Dans son coin, à la table du conseil municipal qui se tenait hier soir dans le salon d’honneur de l’hôtel de ville de Montceau-les-Mines, Solange Capber savourait discrètement son moment. Derrière une apparente retenue, l’adjointe à la culture très engagée au sein du collectif de l’Écuyer, venait, à l’évidence, de remporter une bataille.
Car le terrain avait été préparé. Dès dimanche, dans un communiqué publié sur notre site, le collectif dénonçait l’absence de transparence autour du projet de crématorium du Pré Long. « Aucune analyse comparative des sites alternatifs n’a été présentée publiquement. Aucune démonstration détaillée ni chiffrée ne permet d’établir que ce site constitue la solution la plus adaptée », pouvait-on y lire. Le ton était donné.
Hier soir, les élus devaient pourtant se prononcer sur des éléments structurants, la déclaration d’intérêt général et l’avenant n° 2 à la délégation de service public. Une étape décisive. Ou qui aurait dû l’être.
Car, coup de théâtre en ouverture de séance, dans ses propos liminaires, la maire, Isabelle Louis, annonce que le point est retiré. Officiellement, il est « différé ». Officieusement, il vacille.
« Une décision prise dans un souci de responsabilité, de transparence et de concertation », explique-t-elle. Une formule désormais bien rodée. Mais qui, en creux, dit autre chose, le doute s’est installé.
Il faut dire que la réunion au Magny a laissé des traces. Entre interrogations légitimes et emballements plus contestables _ certains allant jusqu’à évoquer un « couloir de la mort » _ le débat s’est tendu, parfois jusqu’à la caricature. Faut-il pour autant céder à la pression ? La question est posée.
La maire évoque désormais la nécessité « d’approfondir les études et renforcer le dialogue » avec riverains, acteurs locaux et élus. Une inflexion notable. Et un signal politique.
Car au fond, que dit cette décision ? Qu’à Montceau, il suffit désormais qu’un projet suscite de l’opposition pour être suspendu. Ombrières, subventions sportives, équipements structurants, tout semble pouvoir être remis en question à condition qu’un collectif se mobilise. Une démocratie participative vivante ? Ou une gouvernance hésitante ?
Derrière l’affichage d’écoute et de concertation, le risque est clair, celui d’un pouvoir qui cherche à ménager toutes les sensibilités, quitte à perdre en lisibilité. A vouloir plaire à tous, la majorité s’expose à une dérive bien connue, celle d’un populisme feutré où l’on donne le sentiment que tout reste ouvert… alors que les grandes orientations, elles, sont déjà arrêtées.
La communication officielle, elle, reste parfaitement calibrée, il s’agit de « garantir une prise de décision éclairée, conforme à l’intérêt général ». Le report est présenté comme un gage de sérieux. Soit.
Mais dans les faits, le permis de construire a bien été signé. Juridiquement, rien ne s’y opposait. Le dossier, porté par la Société du Crématorium de Montceau-les-Mines, est conforme. Et pourtant, l’opérateur n’a pas été informé en amont. « Je vais l’appeler demain (mardi) », glisse la maire. Un détail ? Pas vraiment.
Car ce contretemps pourrait avoir des conséquences très concrètes comme le retrait du projet, contentieux, voire demande d’indemnisation. A force de temporiser, la collectivité pourrait se retrouver fragilisée.
Pour autant, Isabelle Louis se veut rassurante. Il ne s’agit pas d’un abandon. Le projet est jugé nécessaire. Mais « en l’état », il ne permettrait pas un examen serein des alternatives. Traduction, tout est à reprendre, ou presque.
« Il se fera, mais autrement », assure-t-elle, évoquant même une autre implantation possible. Une manière de reprendre la main. Ou de gagner du temps.
Dans les rangs de l’opposition, le ton est plus direct. Par la voix de Lilian Noirot (Montceau passionnément), la décision interroge : « Blocage interne ? » avant de tomber, sans nuance, « décision totalitaire ». Le mot est fort, sans doute excessif mais révélateur d’un climat qui se tend.
Et pendant ce temps, en retrait, Solange Capber observe. Lorsque nous la félicitons d’un « bien joué », la réponse est silencieuse, presque enfantine, une langue tirée, comme dans une cour d’école.
Un geste anodin ? Peut-être. Mais qui, à sa manière, résume assez bien la soirée.
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J.B.
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