Histoire – La vraie-fausse photographie de Niépce et ce petit grain de folie

La légende raconte qu’un après-midi d’été, Isaac Newton était assis sous un pommier lorsqu’une pomme lui tomba sur la tête. De cette rencontre aussi improbable que providentielle serait née une réflexion qui allait conduire à la loi de la gravitation universelle.

Pas très loin de chez nous, à Saint-Loup-de-Varennes, près de Chalon-sur-Saône, une autre histoire, tout aussi extraordinaire, allait changer le monde. En août 1827, Nicéphore Niépce réalise ce qui est aujourd’hui considéré comme la première photographie permanente connue de l’histoire.

Mais l’histoire ne dit pas tout.

Nicéphore Niépce est inventeur. Et comme tout inventeur, il cherche, tâtonne, expérimente… et ne trouve pas forcément. Contrairement à Newton, aucune pomme ne lui tombe sur la tête. Pas même une petite.

Niépce imagine pourtant un procédé qu’il baptise « héliographie » _ littéralement, l’écriture par le soleil _ pour fixer une image. Il ne s’agit pas encore d’un négatif tiré sur papier, mais d’une image obtenue directement sur une plaque.

Et ce jour-là, pourtant, rien.

Après pratiquement une journée d’exposition, la plaque de métal sur laquelle l’image devait apparaître reste désespérément vierge. Niépce pense que son expérience a échoué. Il abandonne la plaque et, comme on se débarrasse d’un essai raté, la jette à la poubelle.

Fin de l’histoire ?

Pas tout à fait.

Cette incroyable anecdote, c’est Patrick Gorria, ancien directeur de l’IUT du Creusot, qui la raconte.

Car quelque temps plus tard, Nicéphore Niépce a besoin d’un morceau de métal. Il fouille parmi les rebuts et récupère, sans le savoir, la plaque même qui lui avait servi pour son expérience héliographique.

« Il la prend, tape dessus, puis la retourne. Et là, surprise, il aperçoit la photographie qu’il avait prise depuis la fenêtre de sa maison », raconte Patrick Gorria.

La plaque n’était donc pas vierge.

L’image était là, tapie dans le métal, invisible au premier regard.

Niépce venait d’inventer la photographie.

Et cette photographie, la première au monde, a pourtant quitté la Bourgogne et la France. Elle se trouve aujourd’hui à Austin, aux États-Unis.

Mais voilà qu’une nouvelle histoire commence.

Il y a une vingtaine d’années, deux chercheurs que Patrick Gorria qualifie volontiers de « fous » _ et qui, eux-mêmes, se définissent ainsi _ se mettent en tête de reproduire cette image à partir de l’original disponible sur Internet.

A l’époque, Patrick Gorria et Guy Jacrot manient le laser avec une précision qui n’a rien à envier à celle de Lionel Messi avec un ballon. « Puisque cette photo, nous ne l’avons pas, nous allons la dupliquer », se disent-ils.

Et ils le font.

A l’aide d’un laser, ils parviennent à restituer l’image sur une plaque métallique. Ils travaillent sur les contrastes, les nuances, les fameux « 50 nuances de gris », jusqu’à parvenir à reproduire avec une étonnante fidélité la photographie réalisée par Niépce en 1827.

Le résultat est bluffant.

Troublant, même.

On croirait l’original.

« Il ne faut pas le dire, plaisante Patrick Gorria, mais c’est l’originale qui est exposée au musée Niépce depuis cinq ans ».

Évidemment, il plaisante.

Quoique…

Dans le cadre du bicentenaire de la photographie _ qui explique l’exposition présentée depuis jeudi au Pavillon de l’industrie du Creusot sur le thème « Photographie et sciences » _ la fameuse vraie-fausse photographie est justement exposée.

Et si c’était la vraie ?

Après tout, pourquoi l’original serait-il nécessairement celui qui se trouve aux États-Unis, et la copie celui qui est en Bourgogne ?

Patrick Gorria et Guy Jacrot ne sont pas des faussaires. Ce sont des chercheurs dévergondés, de ceux qui aiment franchir les lignes, pousser les expériences jusqu’au bout et, surtout, poser les questions que personne ne pense à poser.

Ils pourraient, paraît-il, échanger l’original de Niépce avec leur reproduction.

Personne n’y verrait que du feu.

Alors, forcément, une idée folle traverse l’esprit.

Et si on essayait ?

Chiche !

 

J.B.

 

 

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