Histoire – Rosa Gutiérrez Silva dans l’antre du coup d’état au Chili en 1973, un livre témoignage

Le bruit d’une mouette, les bateaux, le clapotis des vagues sur la coque, aujourd’hui encore, ce sont des sons et des images que Rosa Gutiérrez Silva a profondément ancré au plus profond de son être. « Je ne les supporte pas », dit-elle 44 ans après. « J’ai été détenue dans la geôle d’un bateau ».

Au Chili, l’adolescente, neuf mois après le coup d’état qui a éliminé Salvador Allende qui se serait suicidé le 11 septembre 1973, prend la tête de la résistance lycéenne. Elle a 15 ans. « Je suis militante communiste alors que toute ma famille est socialiste ».

La répression est forte. Rosa Gutiérrez Silva est une cible. Elle sera détenue à trois reprises. A 18 ans, elle se marie en urgence avec un garçon plus âgé et ensemble, ils s’installent en Argentine où elle travaille comme femme de ménage à Buenos Aires. Elle y fera des études pour être infirmière en pédiatrie.

En octobre 2002, elle arrive en France et découvre un état très protecteur qui pourtant se délite. C’est pourquoi elle rejoint les gilets jaunes et aujourd’hui le CNNR (conseil national de la nouvelle résistance). Elle habite Sassangy.

Désormais un livre relate le passé douloureux de quatorze membres de la Jeunesse communiste chilienne. Un devoir de mémoire dont Rosa Gutiérrez Silva est à l’origine, la compilatrice : Mémoires Amarante – Valparaiso : rêves et cauchemars de jeunes gens dans les années 70. Il vient de sortir en France.

Notre Chilienne de Saône-et-Loire est à son troisième livre dont un sur la mémoire lycéenne du temps de ses années de la Jeunesse communiste. Actuellement, Rosa Gutiérrez Silva travaille à compiler des récits de vie de gilets jaunes.

Jean Bernard

Rosa Gutiérrez Silva présentera son livre Mémoires Amarante – Valparaiso, mardi 27 octobre à 19h à la salle des fêtes du Magny. 



Le mot de l’auteure et compilatrice

« Mémoires amarante. Valparaiso : rêves et cauchemars des jeunes gens
dans les années 70 » est une œuvre collective écrite par quatorze
chiliens dont je fais partie, militants des Jeunesses communistes de la
région de Valparaiso dans les années 70 et soutiens de l’Unité Populaire
de Salvador Allende. Ils nous parlent de leurs vies avant, pendant et
après le coup d’état du 11 septembre 1973 qui entraina leur dispersion à
travers le monde. Ils nous parlent de leur engagement social qu’ils
maintiennent jusqu’à maintenant et qui est passé par l’épreuve du feu.
Ils nous parlent de l’histoire de la résistance au Chili et ailleurs.
Ils nous parlent avec authenticité, lyrisme, poésie et parfois naïveté
de leurs vécus, de leurs exils et de leurs chemins vers la résilience.
Ils nous parlent aussi d’aujourd’hui à la lumière d’hier. Ils ont décidé
de partager ces récits testimoniaux pour qu’ils servent à travers
l’écriture aux générations présentes et futures.

En incorporant dès sa conception initiale la vision externe de non
Chiliens, le texte a pu être éclairé pour le rendre accessible à un
large public au travers de notes, d’explications et d’annexes. Depuis
cette Europe martyrisée par le fascisme et le nazisme durant le siècle
passé et soumise maintenant à un néolibéralisme rampant, ce livre pousse
un cri d’alarme pour que les démons du passé ne se réveillent pas dans
un monde ayant perdu la mémoire. En ce sens, les mots de ces quatorze
adolescents de Valparaiso durant les années 70 ont une portée
universelle et trouveront un écho chez les lecteurs francophones n’ayant
pas oublié l’autre 11 septembre.

