Montceau – Geneviève de Gaulle-Anthonioz : le refus de l’inacceptable

« Les bains et les salades sont des rêves de prisonniers. Mais, rentrée en France, il faut reprendre le combat et faire une place aux déportés dans le pays ». Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Dans le cadre du 80e anniversaire de l’attribution de la médaille de la Résistance française à Montceau-les-Mines, les Ateliers du Jour accueillaient une conférence consacrée à Geneviève de Gaulle-Anthonioz, en collaboration avec ATD Quart Monde.

Animée par Mascha Join-Lambert, qui rencontra Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 1972, cette soirée aura permis de comprendre la profonde unité d’une vie placée sous le signe de la résistance à l’occupant, à la déshumanisation, puis à la misère, à l’exclusion et à l’indifférence.

On regrettera seulement que le public n’ait pas été plus nombreux, tant le propos fut dense et profondément actuel.

De Ravensbrück à ATD Quart Monde

Résistante, arrêtée en juillet 1943 puis déportée à Ravensbrück en février 1944, Geneviève de Gaulle-Anthonioz connut la faim, l’humiliation et la volonté méthodique d’effacer toute humanité chez les prisonnières.

Après la guerre, elle suivit les procès des responsables du camp, notamment celui de son directeur, Fritz Suhren. Des procès qui se déroulèrent dans une relative indifférence. Cette indifférence la bouleversait, elle y voyait déjà le danger d’une société qui préfère détourner les yeux plutôt que d’entendre la parole des victimes.

Mascha Join-Lambert a expliqué le cheminement qui conduisit Geneviève de Gaulle-Anthonioz à rapprocher son expérience concentrationnaire de celle des familles plongées dans la très grande pauvreté. Il ne s’agissait évidemment pas de confondre ces réalités. Mais elle y discernait des mécanismes semblables : l’effacement de l’individu, la négation de sa parole, la privation de ses droits et sa mise à l’écart de la communauté humaine.

Sa rencontre avec le père Joseph Wresinski et les familles du bidonville de Noisy-le-Grand donna une nouvelle direction à son engagement. Présidente d’ATD Quart Monde durant plusieurs décennies, elle porta avec force le combat contre l’extrême pauvreté.

La gravité du courage

Geneviève de Gaulle-Anthonioz était une femme qui portait en elle une certaine gravité. Mais celle-ci n’était ni renoncement ni soumission. Elle était associée à une histoire du courage, regarder la réalité en face, la nommer avec rigueur et refuser de s’y résigner.

Mascha Join-Lambert a souligné cette fraternité radicale, exigeante, qui ne se satisfaisait pas des discours. Sur la pauvreté, le logement, le mal-logement et les conditions de vie indignes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz attendait des actes et la reconnaissance de droits véritables.

Elle porta ainsi la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions, adoptée en 1998. Une loi qui, selon la conférencière, s’est progressivement effilochée. Alors que la grande pauvreté demeure, il faudrait désormais en reprendre les fils et presque la retisser.

Son action reposait sur quelques convictions fortes : l’égale dignité de toutes les personnes, le partage comme point de départ de l’action, la rigueur indispensable du témoignage, l’importance des réseaux de solidarité et le combat permanent pour la dignité.

Chaque femme, chaque homme porte en lui une valeur inaliénable.

La poésie comme ultime résistance

La conférence a enfin évoqué Grażyna Chrostowska, jeune résistante et poétesse polonaise emprisonnée à Ravensbrück.

Le 18 avril 1942, quelques heures avant d’être fusillée avec sa sœur Apolonia, elle écrivit son dernier poème, L’Inquiétude. Elle avait 20 ans. Ses mots furent sauvés parce que ses compagnes de détention les apprirent par cœur :

« Des arbres solitaires, sombres  inclinés, dans le vent et le silence, vacillent d’inquiétude ».

Une conférence précieuse, rappelant que la mémoire n’est pas seulement une évocation du passé, mais une responsabilité dans le présent.

Chez Geneviève de Gaulle-Anthonioz, il n’existait finalement qu’un seul combat, refuser l’inacceptable chaque fois qu’un être humain est humilié, rejeté ou privé de sa dignité.

J.B.

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