L’Andouille, l’Etat et l’équité des territoires

Françoise Nyssen (ministre de la culture) a présenté, le 29 mars dernier, son plan « Culture près de chez vous ». Doté de 6,5 M€ dès 2018, ce plan d’action, dans lequel sont recensés 86 territoires culturels prioritaires, a pour objectif de conduire « les œuvres et les artistes sur les routes de France ».
Lors de la présentation, la ministre de la Culture a résolument refusé toute « fatalité ». « On n’a pas tout essayé en matière d’accès à la culture. Il faut tracer de nouvelles routes, aller au devant de nos citoyens, faire sortir la culture de ses murs pour irriguer de nouveaux territoires », en ajoutant qu’elle entendait répondre avec des mesures adaptées au « désir de culture » qu’elle percevait fortement, notamment dans « la jeunesse ».

86 territoires culturels prioritaires

Le plan « Culture près de chez vous » qui repose notamment sur de nouvelles méthodes de travail entre les services de l’Etat et les collectivités territoriales, part d’un constat. A côté d’un maillage culturel particulièrement dense du territoire, il reste des « zones blanches », notamment dans les territoires ruraux, périurbains ou ultramarins, où la culture est plus difficile d’accès.
C’est pourquoi Françoise Nyssen a proposé de mettre en place une politique spécifique en faveur de ces territoires. La moitié de ces territoires culturels prioritaires sont concentrés dans huit départements : l’Eure, le Loiret, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, la Moselle, les Vosges et la Réunion.
L’inégalité territoriale, pointée par madame la ministre de la culture est bien réelle. La concentration des moyens sur Paris et le centralisme de la politique culturelle, dresse le constat que pour chaque euro investi par habitant en province, dix euros sont investis à Paris.
Il était temps de le reconnaître. Mais il serait surtout temps d’agir en conséquence. Prioritairement en apportant la reconnaissance qu’elles méritent aux équipes qui font vivre les projets des théâtres en province et en renforçant leurs missions et leur fonctionnement.
Car si tout cela sur le papier semble partir de bonnes intentions, en grattant un peu dans la méthode on découvre une fois encore que les «déserts culturels», sont regardés de très haut. Quant aux établissements de proximité, chevilles ouvrières de la structuration d’une véritable politique culturelle décentralisée sur le territoire, ils sont une nouvelle fois laissés sans perspectives et sans considération.
Créer, partager, transmettre l’Art ne se pense pas en régions ou en banlieues dans les mêmes termes qu’à Paris.
Comment est-il possible, en partant d’un état des lieux aussi lucide, de répondre par encore davantage de centralisme ? En gros, le gouvernement veut s’appuyer sur les grands équipements culturels publics nationaux pour mieux diffuser l’art et la culture sur les territoires. Force est de constater, madame la ministre, que la quasi-totalité de ces grands équipements se trouvent à Paris intra-muros..

Répondre au problème du centralisme par encore plus de centralisme

Demander aux établissements nationaux parisiens de rayonner en diffusant leurs productions sur ces territoires, relève d’une méconnaissance totale de la situation et d’un mépris certain pour l’ensemble des acteurs culturels locaux. Pourtant ce sont de ces territoires qu’émergent les artistes les plus inventifs et les plus innovants.
Nos territoires ont besoin d’un réel soutien affirmé de l’Etat à toutes les structures de création et de diffusion implantées en régions. Structures dont l’existence et les missions essentielles sont trop souvent abandonnées au bon vouloir des collectivités territoriales. Nous pouvons en déplorer le résultat dans le cas de notre territoire.
Les habitants de ce pays ont besoin d’une politique publique digne de ce nom qui s’engage pour eux au même titre que pour les habitants de la capitale.
Sans réelle veille de nos politiques et de vrais engagements au niveau culturelle de leur part, il nous restera que des miettes…
Paroles d’Andouille

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