L’ouvrage déjà publié en espagnol par les éditions Astérion de Santiago
du Chili, vient d’être édité dans sa traduction française. Je serais
enchantée de pouvoir en faire une présentation et une diffusion auprès
d’un public français voulant connaître, au travers de ces récits de
résistance et de résilience, un aspect fondamental de l’histoire
contemporaine du Chili continue de résonner dans la France
d’aujourd’hui.



Rosa Gutiérrez Silva

Note biographique

Née en 1955 à Valparaiso dans une famille modeste, j’ai intégré en 1970 le Lycée N°1 de filles de Valparaiso. Militante très tôt aux Jeunesses communistes, j’ai été élue en 1972, Présidente du Conseil d’Elèves du Lycée et, en 1973, Secrétaire de la Fédération des Elèves du secondaire de Valparaiso. J’ai activement soutenu durant 3 ans le gouvernement d’Unité populaire de Salvador Allende.

J’ai dû quitter le Chili en 1974 et j’ai ensuite été bannie de mon pays par le régime militaire comme une personne « mettant en danger la Sécurité Nationale ». J’ai vécu en Argentine pendant vingt-huit ans et j’ai repris des études à l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Buenos Aires. Je suis infirmière diplômée, cadre de santé et épidémiologiste. J’ai travaillé dans divers hôpitaux pédiatriques de Buenos Aires et au Ministère de la Santé de la République Argentine. C’est seulement en 1987 que j’ai eu l’autorisation de rentrer au Chili.

J’ai deux filles et deux petites filles en Argentine. Mariée en France avec Alain Lenud, je vis en Bourgogne depuis 15 ans et je mène depuis l’Hexagone un travail actif en soutien aux peuples premiers d’Argentine avec les associations La Croix du Sud et Chakana. Je suis membre d’associations de défense des droits de l’homme au Chili comme en Argentine. De plus, je suis bénévole à l’association Artisans du Monde de Chalon-sur-Saône.

Ma première compilation, Eramos liceanas en septiembre del 73 (Nous étions lycéennes en septembre 73), a été éditée en collaboration en 2011. Il s’agissait d’un recueil de témoignages uniques sur les graves violations des droits de l’homme et la persécution des élèves du Lycée N ° 1 de filles de Valparaiso au Chili durant les premières années de la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Ce livre a été primé en 2012 au Chili par le Conseil National de la Culture et des Arts dans la catégorie des « Ecrits de la Mémoire ».

Je travaille avec d’autres camarades depuis 2014 sur le recueil de témoignages de jeunes communistes de Valparaiso dans les années 1970, Memorias amaranto. Valparaíso: sueños y pesadillas de jóvenes en los años 70, publié au Chili en 2018, traduit en français sous le titre de Mémoires amarantes. Valparaiso : rêves et cauchemars de jeunes gens dans les années 70.



 

ILS ECRIVENT AU SUJET DE MEMOIRES AMARANTE

Valparaiso, 11 septembre 1973. Des centaines de militants, soutiens de l’Unité populaire, sont pris au piège du coup d’Etat. Peu ou mal préparés pour affronter la répression et la clandestinité, ils vont connaître les arrestations, la torture, la déportation dans des camps de prisonniers, l’exil… Après l’euphorie, les rêves, l’utopie des années de l’Unité populaire, le 11 septembre 1973 marque la “fin de l’innocence” pour nombre de ces militants. Quatorze d’entre eux, la plupart membres de la Jeunesse communiste chilienne, livrent leurs témoignages sur leur traversée de la dictature. Ces Mémoires Amarante, en référence à la couleur du drapeau et des uniformes de la jeunesse communiste, sont des matériaux bruts, des récits de mémoires indispensables au travail des historiens. Ils y trouveront des parcours de vie, souvent douloureux, parfois naïfs, mais toujours authentiques. Quatorze histoires d’une génération née au tournant des années 1950, de militants souvent d’origine modeste animés par des rêves de progrès, de solidarité, de lendemains qui devaient chanter mais qui ont tourné au cauchemar. Le recueil des mémoires individuelles est nécessaire à la reconstruction de la mémoire collective et à l’écriture de l’Histoire. L’histoire scientifique de ces années qui ont conduit à l’élection de Salvador Allende, puis à la destruction de l’œuvre de l’Unité populaire, reste encore très largement à écrire. De nombreux témoignages et documents d’archives venant du monde entier sont désormais disponibles. Ces Mémoires Amarante constituent une contribution exceptionnelle à la connaissance de l’histoire du Chili et aussi un hommage au peuple meurtri de Valparaiso !

