A L’Embarcadère de Montceau-les-Mines, ce samedi soir, il y avait du monde. Beaucoup de monde. A croire que les habitants du bassin minier adorent qu’on parle d’eux… à condition que ce soit avec un micro, un bon sens de la vanne et suffisamment d’autodérision pour éviter l’incident diplomatique à la sortie de la salle.
Avec la venue du Jamel Comedy Club, le stand-up faisait une entrée remarquée dans la ville. Et quelle entrée. Salle pleine, ambiance électrique, public chauffé à blanc et sept artistes capables (Flavien Carrette, Redouane Harjane, Nash, Emy BNG, Mahé, Farid Chamek et Adel Fugazi), chacun à leur manière, de raconter nos petites misères quotidiennes avec cette élégance cruelle qui fait les meilleurs humoristes, celle qui consiste à faire rire les gens de choses qu’ils vivent tous les jours… mais qu’ils préfèrent généralement ne jamais entendre dites à voix haute. N’est ce pas Michel, l’alcoolique et psychopathe désigné d’office !
Le pari lancé par Sabrina et l’association Place à l’Action avait pourtant tout d’un saut dans le vide. Faire découvrir le stand-up dans une ville où l’on aime autant les débats passionnés, les grandes analyses de comptoir et les avis définitifs sur absolument tout, il fallait oser. Mais parfois, il suffit d’une bonne idée et de sept artistes sans filtre pour rappeler qu’un territoire vit aussi par sa capacité à rire de lui-même.
Et le public ne s’y est pas trompé. Pendant près de deux heures, les vannes ont fusé sur les couples, les familles, les réseaux sociaux, les petites hypocrisies du quotidien, les travers humains et cette époque étrange où chacun possède un avis tranché sur tout… souvent avec la sérénité d’un commentaire Facebook écrit à 23h47.
Les artistes ont même osé quelques clins d’œil à la politique locale dont a le secret Flavien Carrette, le Montcellien monté à Paris avec sa guitare. Avec finesse, avec malice, parfois avec ce petit sourire en coin qui traverse immédiatement toute une salle. Et le plus savoureux dans l’histoire, c’est que le public se fendait la poire franchement. Comme quoi, à Montceau, on peut encore plaisanter de politique sans déclencher une commission d’enquête ou trois publications indignées avant le petit-déjeuner du lendemain.
Cela reste à vérifier quand même !
Le plus fort, c’est que personne n’a été épargné. Et c’est précisément pour cela que tout le monde riait. Parce que le talent des sept artistes était là, réussir à rester au bord du caustique sans jamais tomber dans la caricature facile. On se reconnaissait. Parfois malgré soi. On riait du voisin avant de comprendre que la blague parlait exactement de nous. Quelques spectateurs ont même dû connaître ce léger moment de solitude intérieure où l’on hésite entre éclater de rire… ou revoir discrètement certaines décisions de vie en rentrant à la maison.
Mais derrière les éclats de rire, il y avait aussi quelque chose de plus intelligent, cette capacité du stand-up moderne à parler des fragilités humaines sans lourdeur _ un peu parfois _ , à transformer les petites hontes du quotidien en moments collectifs presque libérateurs. Une manière finalement très saine de rappeler que l’autodérision reste probablement le dernier sport collectif capable de réunir autant de monde sans polémique locale, sans communiqué outré et sans demande officielle de droit de réponse.
Artistiquement, la soirée a tenu toutes ses promesses. Les sept humoristes se répondaient parfaitement, chacun avec son univers, son rythme et sa manière d’habiter la scène. Certains plus cash, d’autres plus absurdes, certains presque tendres derrière les piques. Une vraie mécanique collective, fluide, énergique, efficace.
Pour une première, ce fut une réussite éclatante. Et à voir les visages à la sortie de L’Embarcadère, Montceau-les-Mines venait peut-être de découvrir quelque chose d’assez précieux, le plaisir simple, rare et intelligent de rire ensemble… surtout quand le sujet, finalement, c’est un peu nous-mêmes.
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J.B.
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