Rencontre – Le Montcellien Patrick Fornet, le poids de la fonte, le choc du handicap

Handicapé de naissance, il a participé à trois Jeux paralympiques, a glané cinq titres européens et un mondial. En haltérophilie, Patrick Fornet a pratiquement tout gagné. Un crack de la fonte.  

Tokyo 2021, Jeux paralympiques, la France revient avec 54 médailles.

New York 1984, Jeux paralympiques où Patrick Fornet décroche une médaille d’argent en haltérophilie. A son retour, il offre un pot à ses collègues de travail, chez Jeumont- Schneider à Montceau-les-Mines. Pour toute gratification, « j’ai reçu les félicitations d’Alain Calmat alors ministre de la Jeunesse et des Sports » glisse-t-il. Plutôt mince en guise de reconnaissance.

Aujourd’hui, Patrick Fornet, avec la même performance qu’aux Etats-Unis, serait passé sur les plateaux télés et par l’Elysée avec la rosette qui va bien au coin du veston. Les Jeux paralympiques ont pris eux aussi une nouvelle dimension, ils sont la preuve que des athlètes pas comme les autres, sont capables d’atteindre les sommets.

Il y a 37 ans en arrière, des hommes comme notre Montcellien en apportaient déjà la preuve, la médiatisation en moins. « Encore de nos jours, j’en tire une fierté puisque les handicapés n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière. Alors cette médaille olympique a prouvé que je n’étais pas rien ».

En 1960, Patrick Fornet naît à Saint-Vallier. Il est déclaré IMC (infirme moteur cérébral), « attention, je ne suis pas gaga, je suis touché aux jambes, il manque la touche motricité dans le cerveau », s’amuse-t-il à dire.

Handicapé, il l’est et le restera toute sa vie. De ses séjours dans les centres spécialisés, il n’en garde pas spécialement de bons souvenirs. Il a même été vexé quand les médecins lui ont fait subir un test d’intelligence. Ce garçon pourra-t-il se fondre aux gens normaux ? « Je n’ai appris à lire et à écrire qu’à l’âge de 9 ans, j’ai donc été en retard à l’école mais j’ai pu apprendre la mécanique, l’électricité et à 18 ans, mes parents ont cherché une entreprise pour m’accueillir ». Ce sera Jeumont-Schneider.

C’est pas mal pour un petit bonhomme

Dans sa jeunesse, Patrick Forent est membre de l’association omnisports des handicapés physiques. Il a commencé par le basket en fauteuil roulant, « mais ça ne me plaisait pas, je trouvais que jouer en fauteuil me rabaissait ». A Ecully, près de Lyon, il y découvre l’haltérophilie et « j’ai essayé le développé couché handisport, j’ai soulevé 60 kg d’un coup, ça ma plu ». A 17 ans, il termine deuxième des championnats de France.

Il veut faire de l’haltérophilie, « soulever des petits poids » lui disait-on pour rigoler mais à Montceau-les-Mines, il n’y avait rien. « J’ai commencé dans une salle en bas, à Jean Bouveri, juste avec trois planches et de la fonte. Il est doué et l’AOHP lui achète du matériel qu’il installe chez lui et s’entraîne. Il bat record sur record alors en 1984 il participe aux Jeux paralympiques de New York. Il enchaînera avec ceux de Séoul en 1988 (il termine 5e) et de Barcelone en 1992 (7e).

Entre temps, l’haltérophile montcellien n’arrête pas d’aligner les performances. Il bat le record du monde avec 105 kg aux championnats d’Europe en Pologne en 1989. En 20 ans de carrière, il en améliore onze, truste cinq titres européens et devient champion du monde en 1995. Il est d’ailleurs déclaré meilleur sportif bourguignon cette année-là.  « Pour un petit bonhomme, c’est pas mal » ironise-t-il. Il a réussi en sport alors qu’il n’était pas spécialement doué. « Je me disais : pas de bla-bla mais des résultats ».

En 2000, Patrick Fornet préfère arrêter la compétition, « quand j’étais encore en haut » puis se blesse accidentellement au travail en 2004. Depuis il ne travaille plus. Il est inapte au travail. Il attend sa retraite pour bientôt.

Au fond de lui, il gardes des tonnes de souvenirs en fonte. Lui le fils d’un père mineur et gardien d’immeuble au Plessis, d’une mère femme de ménage, a tout fait pour sortir des centres pour handicapés et montrer de quoi il était capable. « J’ai connu le sens de l’effort et tout ce que j’aie eu, c’est grâce à mon travail ».

Quand on est handicapé, c’est double dose.

Jean Bernard

 

6 commentaires

  1. Félicitation à Patrick, qui a fait briller le nom de sa ville et de sa région de milles feux; par contre, il est dommage que sa ville ainsi que le département , qui, pourtant, ont sus mettre en valeur les divers représentants aux jeux olympique passés, n’ont jamais parlé des différents sportifs handisport du département qui ont représentés notre belle région…Trujillo ,Ducret, Fornet, Myckorek…..entre autres,

  2. Salut Patrick !
    Pour t’avoir côtoyé durant nos longues années d’usine, je me dois de saluer ta gentillesse et ta modestie qui n’ont eu d’égal que ton courage et ton acharnement à ne vouloir dépendre de personne.
    J’entends encore ton rire caractéristique alors qu’on refaisait le monde au coin cafétéria, entre collègues, et ta petite pointe d’ironie à l’encontre de certains « valides » qui ne comprenaient pas toujours tes motivations.

    Bravo à toi d’avoir su, par ton travail acharné, contribuer à la reconnaissance du handisport et merci de nous avoir accordé ton amitié.

    Michel Montmaron

  3. bien content d’avoir de vos nouvelles . C’est exact que, pour avoir vu vos performances, vous auriez pu soulever
    Simplement ça aurait été sympa de dire que l’entreprise JS puis Boch a sponsorisé très discrètement tous vos déplacements en « oubliant » de décompter tous vos jours d’absence au titre des préparations et des compétitions en particulier pour les JO sur vos congés en autre participation. Mais je ne le regrette pas et on avait même fait une belle fête à votre retour de Séoul
    bien à vous

  4. Fière de toi mon parrain et du messages d d’espoir que tu véhicule parfaitement auprès de tous ne jamais lâcher toujours aller de l avant malgres tout quoi qu il arrive ,dommage que la ville a cet époque ne ta pas rendu a toi ainsi que aux autres la reconnaissance que vs auriez du avoir cette les jeux handisport n etaient pas autant médiatisé que avant mais peut-être comme on di mieux vaut tard que jamais .bisous jtm mon parrain

  5. Salut Patrick,
    Pour m’être entrainer avec toi quelques années, je peux témoigner que t’es un chouette mec. Toujours souriant, jamais une critique, courageux, déjà que pour un valide s’est difficile de s’entrainer en muscu alors, toi, qu’on saucissonnait sur le banc de développé couché, chapeau ! Tellement discret, que j’ignorais la moitié de tes titres, à part celui des jeux.
    Alors oui, tu as beaucoup donné, à défaut d’une reconnaissance pour ton courage dans la vie et pour avoir fait flotté les couleurs du pays sur les podiums. Puisse une administration, qu’elle soit étatique, préfectorale ou autre, te vienne en aide.
    Merci à M.Jean BERNARD, journaliste pour l’informateur de Bourgogne pour cet article rendant hommage à une belle personne.

  6. Merci à tous pour tous ces commentaires qui me vont droit ton cœur et merci aussi au journaliste portez-vous bien patrick fornet

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