Résultats de la 28e édition du prix d’histoire François Bourdon
« Techniques, entreprises et sociétés industrielles »
![]()
Communiqué – Pour sa 28e édition, le prix d’histoire François Bourdon de l’Académie François Bourdon-Le Creusot
et de la Fondation Arts et Métiers : « Techniques, entreprises et sociétés industrielles », doté d’une somme de 2 000 €, a été attribué à :
Flavian Minel, pour sa thèse : Structurer l’industrie, stabiliser les flux, gouverner le territoire : l’exemple de l’industrie lainière en Languedoc (1670–1789) ; Thèse de doctorat en histoire moderne soutenue le 14 novembre 2025 à l’Université Perpignan Via Domitia. Direction : Marc Conesa et Stéphane Durand.
Cet ouvrage a été sélectionné par le jury parmi 41 déposés.
![]()
Le prix jeunes chercheurs doté d’une somme de 1 000 €, a été attribué à :
Etienne DEPREITERE, pour son mémoire de Master : La part animale de Paris. Quand les Parisiens cohabitaient avec des cochons (1810-1939) ; Mémoire de M2 en histoire des sociétés contemporaines soutenu le 07/07/2025 à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne. Direction : Charles-François Mathis.
Ce mémoire a été sélectionné par le jury parmi 9 déposés.
La cérémonie de remise des prix est prévue le mardi 23 juin.
![]()
Comme le veut le principe du prix, le vingt-huitième jury était composé d’industriels, de spécialistes du patrimoine et d’universitaires. Participaient à ce jury Claudine Cartier, Conservateur général honoraire du patrimoine ; Marion Fontaine, Professeure à Science-po Paris ; Eliane Lochot, Conservateur en chef du patrimoine, ancienne Directrice des archives de la ville de Dijon ; Nadège Sougy, professeure assistante à l’Université de Neuchâtel ; Gilles Bertrand, Professeur émérite, ancien
président de l’Université de Bourgogne, président du Conseil scientifique ; Gérard Chrysostome, Ingénieur centralien ; Nicolas Coupain, Spécialiste en patrimoine industriel des entreprises ; Jean-Luc Gisclon, président de l’Académie François Bourdon ; François Jarrige, Maître de conférences à l’Université Bourgogne Europe ; François Labadens, ancien Secrétaire Général d’USINOR ; Philippe Mioche, Professeur d’histoire émérite à Aix-Marseille Université ; Jean-Philippe Passaqui, Chercheur
associé à l’IHMC-UMR 8066 ; Michel Prêtet, Ingénieur Arts et Métiers ; Pascal Raggi, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Lorraine ; Xavier Vigna, Professeur d’histoire à l’Université de Paris-Nanterre ; Serge Wolikow, Professeur d’histoire émérite à l’Université Bourgogne Europe.
![]()
Flavian MINEL
Structurer l’industrie, stabiliser les flux, gouverner le territoire : l’exemple de l’industrie lainière en Languedoc (1670- 1789)
Dans cette thèse d’histoire moderne, Flavian Minel met brillamment en évidence le rôle politique et économique des États de la province de Languedoc dans l’organisation, le développement et les mutations de l’industrie lainière au sein des différents territoires durant les XVIIème et XVIIIème siècles. C’est également une réévaluation des choix opérés au nom du colbertisme avec l’adoption de décisions qui dépassent peu à peu les directives royales et conduisent à la structuration d’un véritable
réseau socio-économique. Si l’industrie lainière est bien enracinée dans les campagnes et les villes depuis le Moyen-Age, elle connaît une crise structurelle au XVIIème siècle ce qui favorise l’intervention de l’État dans la réorganisation des productions et des échanges. La reprise économique induit cependant la mobilisation indispensable d’importants capitaux, aussi les Etats s’engagent au début du XVIIIème siècle, après quelques hésitations, dans des opérations de subventions qui demeurent
étroitement contrôlées avant d’être remaniées à partir des années 1760. La diffusion des innovations techniques, l’affirmation du rôle des acteurs locaux ne sont pas négligées par l’auteur. L’espace manufacturier est quant à lui étudié depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’aux débouchés commerciaux en passant par la création d’établissements industriels ou encore les aménagements routiers, fluviaux ou portuaires.
Les notions de flux, d’écosystèmes, d’interactions, omniprésentes au cœur de cette recherche, s’appuient principalement sur un dépouillement exhaustif du riche fonds d’archives des Etats et de l’Intendance de Languedoc ainsi que de la chambre de commerce de Montpellier. Une analyse fine en particulier des flux financiers fait ressortir la complémentarité des capitaux publics et privés ainsi que l’ascension de nouvelles élites économiques. Elle est synthétisée dans une riche base de données
relationnelles structurées à partir des documents comptables où sont identifiés des centaines d’acteurs économiques. Le jury a particulièrement apprécié l’intérêt de cet outil méthodologique qui ouvre la voie à de nombreuses recherches ultérieures.
(Eliane Lochot, membre du jury)
![]()

![]()
Etienne DEPREITERE
Fondé sur un riche corpus de sources et d’archives, et particulièrement bien rédigé, le mémoire de M. Depreitere explore « La part animale de Paris. Quand les Parisiens cohabitaient avec des cochons (1810-1939) ». Ce travail a été apprécié par le jury qui salue l’originalité de l’approche et du sujet. Il éclaire une dimension longtemps peu connue des sociétés industrielles contemporaines et participe d’un important renouvellement en cours des études animales et environnementales qui proposent de
relire l’histoire des sociétés industrielles au prisme des animaux et de leur présence longtemps négligée, à l’image des cochons à Paris jusqu’au milieu du XXe siècle.
Le mémoire analyse l’évolution de la présence porcine à Paris et les multiples formes de coexistence avec les humains : il s’agit en effet d’une réalité ancienne dans les villes et d’un élément longtemps essentiel à la subsistance des populations. Le mémoire décrit très bien le parcours des animaux à travers les rues et les problèmes que cela soulève, mais aussi l’évolution des élevages intramuros, qui disparaissent progressivement au profit de l’éloignement des porcs vers la banlieue proche au fur et à mesure de l’expansion urbaine et de l’industrialisation croissante de l’élevage. La période se caractérise par « la fin d’une longue cohabitation » entre cochons et humains du fait de la construction d’abattoirs et du transport du bétail par le chemin de fer.
Le jury a été très intéressé également par l’étude des nuisances et pollutions provoquées par cette présence animale et par certaines porcheries-fonderies qui s’industrialisent. Ces entreprises, très connues des Parisiens et des habitants de banlieue pour les mauvaises odeurs qu’elles dégageaient, offraient en même temps un réel « service écologique » à la ville. L’étude offre ainsi une passionnante histoire sociale des tensions et négociations entre le centre urbain et ses périphéries, tout en éclairant la transformation de la condition animale et des paysages sensibles. Le mémoire montre enfin comment durant l’entre-deux-guerres, les autorités ont été impuissantes à empêcher ces nuisances en dépit des protestations très vives des populations, posant des enjeux toujours actuels.
(François JARRIGE, membre du jury)
![]()
Jean-Luc GISCLON
Président Académie François BOURDON