Nira Reyes Morales

Journaliste-Collaboratrice du Monde Diplomatique et

Spécialiste en Littérature Hispano-Latino-américaine

L’ensemble de Mémoires Amarante se situe à la fracture dans l’existence de 14 personnes, en plein élan juvénile, quand l’avenir était plus radieux que sombre et il y avait plus de certitudes que d’incertitude. Des jeunes gens, garçons et filles des années 70, protagonistes d’un rêve et d’un cauchemar ; de la victoire et de la défaite, de l’espoir et de la frustration. Témoignages divers qui ont un cadre commun : la viscérale ville du vent, Valparaiso ; et une génération, celle des années 70, engagée dans la construction d’une utopie. Ainsi, les souvenirs se rassemblent dans une mémoire qui se révèle locale et polyphonique, aux accents intimes et collectifs d’une histoire  l’on sent battre les marches et les travaux volontaires, mais aussi la torture et l’exil. Il s’agit cependant d’une mémoire amarante_ la couleur de la chemise des Jeunesses Communistes, les expériences prennent le pas sur la revendication partisane. Sans avoir la vocation de héros ou de martyrs, il y a eu des héros, des héroïnes et des martyrs parmi les Jeunes Communistes et les autres jeunes partisans de Allende qui sont évoqués dans ces pages, symbolisant une époque, une génération et un engagement. Il n’est jamais trop tard pour dire jamais plus.

Dr. Jorge Montealegre Iturra

Ecrivain et journaliste Université de Santiago du Chili

C’est pourtant ce que ce livre vous raconte, à partir des récits des victimes. Après avoir connu la capture, les interrogatoires, les tortures, la clandestinité, la fuite, l’exil et l’obligation de se fondre dans un autre climat, dans une autre langue, dans une nouvelle culture, ces femmes et ces hommes ont décidé de se regrouper, d’écrire leur histoire, chacun de son côté et de rassembler treize récits en une œuvre : MEMOIRES AMARANTE. « Amarante » est la couleur de la chemise que portaient les Jeunes Communistes, également couleur du sang…

Plus qu’une expression nécessaire après un traumatisme pour permettre la résilience, ce livre a pour but de prendre garde, aujourd’hui et demain, au fascisme qui peut ressurgir en tout lieu et tout moment. A bon entendeur, salut !

Gérard Duboys de Lavigerie

Traducteur

Voilà la transcendance de cette œuvre en même temps qu’un appel fort et clair, sur un ton personnel et sincère, à rendre évidente l’impérieuse nécessité de faire apparaître qu’il n’y aura pas d’avenir tant que l’oubli sera le modus operandi. Le récit de ces 14 êtres humains qui sont toujours les jeunes héros d’un passé inébranlable, constitue la Rébellion de la Mémoire qui s’obstine à rester vivante et vigilante.

Sergio Vuskovic Rojo

 Maire de Valparaiso de 1970 à 1973

 

Un commentaire

  1. Je ne partage en rien l’idéologie communiste, je l’ai même combattu (je ne suis qu’un humaniste… pas naïf), les répressions violentes, tortures, exécutions et plus encore lorsqu’il s’agit d’adolescents me révulsent.
    Membre fondateur d’un groupe Amnesty international (cette association vient de publier un rapport accablant sur la répression inadmissible des Gilets Jaunes; que je ne suis pas mais dont j’ai suivi en tant qu’observateur indépendant les actions).
    Merci au journal, à son journaliste d’avoir réalisé cet article, en honorant sa profession.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *