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1er mai – Second voyage dans l’histoire avec la CGT

QUELQUES PREMIERS MAI HISTORIQUES 2/2

1er Mai 1891, la Fusillade de Fourmies dans le Nord.

Après 1890, devant les manifestations du 1er Mai qui se préparent, le gouvernement bourgeois de la IIIème République prend peur et recourt à la troupe. Des échauffourées se produisent un peu partout mais c’est à Fourmies qu’eut lieu la répression la plus aveugle. Alors que les ouvriers du bassin minier accompagnés de leurs familles défilent en chantant on voit même des drapeaux tricolores – la gendarmerie et la troupe – inaugurant les fusils Lebel – tirent sur la foule, faisant 9 morts, dont 8 de moins de 21 ans, et 35 blessés. Le 4 Mai, 30 000 personnes assistent aux funérailles qui se déroulent dans la plus grande dignité, derrière deux
drapeaux rouges crêpés de noir. Le cercueil de Marie Blondeau, 18 ans, est couvert de fleurs et lors des 1ers Mai suivants, les manifestants porteront à la boutonnière la fleur d’églantine cintrée d’un ruban rouge – plus tard remplacée par le brin de muguet, symbole de renouveau.

Les 1ers Mai 1905 et 1906.

Après plusieurs années de moindres mobilisations liées aux difficultés internes du mouvement ouvrier, il faudra attendre 1905 pour que de nouveau le 1er Mai marque un véritable réveil du prolétariat en Europe et en Russie où la Révolution de 1905 a été sauvagement écrasée par le tsar (« Dimanche rouge »).
En France, la manifestation du 1er Mai, préparée par la Confédération Générale du Travail (créée en 1895) et le parti socialiste SFIO (qui venait de s’unifier en avril) est un succès. Dès le lendemain, on définit déjà le cadre du prochain 1er Mai : « A partir du 1er Mai 1906, nous ne travaillerons plus que 8 heures par jour » lit-on sur la banderole accrochée à la façade de la Bourse du Travail de Paris. Dès le mois d’avril 1906, la tension monte. Le gouvernement Clémenceau transforme la capitale en état de siège en y concentrant 60 000 soldats.
Interpellations, brutalités policières auxquelles répondent manifestations et barricades. Plus de 150 000 grévistes, dont 50 000 métallurgistes montés à Paris.
Le gouvernement recule et fait voter le repos hebdomadaire et la durée du travail à 10 heures maximum.

1er Mai 1916 à Berlin : appel de Karl Liebknecht contre la guerre.

Jean Jaurès député SFIO qui a fait campagne contre la guerre, est assassiné le 31 juillet 1914. En août la guerre impérialiste de 1914-1918 et les différentes sections de l’Internationale se rangent aux côtés de leurs bourgeoisies nationales dans l’Union sacrée : leurs députés votent majoritairement les crédits de guerre. Ce seront des années difficiles pour la classe ouvrière, défaite, sans directives de la part de ses dirigeants pour se mobiliser.

Pour le 1er Mai 1916, Karl Liebknecht* lance cet appel contre la guerre : (* Premier député allemand à refuser de voter les crédits de guerre au Reichstag en déc. 1914. Accusé de haute trahison et emprisonné après son discours en 1916, il sera libéré en 1918, puis assassiné en 1919).

« Pour la seconde fois, le 1er Mai se lève sur la mer de sang, le massacre des peuples. Pour la seconde
fois, la fête mondiale des travailleurs trouve l’Internationale en ruines… Travailleurs ! Camarades !
Assez de ces luttes fratricides… En ce 1er Mai, nous tendons par-dessus les frontières et les champs de
bataille une Main fraternelle au peuple de France, de Belgique, de Russie, d’Angleterre, de tout
l’univers… Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Un petit tract complète cet appel : « Que quiconque est contre la guerre vienne le 1er Mai, à huit heures du soir, sur la Postdam Platz à Berlin. Du pain, la liberté, la paix ! » Malgré la peur de la répression, un millier de personnes se rassemblent, chantant l’Internationale et huant la guerre.

1er Mai 1917 en Russie : « A bas la guerre ! Le pain, la Terre, la Paix !

