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On connaît l’engagement inlassable de Christiane Mathos pour transmettre l’histoire de l’abolition de l’esclavage, valoriser les cultures d’Outre-mer et faire vivre le devoir de mémoire auprès de tous les publics. Depuis 2009, le festival Bourgogne Outre-Mer (OMB), né à Montceau-les-Mines, incarne cet engagement et a progressivement étendu son rayonnement à l’ensemble de la Saône-et-Loire.
A la tête de l’association des Amis des Antilles, Christiane Mathos prépare activement la 18e édition du festival OMB, qui s’ouvrira le 4 mai 2027 au lycée professionnel Claudie Haigneré. La traditionnelle parade dans le centre-ville de Montceau-les-Mines se déroulera le samedi 8 mai, dans l’après-midi, en parallèle du marché créole.
Mais derrière les préparatifs de cet événement culturel, une histoire personnelle, intime et profondément émouvante vient rappeler que la mémoire de l’esclavage ne se résume pas aux livres d’histoire. Elle traverse les générations, les familles et les destins individuels.
Ce jour-là, dans les locaux de l’association, au pôle de la Lande, Christiane Mathos a évoqué un rendez-vous historique auquel elle entend bien participer, l’inauguration, prévue au printemps 2027 dans les jardins du Trocadéro, à Paris, du Mémorial national des victimes de l’esclavage.
Ce jardin mémoriel doit rendre hommage aux victimes de l’esclavage en donnant une place aux noms attribués à quelque 215 000 personnes en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Saint-Martin après l’abolition définitive de l’esclavage en 1848. Des noms qui sont encore portés aujourd’hui par leurs descendants et qui témoignent d’une histoire longtemps marquée par l’effacement des identités (1).
Pour Christiane Mathos, ce mémorial revêt une signification toute particulière. Dans cette mémoire collective, elle a retrouvé une histoire qui est aussi la sienne, « j’ai retrouvé, dans la liste, ma grand-mère », confie-t-elle.
Son mari s’appelait Henri Mathos. Il était esclave. Son épouse l’était également. Née en Afrique, elle avait 30 ans lorsqu’un nom lui fut attribué, le 16 janvier 1849, au lendemain de l’abolition de l’esclavage. Avant cela, son identité était réduite à un numéro : le matricule 337.
Derrière ces trois chiffres se dessine le destin d’une femme arrachée à son identité, devenue esclave, puis inscrite dans les registres de l’histoire au moment où la liberté lui était officiellement reconnue. Une femme dont le parcours aurait pu rester enfoui dans les archives, mais dont la mémoire ressurgit aujourd’hui grâce aux recherches de sa descendante.
Ce matricule, qui symbolise la déshumanisation imposée par l’esclavage, devient ainsi un point de départ pour retrouver une histoire familiale et redonner une place à celle qui l’a vécue.
Au-delà de cette découverte familiale, Christiane Mathos est également revenue sur une autre actualité majeure, le patronage de l’UNESCO accordé au festival Bourgogne Outre-Mer, une reconnaissance importante pour cet événement consacré aux cultures ultramarines et à la transmission de l’histoire.
Plus d’informations : Festival OMB – La reconnaissance de l’UNESCO – L’infoRmateur de Bourgogne.
L’année 2027 s’annonce donc particulièrement importante pour la mémoire de l’abolition de l’esclavage. Entre l’inauguration annoncée du mémorial national et la 18e édition du festival OMB, cette histoire continuera de s’écrire et de se transmettre.
Chez Christiane Mathos, la transmission n’est pas un simple discours. C’est un engagement de chaque instant. A Montceau-les-Mines, le devoir de mémoire est une évidence. Et l’histoire de l’esclave au matricule 337 lui donne aujourd’hui un visage, un nom et une histoire familiale.
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J.B.
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(1) Extrait du site anchouka.org – L’Africain déporté avait souvent, à son arrivée dans les colonies, deux « noms » : son « nom originel africain » et celui que lui avait donné le capitaine ou l’équipage avant ou pendant la traversée. Mais le maître, à l’achat des captifs, pouvait aussi tout à fait décider de lui donner un autre nom de son choix. Les négriers français utilisaient de préférence, semble-t-il, des prénoms masculins comme Jolicœur, Léveillé, Sans Souci, La Douceur, etc… Pour les femmes, des diminutifs de noms de saintes comme Zabeth, Toinette étaient très usités.
Par la suite, sur les plantations de la colonie, au bout de quelques jours, apparaissait un « surnom » ou un « sobriquet » venant s’ajouter ou se substituer aux autres noms. Celui-ci faisait référence à un caractère physique (Longs-bras, par exemple), à l’origine ethnique (Mina, Fantin, Moco, Ibo, Bourriqui), à un jour de la semaine ou à un mois de l’année (Vendredi, Mars, Avril…). Puis, au fur et à mesure, et surtout à la première génération d’esclaves créoles (ceux nés dans la colonie), furent attribués, comme prénoms, des noms de baptême (obligation était faite aux maîtres de faire baptiser leurs esclaves 6) correspondant à des noms de saints ou des noms liés à l’histoire, la mythologie, la culture et ce, au gré de l’humeur ou de la fantaisie des maîtres (Abel, Apollon, César, Socrate, etc.). Furent attribués également beaucoup de prénoms à la mode en France à la même époque. Cependant des noms d’origine africaine demeurèrent rappelant ainsi une ethnie, un lieu de traite, un nom ou un surnom d’origine. Ceux-ci pouvaient être adossés au prénom officiel avec la mention
« dit untel », par exemple « Georges dit Bourriqui », ou « Négresse dite Moco ». L’abondance des surnoms, sobriquets et diminutifs permettait sur une même habitation, d’identifier les esclaves aux prénoms identiques notamment après les achats et ventes d’esclaves.
Ces « dénominations » n’étaient pas des noms de famille car ils ne se transmettaient pas à la descendance. Les esclaves n’existaient pas dans le monde des Hommes. Ils n’étaient en général, pas inscrits sur les registres paroissiaux qui faisaient à l’époque office d’état civil et répertoriaient les naissances, baptêmes, mariages et décès.
Ces prénoms sont devenus avec le temps les « noms officiels » ou « nom de savane » (non savann) sur les habitations. Ce sont eux que l’on retrouve sur les listes d’esclaves des actes notariés (minutes de notaire) ayant trait aux ventes ou aux successions et dans les différents recensements (dénombrements) d’esclaves qui ont pu être effectués.
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