Octobre rose – « Je n’ai jamais quitté la vie mais ce n’est plus la même vie »


Le crabe, cette maladie est encore tabou au même titre que l’inceste. Il est mort des suites d’une longue maladie, dit-on encore aujourd’hui. Le cancer fait peur surtout chez les proches des cancéreux. Peur de l’attraper, la honte d’en parler. D’ailleurs même en ce mois d’octobre qui a pour but de sensibiliser au dépistage du cancer du sein, on détourne l’attention. Octobre rose, quelle belle couleur !

Le cancer du sein, n’ayons pas peur des mots, est une saloperie. Stéphanie Furdzik a une approche toute personnelle de cette maladie. « Pour moi, ce petit crabe, il est venu me visiter mais il est entré dans une maison en location, je n’étais pas à vendre, alors il a dégagé ».

Il est arrivé sans frapper. C’était en mars 2020. Je me suis palpée mais je me suis pas alarmée. Je devais voir mon médecin généraliste, c’était l’occasion de lui en parler ».

Le médecin a tout de suite compris l’urgence de la situation et dans la journée, Stéphanie passait une mammographie à Esculape à Montceau-les-Mines. « Là, j’ai vu les regards fuyants, je devais faire pitié. J’ai pensé, t’as dû choper un truc, ce n’est pas bénin ».

A 46 ans en mars 2020, Stéphanie se doute bien de la gravité. Après la biopsie, tout se met très rapidement en place. « On commence la chimio me dit mon médecin. J’ai prévenu mon conjoint et je suis  repartie au travail ». Le traitement va être lourd, chimio, rayons, « c’était un remède de cheval » concède Stéphanie. « Je n’avais pas le choix, c’était la première option, je n’ai jamais su qu’elle était la seconde ». Désormais le travail attendra.

Son cancer est très agressif, « j’ai eu une tumeur triple négatif mais personne ne vous dit rien clairement mais moi, je voulais savoir. Je pense que les médecins ont compris que j’avais compris ». Compris qu’elle pouvait mourir. « ‘On m’a juste dit : c’était temps! Moi je me disais, la mort, pas maintenant ».

Stéphanie, c’est une force de caractère, la femme avec un cancer du sein qui a continué à vivre. Elle en a parlé à son fils, à son conjoint, « je n’ai rien caché » même pas la chute de ses cheveux. Elle les a même coupés très ras. « Je mettais un turban et je me sentais très bien alors qu’avec la perruque, j’avais l’impression de me déguiser ».

Vaincre le cancer, c’est une chose mais après, on fait quoi ? 

Elle enchaîne donc la chimio une fois par semaine jusqu’à l’été 2020 puis les rayons à Chalon tous les jours d’octobre à janvier. Son corps a souffert mais « je n’ai pas mené de combat, je ne me suis pas perdue non plus. J’ai continué à me maquiller et à m’habiller comme je le faisais ».

Un combat, Stéphanie Furdzik en mène un, celui de l’après quand, en janvier, à la dernière séance de rayon, « je n’avais plus rien, il (le crabe) avait dégagé ». Et après, justement, on fait quoi, on fait comment ?  Reprendre le boulot ? « Aujourd’hui, j’en suis incapable ». Son corps a dérouillé, « il faut relancer la machine, le mental est là mais physiquement vous vous retrouvez toute seule, c’est difficile ».

Mieux manger. Oui. Ne plus fumer, encore oui. Faire du sport encore deux fois oui. Mais qui pour vous aider ? Le cancer est derrière vous mais « il manque un accompagnement, je me sens seule. Mais j’ai de la chance. J’ai le moral, pas de souci mais toutes ces femmes que j’ai rencontrées pendant mes traitements qui ont des enfants ou qui sont seules, comment font-elles, comment s’organisent-elles ? »

Les médecins ont fait leur travail « et je leur dit un grand merci notamment au docteur Fournier mais après, notre corps n’est pas rééduqué, il manque quelque chose ».  Vous êtes guéri, bravo. « Je n’ai jamais quitté la vie mais ce n’est plus la même vie » admet-elle.

Son cancer du sein, Stéphanie le sait, il peut revenir. Ce n’est pas sa préoccupation majeure, elle veut se rendre utile car elle a bien ciblé les besoins. Aux médecins, on leur tire un grand coup de chapeau mais ce n’est pas de leur faute si après il en manque un bout. Alors Stéphanie a rejoint la Ligue contre le cancer. « Je veux m’impliquer ».

Un fichu caractère que même le crabe a préféré ne pas insister.

Jean Bernard

9 commentaires

  1. Juju
    Bravo, Madame, vous êtes un exemple de courage pour la façon dont vous avez pu traverser l’épreuve, pour la qualité de votre réflexion positive, pour votre disponibilité pour l’après…Votre témoignage est particulièrement utile. Bonne chance et Merci à vous !!!…

  2. Votre témoignage est très prenant, je vous félicite pour celui-ci ainsi que pour votre courage. Je ne sais pas comment je pourrais réagir face à cette maladie, je ne connais pas mon degré de courage.

  3. Respect Stéphanie bravo pour cette leçon de la vie. Un grand merci madame pour votre courage….. Notre rayon de soleil maintenant Stéphanie bises….

  4. Bonjour Stéphanie
    J’ai la même pathologie que vous, détectée le 20/02/2020. Seriez vous d’accord que nous échangions notre vécu et notre ressenti?
    Je remplis le formulaire de contact sur l’Informateur.
    Merci
    Cordialement
    MARYSE

  5. Je suis admirative , émue face à tant de courage.Je vous ne peux que vous souhaiter que de belles rencontres suite à votre témoignage et je pense que cela va surement réconforter d’autres personnes qui comme vous on subit cette maladie.Vous m’avez éveillée , réveillée et j’ai envie de vous accompagner pour l’après et j’espère ne pas être la seule.Merci Stéphanie.

  6. MERCI! 🤩Je suis ravie de « l’utilité  » de l’article, les témoignages sont rares et il y a encore beaucoup à faire malgré les gros progrès de la recherche et de la médecine, pour nous les actifs, et pour les mamans, les personnes âgées souvent seules et parfois isolées 😉💥💥💪💪

  7. Bonjour🙂On a tous des ressources, souvent insoupçonnées 😉Toujours garder confiance en soi😊👊💪💪Merci🤗

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *