Rencontre – Quand les bois de Pouilloux réveillent les monstres

L’année est 1850. Au cœur des bois qui entourent le village de Pouilloux, un hameau est déchiré par les cris d’un accouchement. Une femme met au monde un enfant que personne n’aurait osé imaginer. Son visage, son corps, son apparence inspirent aussitôt l’effroi. Il est différent. Monstrueux, disent certains.

Pourtant, l’enfant possède un trésor aussi étrange qu’émouvant, un petit cheval de bois dont il ne se sépare jamais. Un objet anodin en apparence, mais qui deviendra le fil rouge d’une histoire où la peur se mêle à la mélancolie.

Le regard des autres ne laisse aucune place à la différence. Rejetés, la mère et son fils s’enfoncent dans les profondeurs de la forêt pour vivre loin des hommes. Mais la solitude ne protège pas du malheur. La mère est assassinée, laissant derrière elle un enfant condamné à grandir…

C’est ainsi que débute « Lune sanguinaire pour une nuit maudite », le nouveau court métrage imaginé par Florent Brunet-Manquat, plus connu sous son nom d’artiste Aaron de Bagny. D’une durée d’une trentaine de minutes, le film revendique une approche singulière de l’épouvante.

« Ce n’est pas un film qui cherche à faire couler le sang. C’est plutôt une mélopée macabre, une poésie sombre », explique le réalisateur.

A Pouilloux, les légendes semblent alors reprendre vie. Entre les arbres pourraient surgir un loup-garou, un vampire… ou quelque chose de bien plus ancien encore. De quoi glacer le sang des promeneurs les plus téméraires.

Le tournage débutera le 10 août pour une semaine. Inutile toutefois de céder à la panique. Si vous apercevez un enfant monstrueux mesurant près d’un mètre quatre-vingt-dix, serrant contre lui son cheval de bois, rassurez-vous, il est parfaitement inoffensif… du moins entre deux prises.

Installé à Pouilloux depuis un peu plus d’un an, Florent Brunet-Manquat partage cette aventure avec sa compagne, Eve, originaire de Marmagne. Ensemble, ils donnent vie à ce projet entièrement indépendant.

Lui compose la musique, écrit le scénario et dirige les comédiens. Elle supervise la technique, les effets spéciaux et toute la partie visuelle. Un duo complémentaire porté par la même passion.

Depuis l’âge de douze ans, Florent nourrit une fascination pour le cinéma d’horreur. Son parcours est celui d’un insatiable voyageur. Musicien, bassiste, il s’est produit à travers l’Europe et le Moyen-Orient, a enchaîné les petits boulots avant de reprendre des études à trente-sept ans pour devenir éducateur spécialisé, sans jamais abandonner la musique.

« J’ai composé des bandes originales pour plusieurs films d’horreur. Il m’arrive encore de remplacer des musiciens dans certains groupes. J’ai même écrit la musique d’une publicité de voyance diffusée sur M6. Puis, arrivé à la quarantaine, j’ai réalisé mon premier court métrage ».

Une première réalisation qui lui a valu une sélection dans deux festivals américains ainsi qu’une diffusion sur une plateforme britannique consacrée au cinéma indépendant.

Fort de cette première expérience, Aaron de Bagny poursuit son chemin avec enthousiasme.

Loin des productions hollywoodiennes, « Lune sanguinaire pour une nuit maudite » est réalisé avec un budget d’à peine 1 000 euros. « Entre les acteurs et l’équipe technique, nous serons une dizaine de personnes, toutes hébergées dans un gîte », précise le réalisateur.

Le matériel est modeste, mais l’imagination, elle, ne connaît aucune limite. Depuis plusieurs mois, Florent et Eve écument les brocantes afin de dénicher costumes, accessoires et objets du XIXᵉ siècle. Parmi eux, ce fameux cheval de bois, discret témoin du destin tragique de l’enfant.

Toutes les autorisations nécessaires ont été obtenues pour tourner dans les communes de Pouilloux et de La Boulaye.

Sa passion est dévorante. Pas une journée ne passe sans qu’il ne regarde un film fantastique ou d’horreur.

« Mon imaginaire puise sa source dans le cinéma gothique britannique ainsi que dans les œuvres du cinéaste espagnol Paul Naschy ». Entre autres.

Pour Eve, l’origine du projet tient presque du surnaturel.  » Nous avons eu une véritable révélation en nous promenant dans le bois de la Chaume, à Pouilloux. Comme une force qui nous attirait vers cette histoire ».

Une fois le montage achevé, à la rentrée, l’équipe espère présenter le film dans plusieurs festivals français consacrés au cinéma fantastique. Et pourquoi ne pas voir cette horreur poétique séduire un public bien au-delà de la région ?

« Lune sanguinaire pour une nuit maudite » est un film artisanal, façonné avec passion, patience et imagination. Une œuvre née dans les sous-bois de Pouilloux, là où les légendes refusent de mourir.

En attendant, si vous vous promenez à la tombée de la nuit et qu’un étrange enfant au visage tourmenté apparaît entre les arbres, serrant contre lui un vieux cheval de bois…

Ne courez pas.

Écoutez simplement le silence de la forêt.

Il est parfois plus terrifiant que les monstres.

Et, malgré tout…

Dormez, braves gens. Dormez.

 

J.B.

Les commentaires sont fermés.