Evénement – L’histoire de Lâm Duc Hiên, du boat people à Montceau et le Kurdistan

Il n’a pas eu une vie facile. Quand, blessé au Kurdistan, l’armée française lui demande où devait-on le ramener, Lâm Duc Hiên  répond : « A Montceau-les-Mines ». Une fois rapatrié, avant même d’être conduit à l’hôpital Jean Bouveri, il a voulu passer par la maison voir sa maman.

C’est en 1977, quand il avait 13/14 ans, que Lâm Duc Hiên débarque à Montceau-les-Mines. « A Paris, on nous disait, venez à Montceau, on est bien accueillis et ils ne sont pas racistes », raconte celui qui est né au Laos de parents vietnamien. « En 1977, le maire, c’était mon père » lui indique Marie-Claude Jarrot. Le monde est petit. « La ville, à ce moment-là a été candidate pour recueillir boat people comme nous avons reçu des familles afghanes et syriennes il y a trois ans ».

En 1975, il fuit son pays après la victoire du Pathet-Lao et passe deux ans dans des camps de réfugiés en Thaïlande. A Montceau-les-Mines, il est hébergé au foyer des jeunes travailleurs. Il ne parle pas français, l’apprend évidemment comme les autres langues d’immigrés, Tunisiens, Turcs, Arabes, Italiens. « J’ai découvert les pommes et les fraises » se souvient-il.

Il obtient son bac S et va étudier aux Beaux Arts à Lyon. « Mais l’art sans engagement, c’est une coquille vide alors je me suis engagé dans l’humanitaire » et il part en Roumanie pendant la révolution. Ses années passées dans les camps en Thaïlande lui ont laissé une profonde cicatrice. Il a du mal à en parler, alors il photographie, se rend auprès des premiers réfugiés kurdes dans les montagnes situées entre le Kurdistan et la Turquie en 1991. Il est de nouveau confronté aux cauchemars de son enfance, la peur, la faim, les familles déchirées. « Un moment, j’ai compris que je me photographiais moi, c’est mon histoire personnelle » confie-t-il.

« Quand les Kurdes se font massacrer, avec mon appareil photo, je témoigne et je suis tout seul. Je devais montrer la détresse des réfugiés kurdes ».

Lâm Duc Hiên est un photographe de renom. Il a parcouru le monde entier, s’est rendu sur de nombreuses zones de conflits et crises humanitaires, il a donc noué un lien particulier avec le Kurdistan irakien et ses habitants. C’est là-bas, en 1991 qu’il rencontre John Paul Lepers, « quand les troupes de Saddam Hussein ont lancé une offensive dans les montagnes. Lâm travaillait pour une ONG lyonnaise, il s’occupait de logistique. Moi, j’était là pour TF1 » précise le réalisateur.

De là est né le documentaire « Kurdistan mon amour » qui retrace le parcours de Lâm Duc Hiên. Dans le film, il revient à Montceau et retrouve son ami Ngân, plus connu sous le nom de Boston, cuisinier et photographe. Ils étaient dans le même camp de réfugiés en Thaïlande. Ils ont même pêché la carpe dans l’étang du Plessis comme ils faisaient quand ils étaient gamins mais là-bas, au Laos.

Jean Bernard

La ville de Montceau-les-Mines a participé au financement du documentaire à hauteur de 3000 €. « Kurdistan mon amour » est à voir à 18h ce lundi 31 janvier 2022 en avant-première à l’auditorium des Ateliers du Jour.

 

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