•  

Eolane Montceau – L’histoire du site explique le présent sombre, sa mise à mort

Communiqué des représentants du personnel d’Eolane-Montceau.

Le site d’Eolane-Montceau et ses salariés

ne se laisseront pas salir.

Par Alain Schleich

A lire le communiqué de presse du groupe sur le site d’Eolane-Montceau, c’est à se demander pourquoi le sort de ce misérable boulet n’a pas été réglé de longue date. Tant de mansuétude du groupe pour cet éternel ingrat qui entraine l’empire à sa perte mériterait pour le moins bannissement et honte.

Ce serait donc à bon droit que le nouveau service de propagande du groupe tente : « La société Eolane Montceau est confrontée, depuis plusieurs années, à des difficultés récurrentes qui se caractérisent par un recul net de son activité et pénalise, de fait, très fortement le résultat du groupe ».  

Pas d’accord ! C’est plutôt le site de Montceau qui est très fortement pénalisé par le groupe ! L’histoire est nettement moins vertueuse pour Eolane et son capitaine d’antan. Comme la mémoire des anciens va bientôt s’estomper, l’heure est à l’inventaire. Et puisqu’il faut l’écrire et le transmettre, autant que cela soit fait sur des bases sérieuses, plutôt que sur les racontars de ceux qui ne nous connaissent pas.

Le début du XXI siècle a été marqué par la suppression massive d’emplois et la fermeture de nombreux sites industriels en Europe de l’Ouest, cela dans la continuité du mouvement de désindustrialisation lancé dix ans plus tôt. Il en a résulté une période d’aubaines inédites avec une grande braderie d’unités de production de renom, comme Bosch à Montceau, ou Thales à Roncq.

Ces groupes renommés tenaient à leur image. La cession de leurs sites se faisait dans des conditions très favorables pour les repreneurs, en leur assurant des moyens de production en excellent état et des revenus très confortables, de surcroit sur des productions garanties durant cinq années ou plus.

Et comme les mariées étaient reluisantes, les opportunistes en restaient les yeux écarquillés devant nos bâtiments luxueux et nos outils modernes. Parmi les repreneurs commençaient aussi à émerger des beaux parleurs et des pieds nickelés de tous poils.

Montceau et Roncq ont été cédés à Eolane avec des conditions exceptionnelles en 2002. Cinq années très profitables pour le premier, plus longtemps pour le second, de quoi tourner la tête à nos méritants prêts à conquérir l’Europe et pourquoi pas le Monde.

En toute logique, les contrats de Montceau devaient être révisés avec le donneur d’ordre allemand en 2007, avec des marges certes à la baisse, mais encore très appréciables. Nos négociateurs-conquérants s’y sont si mal pris qu’ils se sont retrouvés renvoyés profil bas vers les châteaux de la Loire. Et les productions sont parties en Pologne …

Ce retour à la réalité aurait dû refroidir leurs ardeurs, mais la flotte était déjà lancée toutes voiles dehors. Sur le pont supérieur, on faisait fi à répétition des alertes et conseils de prudence, jusqu’au naufrage de 2015 dans les récifs bancaires.

De son côté, le site de Montceau a subi violemment les conséquences de 2007. Plan social, réduction d’effectif par vagues, sous-alimentation en nouveaux clients, concentration des ardoises et des clients peu rentables du groupe sur notre site pour pouvoir justifier à terme de sa fermeture.

Les méthodes employées pour ce déclin volontaire, légales ou non, douces ou non, se sont répétées avec plus ou moins d’intensité au fil de la valse des dirigeants qui se sont succédé à la tête d’Eolane. Seul M. MALRIN, PDG trop éphémère, a douté du bien-fondé du sort de Montceau-les-Mines. Les autres salissent à l’unisson leur bouc émissaire montcellien et ses salariés pourtant plus que méritants.

Suite au PSE de 2008, le groupe a dû payer environ 1 million € pour des licenciements reconnus abusifs par le tribunal des prud’hommes. Appel, cassation, rien n’y a fait et l’arrête est restée en travers de la gorge de Paul RAGUIN le vertueux. Sans oublier les frais d’avocats multipliés par l’entêtement d’une soi-disant victime judiciaire. Ses colères résonnent encore dans la tête des salariés pris en otage.

De 2008 à 2011, l’apprentissage de la légalité a été laborieux pour ceux qui se sont crus au-dessus des lois ; nous y reviendrons. Toujours est-il que l’objectif de faire disparaitre Montceau et sa sombre mémoire a été le préalable à l’alibi financier.

Derniers coups en date : 2016 pour une baisse accélérée des effectifs par un record de ruptures conventionnelles ; 2017 et 2020 pour annoncer par deux fois la fermeture, de quoi nous achever en faisant partir clients et compétences. Résultat : il ne reste que 77 salariés à l’abandon.

Après avoir organisé le déclin du site, la direction générale voudrait maintenant prétendre l’inverse de ce qu’elle a fait : « Malgré les efforts déployés par le groupe Eolane pour maintenir l’activité de ce site (efforts réalisés depuis de nombreuses années) et pour trouver un repreneur à la société, Eolan-Montceau a demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire … »

Montceau n’a rien demandé. C’est le PDG du groupe en personne, Henri JUIN, qui est venu avec son armée d’avocats et de conseillers hors de prix pour enterrer Montceau au tribunal de commerce. Étrange tout de même de disposer de tant de moyens financiers pour accabler un site soi-disant en cessation de paiement. La cohabitation va nous être pénible pour les mois à venir …

Et maintenant, le réflexe absurde des communicants : « Pendant cette période, la société continue de fonctionner comme à la normale et assure la production de ses commandes clients ». Surprenant la description de notre coquille vide avec ses salariés désœuvrés à la maison. Il était inutile de rassurer les clients déjà partis. Pour les autres, le risque n’est certainement pas du côté de salariés respectueux.

Allons parler directement avec nos collègues des autres sites d’Eolane

Nous avons une pensée pour nos collègues de Roncq qui ont peu exprimé leur histoire si voisine de la nôtre. Leur désarroi les a emportés dans l’indifférence. Tournons maintenant nos regards vers Eolane-Douarnenez, un site acheté dix ans après le nôtre dans le balai des désindustrialisations. Leur activité est dédiée au prestigieux client Airbus dont les difficultés font l’actualité.

Rencontrer nos collègues de la pointe du Finistère devient une évidence et une nécessité pour que l’histoire puisse être racontée par ses acteurs du terrain, et non déformée par la vitrine des autos satisfaits qui prétendent agir au nom du groupe.

Après un petit détour par le château aux oies bien grasses et aux couteuses dépendances inoccupées, il reste encore à faire quelques centaines de kilomètres de route avant la suite …

2 commentaires

  1. Bonjour
    Le château est bien gardé par les oies du capital !
    Les gaulois réfractaires réussiront-ils un jour à vaincre César ?
    En tout cas, il ne faut rien lâcher !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *