Imaginez Casimir Kielbasa, président du Ciné Caméra Club de Montceau, caméra au poing, glissé dans la peau de Steven Spielberg. Devant son objectif, jouant les aventuriers _sans le célèbre feutre d’Indiana Jones, mais coiffés d’une simple casquette _, le maître-conférencier Robert Chevrot et Christian Merlin, en professeurs d’archéologie d’un jour, s’élancent à la découverte de la chapelle du Méplier, à Blanzy.
On aurait volontiers assisté à un nouvel épisode de la saga Indiana Jones, quelque part entre Le Temple maudit et La Dernière Croisade, avec son lot de mystères, de pièges et de redoutables adversaires prêts à tout pour s’emparer d’un crâne de cristal ou d’un hypothétique Graal blanzynois dissimulé dans une sépulture ou sous les dalles de la chapelle.
La réalité était bien différente, mais non moins passionnante.
Christian Merlin avait réuni plusieurs bénévoles de l’association Les Découvertes de Sanvignes, tandis que Robert Chevrot était accompagné de plusieurs administrateurs de la Physiophile. Leur mission, redonner vie à la chapelle du Méplier et dégager les tombes qui l’entourent, notamment celle du curé François Beraud, fondateur des orphelinats agricoles du Méplier et de Montferroux.
Ce samedi matin, armés de débroussailleuses, d’outils et surtout d’une solide détermination, ils sont venus arracher chapelle et sépultures à l’emprise des ronces.
« On ne voyait pratiquement plus rien, tout était recouvert », souligne Christian Merlin.
Longtemps abandonné, ce lieu chargé d’histoire, aujourd’hui propriété de la commune de Blanzy, semble aujourd’hui reprendre son souffle. Devant l’entrée de la chapelle repose François Beraud, né en 1807 à Montceau-l’Étoile et décédé le 11 août 1893.
« Je pense qu’il a d’abord été enterré ici avant la construction de la chapelle », avance Robert Chevrot, dont la curiosité pour la vie de l’abbé demeure inépuisable.
Homme d’Église, François Beraud était aussi un personnage influent qui marqua profondément le territoire de Blanzy et de Montceau. « Il décidait et il faisait », résume le membre de la Physiophile.
En 1854, il acquiert le domaine du Méplier afin d’y créer un orphelinat destiné à accueillir des enfants livrés à eux-mêmes dans les rues. Quelques années plus tard, l’Assistance publique lui confie également de jeunes filles, que l’on qualifiait alors, selon les termes de l’époque, de « vicieuses ». Les garçons d’un côté, les filles de l’autre; ils ne se retrouvaient que pour assister à la messe.
Rapidement, l’espace vient à manquer. Le curé rachète alors Montferroux et ses 140 hectares. Avec l’aide de ses pensionnaires, il y fait construire un second orphelinat en 1866.
« Là encore, l’Assistance publique lui confie des jeunes placés ou des détenus si vous voulez. Sous l’autorité de l’abbé, ils apprennent un métier, le travail de la terre et la discipline. Il y a eu jusqu’à 200 enfants », rappelle Robert Chevrot.
François Beraud était un homme de conviction, doté d’une autorité reconnue. Avec lui, nul ne songeait à s’écarter du droit chemin. La mémoire populaire a d’ailleurs conservé cette mise en garde savoureuse, relevée sur le blog du Musée École : « Si t’continues, te vas finir vé l’curé B’raud, au va t’dresser lui ! »
Ce curé était un personnage hors du commun. Son nom demeure gravé dans la pierre de sa tombe. Autour de lui reposent d’autres ecclésiastiques ainsi que, probablement, plusieurs religieuses ayant consacré leur vie aux orphelinats. A l’arrière de la chapelle, d’autres femmes de foi ont également trouvé leur dernier repos.
Grâce au travail des bénévoles, les tombes et la chapelle ont émergé de leur écrin de ronces. Plus qu’un simple chantier de nettoyage, c’est tout un pan de l’histoire blanzynoise qui vient d’être mis au jour.
« L’idée serait désormais de restaurer la chapelle. Mais il faudrait que les élus s’y intéressent afin de trouver des financements », imagine Christian Merlin.
Reste à espérer que son appel sera entendu, afin que ce lieu de mémoire retrouve pleinement la place qu’il mérite dans le patrimoine local.
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J.B.
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