Il habite les Loges, entre Perrecy-les-Forges et Sanvignes, sur ce plateau venteux où les gelées matinales ont d’ordinaire la délicatesse d’un rappel à l’ordre et il ne s’attendait pas, ce matin, à découvrir son cerisier en pleine floraison.
Et pourtant…
Des fleurs blanches, fragiles et insolentes, se sont ouvertes comme si le printemps avait pris un raccourci, perdu le calendrier, ou décidé de revenir nous faire une dernière visite avant l’hiver.
Il a d’abord souri. Puis il a regardé le ciel. Et il a pensé : devrais-je donc m’attendre à une nouvelle récolte de cerises en décembre ?
Après tout, pourquoi pas ?
Des cerises sous le sapin, entre les guirlandes et les boules de Noël… Il ne manquerait plus que les abeilles remplacent le Père Noël et viennent butiner sous la neige.
Sauf que voilà, ce qui pourrait prêter à sourire ressemble surtout à un mauvais scénario dont personne n’aurait pris la peine de nous donner la fin. Un cerisier qui refleurit alors que l’automne s’installe, ce n’est pas seulement une curiosité de jardinier. C’est peut-être le signe discret d’un monde qui commence à perdre ses saisons ou du moins leurs repères.
Le printemps en avance, l’automne qui s’attarde, les floraisons qui recommencent, les plantes qui ne savent plus très bien à quelle époque elles appartiennent…
La nature, elle, ne plaisante pas. Elle s’adapte. Elle tâtonne. Elle se trompe parfois.
Et pendant que nous plaisantons sur les cerises de Noël, elle nous adresse peut-être simplement un avertissement, en lettres blanches sur les branches d’un cerisier : « Vous avez changé le climat, maintenant, regardez ce que cela change en moi ».
Alors, le réchauffement climatique, une vaste blague ? Peut-être.
Mais si c’est une blague, elle risque fort de nous faire rire beaucoup moins longtemps que prévu.
En attendant, il va surveiller son cerisier. Et si, le 24 décembre, il donne des cerises… alors il croit que, cette fois, il ne rira pas.
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J.B.
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