Rencontre – Franck Naudin, un coureur de la vieille génération qui tient la route

Ils arrivent l’un et l’autre avec leur médaille autour du cou. Un petit morceau de métal, certes, mais surtout une belle histoire à raconter. Le 4 octobre, Franck Naudin et Alice ont participé au Run In Lyon, lui sur le marathon, elle sur le 10 km.

Ils en sont fiers. Et ils peuvent l’être.

Pour Alice, cette médaille a une saveur toute particulière. Elle qui fut performante en marche athlétique, avant d’être malheureusement rattrapée par le Covid, retrouvait enfin le plaisir d’une compétition. « Pour moi, c’était une reprise de participer à ce 10 km, après quatre ans de Covid », confie-t-elle, visiblement soulagée.

Pour Franck, l’histoire est différente. Le professeur de mathématiques au lycée Parriat de Montceau-les-Mines est un habitué de la course sur route. Un « routard », comme il aime se définir, qui passe du 10 km au marathon avec la même gourmandise.

Derrière ses presque 57 ans, il en a déjà sous la semelle. Beaucoup même. Franck dispute en moyenne un à deux marathons par an : Lyon, Nice, Annecy, Saint-Tropez, Paris… Des kilomètres avalés, des routes parcourues et autant de souvenirs qui restent accrochés aux chaussures.

Il se souvient notamment de Paris. Ce jour-là, malade, il avait pourtant réalisé un remarquable 2 h 42. « Je pense que j’aurais pu faire mieux », reconnaît-il encore avec un brin de regret.

Sans jamais avoir revendiqué le statut d’athlète de haut niveau, Franck a pourtant signé quelques jolies performances. En 1997, au semi-marathon de Beaune, il avait ainsi franchi la ligne en 1 h 12’56’’. Une marque qui témoigne, à elle seule, d’un sacré potentiel.

Licencié au SA Autun _ « j’ai une partie de ma famille là-bas » _ et Sanvignard d’adoption, Franck avait, c’est certain, quelques facilités et de belles capacités. Ce petit quelque chose en plus que l’on devine parfois dans une foulée, dans cette manière de poser le pied et de relancer.

Mais il a rapidement compris que courir avec les meilleurs, les suivre et pourquoi pas les dépasser, n’était pas forcément son chemin.

Le palier supérieur, peut-être n’a-t-il pas osé le franchir. Ou peut-être a-t-il simplement su regarder la réalité en face. « J’ai vite jaugé mes limites », raconte-t-il avec cette lucidité tranquille qui le caractérise.

Toutefois, lorsqu’il prépare une épreuve, Franck ne laisse rien au hasard. Sérieux et abnégation sont au rendez-vous. Cinq à six entraînements par semaine, pour une centaine à 110 kilomètres avalés dans ce laps de temps. Une discipline presque métronomique.

Et pourtant, lorsqu’il court, Franck ne cherche plus à se compliquer la vie. Il court à la sensation. « Pour me faire plaisir, je ne me prends plus la tête ». Le bitume défile sous ses chaussures avec une facilité presque désarmante. Il avale les kilomètres comme d’autres savourent une bière, tranquillement, avec délectation. Sans obsession du chrono. Sans cette pression qui peut parfois gâcher le plaisir.

Il relativise. « La course me permet de débrancher et puis, avec l’âge, je reste au moins en forme ».

A Lyon, sur le marathon, Franck Naudin a terminé 240e sur 5 500 participants, en 3 h 05’05’’. « Je me classe troisième dans ma catégorie, Master 4, et j’ai assuré ma qualification aux France en 2027 ».

Une belle satisfaction, évidemment. Une de plus.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, dans la vie de Franck, la course à pied reste à sa place. La première demeure celle de l’enseignant. « La course à pied vient après ».

A l’approche de ses 57 ans, il ne se demande pas encore combien de temps ses jambes accepteront de courir. La question ne semble d’ailleurs pas vraiment l’effleurer. Il préfère regarder devant lui. Et une idée lui trotte déjà dans la tête, participer un jour à un 100 km sur route.

Alice lui sourit.

On verra bien…

En novembre, Franck prendra la direction de Nevers pour un semi-marathon. Sans pression, sans exigence particulière. Simplement pour courir.

Parce que courir, décidément, il aime ça.

Et Alice est toujours là pour l’encourager, le soutenir, partager les kilomètres et les médailles.

Un beau duo qui ne court pas après le temps, mais qui avance ensemble, porté par une même passion.

J.B.

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