dans le but d’ atténuer le problème » signale-t-il. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, surtout brouillés.

La vie de paysan n’est pas une longue rivière tranquille.

Jean Bernard

9 commentaires

  1. A noter qu’ un projet identique et en route sur la commune de gourdon,les eaux de ruissellement iront aussi dans la rivière qui alimente l étang du plessis.
    Le permis est également accordé pour ce projet.

  2. Il faut se battre contre ce projet

    La qualité de notre eau potable en dépend

    Saisir le tribut administratif contre l’autorisation

  3. Usine à mal-bouffe et à souffrance animale ! Honteux…. Paysan, oú est ta conscience ?

  4. Patrick Oleksiak

    En cette période pour le moins troublée, des études indiquent que l’élevage intensif favorise le développement des pandémies.Grippe aviaire 2020 : plus de 600 000 volailles abattues.
    Pourquoi diable vouloir continuer dans cette voie ? Dans notre belle campagne ? Pour le fric, bien sûr , au détriment de la santé de l’environnement et du bien être animal.
    L’eau potable devient une ressource qui va devenir rare et précieuse, c’est un bien commun qui ne doit pas être menacé par ce genre de projet industriel. NON NON et NON ! La population a son mot à dire et doit décider de son avenir !

  5. La solution serait peut-être d’imposer une mini station d’épuration à l’exploitant sur ce petit ruisseau avant d’arriver dans le lac de la sorme.
    En cherchant bien il y a sûrement des subventions à obtenir.
    Si l’exploitant tient tant à ce projet il doit y réfléchir.

  6. ben moi , je n’achèterais pas ses œufs, car de l’intensif, même de proximité, sera élevé aux ogm et certainement pas bio,( bien que cette appellation!!!!!!!) de plus faudrait qu’il couvre ses hectares pour éviter la grippe aviaire par les oiseaux!!! faites plutôt de la qualité , pas de la quantité!

  7. Je suis en train de lire « la fabrique des pandémies » de Monique Robin. Édifiant ce bouquin qui compulse des tas d’études scientifiques. Le constat est sans appel, le destruction des écosystèmes par la déforestation, l’urbanisation, l’agriculture industrielle et la globalisation planétaire menace directement la santé planétaire.
    Pourquoi ce commentaire? Parce qu’il parle notamment du rôle des élevages intensifs dans l’augmentation des pandémies de grippes…
    De plus dans ce type d’élevage, si un virus apporté par un volatile sauvage, un rougeur ou même l’homme s’installe, c’est très vite la totalité de la population qui est contaminée, avec les conséquences que l’on peut supposer…
    Je ne reviens pas sur l’eau , d’autres en ont parlé.

  8. Si ma mémoire est bonne, Christian, il y a des décennies, la Sorme a été bien près de ne plus être récupérable comme réserve traitable et il aurait été nécessaire d’y injecter de l’ozone pour faire fermenter et stériliser les matières (fécales ?) qui la polluait ?
    Actuellement, étant donné l’odeur de Javel qu’elle dégage souvent, je me demande si la situation est autant assainie qu’on nous l’affirme…
    A moins que ce soit pour lutter contre a Covid via les dégagement de chlore via l’eau « potable »?

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