Baignade – Un avocat valloirien tire le signal d’alarme

Suite à notre reportage sur la baignade interdite au lac des Fouthiaux à Sanvignes et le drame à Chalon-sur-Saône, Maître Vermorel prend la parole.

A gauche, Maître Vermorel, avocat valloirien.

Maître VERMOREL avocat au barreau de Chalon-sur-Saône, connu pour son implication régulière dans la défense des maîtres nageurs. 3 à 5 noyades chaque année pour lesquelles il plaide en correctionnelle, dont les plus récentes noyade d’enfants en piscine publiques de Châteauroux, Pézenas , Gerland, Pomeys, Bannière-de-Bigorre, etc.

« Apres le drame de Chalon-sur-Saône J’adresse aux élus locaux un appel solennel, organisons un colloque d’une journée sur la prévention des noyades, à Chalon ou au Creusot, le magistrat BELHACHE, moi-même et le professeur VIAL sommes prêts à répondre à ce défi avec La présence de la FNMNS et du SNPMNS.

Malgré mes interventions régulières dans les tribunaux correctionnels sur les affaires de noyades dans l’hexagone et outre mer, je ne m’habituerai jamais à ces drames. Il y a toujours une ambiance de plomb dans les prétoires des lors que la mort d’un enfant est en cause. On ne s’habitue pas à la mort d’un enfant. Ce qui est arrivé à Chalon est le drame le plus absolu pour les parents. Et pourtant ce drame aurait pu être parfaitement évité. Comme pour d’autres noyades d’enfants, c’est un problème national. Il y a 25 de cela ces trois enfants auraient sans doute eu un enseignement complet sur plusieurs cycles à l’école et auraient su se sortir de cette situation.

On ne se noie pas à 9 ans dans un lac en été si l’on sait nager ne serait-ce qu’un minimum comme le test de l’école de natation française ou tout autre test de capacité en natation.

L’Etat est clairement au centre de la faillite en matière d’enseignent de la natation scolaire en raison de l’abandon des politiques volontaristes des années 70/80. Il y a 25 ans très peu d’enfants arrivaient en 6ème sans savoir nager, aujourd’hui c’est 50% des enfants qui ne savent pas nager. Déjà en 2010 David DOUILLET posait le problème au parlement et rien depuis n’a changé.

Mon ami l’excellent magistrat honoraire Christian BELHACHE ancien MNS comme moi (Auteur de l’ouvrage le droit des baignades 7ème éditions) ainsi que le directeur de la fédération Nationale des métiers du sport et de la natation Monsieur Denis FOEHRLE sommes toujours consternés par ces catastrophes et nous intervenons dans les colloques des université de sports et les CREPS pour sensibiliser les acteurs professionnels et institutionnels à ces questions de responsabilité et de sécurité publique.

J’ai la faiblesse de penser qu’à l’occasion de ces drames épouvantables, la justice pourrait être saisie pour la mise en cause de la responsabilité de l’état. Car savoir nager c’est vital et on peut être initié très tôt aux fondamentaux de ce savoir.

Voici ce qu’en dit Monsieur FOERHLE Denis directeur National de la FNMNS et secouriste aguerri pour avoir sauvé des enfants de la noyade « Que des enfants ne sachent pas nager à partir de 9 ans est tout simplement scandaleux. Où est la mission de l’Etat et de ces soit disant objectifs dans l’atteinte des objectifs du savoir nager à l’école ? Je suis MNS depuis 1979, et j’ai pu participer à l’effort national mis en place dans les années 1980 à 2000, et je vous assure que nous jeunes savaient nager ou du moins se sauver ! Depuis, tout se fait à l’envers, réduction des créneaux, des objectifs flous voire inexistants, revue à la baisse des tests de natation de l’éducation nationale pour faire croire qu’on apprend toujours à nager à l’école (on se ment !), diminution des aides, retrait des MNS de l’enseignement de la natation par mesure économique, des enseignants peu ou pas formés ne sachant pour certains eux même pas nager et à qui on demande d’enseigner la natation,…, fermeture des piscines, des DSP à qui on demande de privilégier les activités lucratives à la place d’apprendre à nager à nos jeunes,  indifférence des élus qui ne prennent pas en compte la dimension de la nécessité d’apprendre à nager et qui se contentent d’actions de saupoudrage…..et qui ne manquerons pas de bien se faire représenter aux obsèques….

Une eau à 10°C  pour invoquer un semblant d’excuse…  Je ne connais pas ce plan d’eau, mais avec les chaleurs que nous avons eu ces derniers temps je suis sûr qu’en y trempant le thermomètre je serais largement au- dessus… mais cela changerai quoi ?  Même dans une eau à 20° ces jeunes se seraient noyés,… Tout simplement parce qu’ils ne savaient pas nager…. »  

 Le drame de Chalon met en évidence une situation hélas bien connue et dénoncée depuis des années, les résultats de l’apprentissage de la natation auprès des enfants scolarisés sont loin d’être satisfaisants puisque, à l’entrée en 6ème, la moitié de ceux-ci ne savent pas nager… Naguère, lorsque seuls les MNS des piscines enseignaient cette discipline auprès de ces enfants, tandis que le maître d’école patientait sur un banc en attendant la fin de la séance, 90% de ceux-ci savaient nager… Cependant, pour préserver l’autonomie pédagogique auréolant les fonctions de professeurs des écoles, cet apprentissage leur fut concédé. Si l’on doit louer la qualité des enseignants pour diffuser les savoirs fondamentaux, français, calcul, histoire… au demeurant il faut bien faire un constat, les professeurs des écoles ne sont pas, et de loin, plus qualifiés que les MNS pour enseigner la natation, laquelle, contrairement aux croyances généralement élevées au rang de dogme absolu par celles et ceux qui ne l’on jamais enseignée, n’est pas aussi simple qu’il y parait. Au fil des diverses éditions de mon livre ‘’Le droit des baignades’’, pour ma part, depuis bientôt trois décennies, je n’ai cessé de démontrer que toutes les circulaires régulièrement éditées en matière d’enseignement de la natation aux enfants scolarisés, mais aussi régulièrement réformées…, si elles s’étourdissaient de mots, elles étaient cependant dans l’irréel… et ne pouvaient pas permettre d’atteindre l’objectif souhaité, c’est-à-dire que tous les enfants scolarisés sachent nager. Malheureusement, malgré les évidences, les constats et les chiffres, rien ne changea jamais… Aujourd’hui le résultat est là : trois enfants d’âge scolaire d’une même fratrie sont morts, noyés !… Pour la ième fois je propose donc que les décideurs fassent preuve de réalisme, de pragmatisme, d’efficacité et de bon sens en concédant qu’il est grand temps, l’échec étant patent, de confier l’apprentissage de la natation des enfants aux seuls professionnels que sont les MNS et de laisser au vestiaire la procédure, graal parait-il, des agréments cache misère qui, finalement, malgré les affirmations des autorités ne soufrant aucune critique, démontrent régulièrement leur inefficacité et placent les authentiques professionnels… au rang peu valorisant de subalternes.

Serais-je aujourd’hui plus entendu qu’hier ?…

Un commentaire

  1. Mr, effectivement vous ne connaissez pas ce plan d’eau ! Oui en surface et jusqu’à 3 m l’eau est à 20 ° voir plus en été. En dessous de 3 m la température de l’eau descend rapidement pour atteindre les 8 voir 10 °. Je vous invites à venir y tremper les pieds avec nous.

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