Après la Révolution de Février 1917, renversant le tsar, les travailleurs se saisissent du 1er Mai pour dire : « A bas la guerre ! Vive l’Assemblée constituante ! Le Pain, la Terre, la Paix ! Tout le pouvoir aux soviets ! Pas de compromis avec la bourgeoisie. Vive l’Internationale ! » mots d’ordre qui préparent et annoncent les événements d’octobre, la prise du pouvoir par les Bolcheviks.

1er Mai 1919 en France : enfin la journée de 8 heures !

La victoire de la Révolution bolchévique d’Octobre 1917 soulève un immense espoir dans la classe ouvrière internationale, durement touchée par la barbarie de la guerre. Les gouvernements ne s’y trompent pas et lâchent du lest pour enrayer la montée révolutionnaire.
Ainsi, en France, en avril 1919, la loi sur la journée de 8 heures et la semaine de 48 heures (6 jours 8 heures) est votée. Le 1er Mai suivant, les travailleurs et leur organisation, la CGT, fêtent la victoire d’une revendication décidée 30 ans plus tôt ! A l’échelle internationale, ce 1er Mai fut l’un des plus puissants que le prolétariat organisa. La manifestation de Londres rassembla plus d’un million de participants. En 1920, le 1er Mai devint un jour chômé en URSS.

1er Mai 1936 et 1937 en France : l’unité syndicale retrouvée.

Depuis la fin de la guerre, le mouvement syndical était divisé : tensions à la CGT et création du syndicat chrétien CFTC. Puis la crise américaine de 1929 s’étend en Europe, le chômage fait des ravages et plusieurs pays européens basculent dans le fascisme.
En France, début 1934, devant la menace de l’extrême-droite, travailleurs et militants imposent aux dirigeants politiques (SFIO, PCF) et syndicaux (CGT et CGTU) la réalisation de l’unité de classe.
L’unité syndicale retrouvée et réalisée au congrès de mars 1936 avec la réunification de la CGT, fait du 1er Mai « un jour de combat et d’espérance » alors que vont avoir lieu les élections législatives de Mai-juin. Les premières grèves avec occupations d’usine commencent dès le 11 Mai. La victoire électorale du Front populaire et la constitution du gouvernement Blum n’empêchent pas le raz de marée de grèves et manifestations. Cette grève générale reflue après la signature des Accords Matignon qui accordent : augmentation des salaires, obligation pour le patronat de signer des Conventions collectives, semaine de 40 heures, 15 jours de congés payés…

Le 1er Mai 1937 dépassera en ampleur tout ce qui a été fait en France.

Mais les politiques du gouvernement se coupent du monde ouvrier, ce qui entraîne démobilisation et rejet. La confusion politique laisse la voie ouverte aux fascistes. La défaite de 1940, l’invasion et l’Occupation allemande du pays, sonneront des heures noires pour le mouvement ouvrier. En 1941, sous le Régime de Vichy, afin de banaliser et contrôler le 1er Mai – qui a toujours fait peur aux dirigeants et à plus forte raison aux collaborateurs avec les Nazis- , Pétain décide d’en faire un jour férié , chômé Mais pas payé : c’est la « fête nationale du travail et de la concorde sociale ». Et dans le même temps, il fait adopter la Charte du travail (une association capital/travail qui nie la lutte de classe) tandis que la CGT est dissoute, ses militants persécutés, la classe ouvrière défaite.
En 1945, le 1er Mai d’après-guerre sera célébré avec un éclat particulier car la fête coïncide avec la prise de Berlin par les Alliés et la capitulation de l’Allemagne nazie. En 1947, le ministre du travail communiste, Ambroise Croizat, un des pères de la Sécurité sociale, fait inscrire dans le Code du travail, le 1er Mai comme jour férié et payé.

En France comme dans tous les pays, les succès du 1er Mai sont toujours liés à de forts mouvements sociaux et politiques. Si la faiblesse de la syndicalisation aujourd’hui, l’absence de perspectives politiques, les défaites récentes sont des obstacles, le monde du travail n’est pas défait, la colère est toujours là.

Et pour gagner, il nous reste à l’organiser ! Avec vous…
Signez la pétition : « Plus jamais ça ! » : https://www.policat.org/p/8921

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