Rencontre – Josy, « Ma Louloute », « Ma maman », le coeur sur le zinc

Un bar art déco et une tenancière dans l’art du temps, celui d’hier qui s’imprègne de l’air d’aujourd’hui. A Montceau-les-Mines, sur le quai, au bord du canal du Centre, masqué par une espèce de bicoque toute moche, un estancot tente de respirer à l’ombre du pont levant.

Poussez la porte de « Chez Jozy », c’est entrer au panthéon du zinc. Ici naissent les brèves de comptoirs, plus comptoir que brèves, mais jamais revêches, toujours affables comme la patronne. Un personnage hors du commun aux cheveux hérissés en rose et violet, aux couleurs de sa voiture « et j’ai dit que mon cercueil sera rose et violet ».

Tenancière, patronne, Josy, gueule de mamie branchée, parfois à l’allure délurée, « je peux être en pantalon ,en jupe ou en cuissardes » dégage ce côté on-se-sent-bien-ici. On l’aime comme elle est. En témoignent les nombreuses inscriptions sur les murs des toilettes, même au plafond, sur la porte et maintenant sur la tapisserie. Des messages d’amour, d’amitié, gravés pour rester comme des peintures rupestres.

Michel Delpech en aurait probablement fait une chanson, « chez Josy c’était chouette » avec sa guitare assis sur la banquette et les femmes nues dans son dos, prêtent à se décoller du mur au premier accord en do. Fresque de 1991 pour simuler la présence féminine « parce qu’une femme dans un bar, c’était mal vu » glisse la féministe avec le diable pour témoin, la tentation au masculin.

Son bar, un ami de trente ans. P…, trente ans !

Josy, femme des années 90, loufoque, excentrique, « on peut dire ça » admet-elle à 67 ans. « Je ne vois pas la vie comme les autres », dit-elle un peu avec lassitude. Ici, tout le monde est logé à la même enseigne, pas de jaloux. Chaque personne a de l’importance à ses yeux. « J’ai un grand coeur, un peu trop ». Combien sont-ils venus manger parce qu’ils n’avaient rien dans la poche ? Combien ont trouvé un toit en dépannage et rien donner en retour ?

Trente ans que Josy stationne au comptoir, « je suis mariée avec, j’y passe 90% de ma vie », alors elle aimerait bien s’occuper d’elle-même, vivre tout simplement. « Si je vends, je pourrais apprendre l’anglais, faire du théâtre, encore que, ici, on joue des pièces tous les soirs ».

La transition risque d’être brutale, la coupure fatale. Montceau sans Josy, plongerait la cité dans les ténèbres du remords. « Ma Louloute », « Mon coeur », « ma maman » encore pour d’autres, combien finiraient en dépression en trouvant porte close le long du quai ?

Un phénomène cette Josy, trop fière de figurer dans le livre de la plus ancienne patronne de bar à Montceau dont la seule ambition est de voir chez elle, des gens heureux, même si « maintenant, ils râlent tout le temps » observe-t-elle.

Josy adore son métier, prend du plaisir à parler avec les gens, « j’ai fait des rencontres merveilleuses ». Elle se souvient notamment du temps où Gilles Galera, le directeur de l’ECLA à Saint-Vallier, lui envoyait des artistes. « Tu parles des chouilles qu’on a pu faire ». Et jamais d’embrouille.

Chez Josy, c’est encore chouette. Très chouette.

Jean Bernard

 

Un commentaire

  1. Une sacrée NANA notre Josy ,avec un coeur « gros comme ça « , il faudrait un ou une repreneur(se) à son image . Mais surtout qu’elle écrive ses mémoires ,c’est une mine d’or ce troquet ! On devrait d’ailleurs lui décerner une médaille ,elle le mérite <3

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