Villa Perrusson – Il était une fois un quatre-heures dans le parc

Le cadre est somptueux, presque irréel. Qui aurait imaginé, un jour, prendre un quatre-heures dans le parc de la villa Perrusson, à Écuisses ?

L’écomusée de la communauté urbaine Creusot Montceau ne s’est pas contenté d’y songer, il a donné corps à ce rêve.

Dans la douceur d’un printemps lumineux, au cœur d’un champ de pâquerettes semé dans une herbe tendre et généreuse, une longue table s’étirait, comme posée là par enchantement. Elle attendait, silencieuse encore, la soixantaine de convives venus goûter à cet instant exquis. Une présence pourtant manquait, celle de Jean-Marie Perrusson, qui fit ériger cette demeure en 1869 et lui offrit son âme. Ici, la céramique trouva son maître et un écrin à sa mesure.

Car la villa Perrusson fut jadis un lieu de rencontres, de dialogues fertiles et d’esprits en éveil. De cette mémoire, quelque chose persiste. Aujourd’hui, l’artiste Harmonie Bégon y a élu résidence avec délicatesse. Son travail, ancré dans les savoir-faire artisanaux et les univers manufacturiers, en révèle la beauté sensible autant que les résonances sociales, politiques et écologiques.

Sa présence tisse des liens subtils entre le passé industriel de la céramique, les gestes d’aujourd’hui et ceux qui vivent ici. Une continuité discrète, mais vivante.

« Au gré d’un quatre-heures », ainsi s’intitulait ce moment de restitution, pensé comme un goûter partagé. A partir d’objets en grès issus de l’ancienne usine Langeron, au Pont des Vernes à Pouilloux et de la poterie Chèze à Palinges, l’artiste interroge les usages, détourne les fonctions, et redonne souffle à ces fragments de mémoire. Autour de la table, ces pièces glanées et créations dialoguent avec les décors de la villa, dans une harmonie inspirée du mouvement Arts & Crafts, où l’objet retrouve sa dignité et sa voix.

Le goûter lui-même relevait d’une délicate mise en scène. Harmonie Bégon, également cuisinière, était accompagnée de Pauline, du Vent dans les Fleurs, et d’Hélène, de l’auberge Sôla. Ensemble, elles ont composé une partition gourmande et florale : pavlova aux fraises et coulis de rose, sablé au sarrasin escorté d’une panna cotta à l’agastache, chouquettes parfumées à la verveine, crapiaux aux pommes, compotée de rhubarbe à la mélisse, tartelette au lilas, gâteaux aux épices relevés de poivre de cassis… Autant de douceurs, offertes comme des gestes, à la fois simples et précieux. C’était un festin pour les yeux autant que pour le goût.

Dans cet élan pour faire vivre la villa Perrusson autrement, d’autres mains se sont jointes au projet, la manufacture de Digoin, l’Atelier du Coin à Montceau, et Terres cuites de Bourgogne, contribuant par leurs créations à prolonger ce dialogue entre matière, mémoire et présent.

J.B.

 

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