Autour de la pensée de Marx – Si Rosa Luxemburg avait connu Emmanuel Macron

      CERCLE « AUTOUR DE LA PENSEE DE MARX » – octobre 2019

Rosa Luxemburg : intellectuelle critique et visionnaire

Après avoir retracé la vie de Rosa Luxemburg et ses contributions sur la révolution russe et la révolution française, nous vous proposons d’autres contributions sur sa pensée révolutionnaire.

Rapport entre marxisme et féminisme

Dans la pensée de Rosa affleure aussi l’idée qu’il faut analyser le processus d’émancipation des masses féminines qui commence à germer. Pour la révolutionnaire polonaise la libération des femmes ne pouvait pas être un parcours isolé, mais une composante du processus de libération de l’humanité exploitée par le Capital. Donc il n’y aura pas de libération de la femme dans le cadre de la domination du Capital et de l’exploitation de classe. Une interprétation marxiste qui entend la question du genre comme partie de la question de classe. Pour comprendre la pensée de Rosa sur la question du genre, il est nécessaire de voir comment la conscience de classe, pour les travailleurs comme pour les travailleuses, a été un instrument essentiel à la croissance culturelle et politique entre appartenance au Parti et la conscience de genre. En 1912, au congrès du Parti Socialiste Italien, s’était constituée une union des femmes socialistes. Ceci a déterminé une fracture de classe avec les suffragettes bourgeoises éloignées du monde du travail. Pendant que les suffragettes luttaient pour la reconnaissance des droits individuels, les femmes du mouvement ouvrier luttaient pour les droits du travail, là où il y avait une forte discrimination de genre. Cette différence d’objectifs entre les suffragettes et les femmes du mouvement ouvrier a traversé tout le 20ème siècle.

Selon Rosa la question du genre, dans le mouvement ouvrier, est à considérer avec précaution, car cette question pourrait même devenir dangereuse. Elle pouvait conduire à une « ghettoïsation », car les femmes étaient obligées de s’occuper des femmes en se détournant de la lutte de classe du mouvement ouvrier pour la libération de l’exploitation du Capital. Dans l’œuvre de Rosa « L’accumulation du Capital » (1), il y a des passages très stimulants pour la lutte féministe. Dans le discours « suffrage féminin et lutte de classe » Rosa sépare les femmes ouvrières des femmes bourgeoises, car celles-ci ont seulement la fonction de consommatrices dans le système capitalistique. Si pour les bourgeoises le monde est la maison, pour les ouvrières la maison est le monde. Pour Rosa le suffrage de genre est un problème du prolétariat et pas seulement des femmes, pour cette raison la lutte de genre doit être intégrée dans les luttes communes pour favoriser la croissance de la démocratie à l’intérieur de tout le prolétariat. (Alba Vastano)

Rosa Luxemburg et le Socialisme français

Contre toutes les formes d’autoritarisme, contre la bureaucratie de l’anarcho-syndicalisme lui-même, elle insiste sur l’auto organisation du prolétariat et la spontanéité révolutionnaire. La Commune de Paris incarne la révolte ouvrière contre l’Etat central, pour l’appropriation sociale de l’espace et la transformation de la vie. La pensée de Rosa Luxemburg évoluera après 1905, avec l’expérience des conseils ouvriers russes, qui, à l’image de ceux-ci, verront le jour en Allemagne en 1919. Bientôt, les efforts de ces derniers, viseront à se démarquer des intellectuels privilégiant leurs expertises techniques et leur idéologie ne laissant que peu de place aux conditions de vie matérielles quotidiennes.

Plus tard, elle considère Jean Jaurès comme un socialiste bourgeois participant au Parlement français, en s’appuyant sur une classe de fonctionnaires et de petits propriétaires. Pourtant Jaurès retenait du marxisme le danger de la concentration capitaliste, la théorie de la valeur et la nécessité de l’unité du prolétariat, la collectivisation volontaire et partielle, la démocratisation de la propriété privée, non sa destruction. De même, il serait attentif aux mouvements coopératifs comme celui de la Verrerie Ouvrière d’Albi

Elle critique Alexandre Millerand député pendant 35 ans, sénateur pendant 15 ans, et président de la République. Aussi bien, un Parlement même élu à la proportionnelle, ne devra pas se cantonner à une opposition républicaine mais se poser en tribune du mouvement révolutionnaire. Elle concède que, à la rigueur, les conseils municipaux pourront s’accorder sur les questions locales à l’occasion de débats démocratiques, entre élus des campagnes, héritiers de l’ancienne aristocratie, et forces progressistes.

En résumé on peut dire que ce n’est pas un parti, une avant-garde, un syndicat, qui doit apporter la conscience de classe au prolétariat, mais la lutte de la base, qui oriente et inspire (pas de lutte de classe sans conscience de classe). Plus tard encore, en mai 1968, l’occupation de la rue permet la politisation et l’unité au delà des chapelles idéologiques. On critique l’aliénation, on remet en cause l’ordre marchand, on cultive la méfiance à l’égard des partis et des caporaux d’usine.

A « l’ère Macron », une intense propagande, désormais appelée pédagogie (si vous êtes mécontents c’est parce que vous ne comprenez pas. Donc on va vous expliquer mieux…), doit faire accepter la politique d’austérité d’un pouvoir légal contredit par un pouvoir légitime que Rosa Luxemburg n’aurait pas manqué de soutenir de sa foi militante.

  1. Rosa est la première femme à produire une œuvre théorique marquante en économie. La britannique Yoan Robinson (l’autre grande économiste du 20ème siècle et disciple critique de Keynes) publiera en 1956 une de ses œuvre majeure –l’accumulation du Capital– qu’elle appellera ainsi en hommage à Rosa Luxemburg. Auparavant, elle signera en 1951 la préface de la traduction anglaise du livre de Rosa. Elle souligne que, sur les difficultés du capitalisme du 20ème siècle « ce livre fait preuve de plus de clairvoyance que ne pourrait en revendiquer aucun orthodoxe contemporain ».

« Pour un monde dans lequel nous serons socialement égaux, humainement différents, totalement libres »

(Rosa Luxemburg 1871-1919)

Serge ROIGT, Bruno SILLA, Jacky JORDERY – Montceau-les-Mines, le 16 octobre 2019

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *