Montceau – La délocalisation de la foire aux grattons, « c’est une mauvaise idée »

 

Foire aux grattons, un déplacement qui interroge bien au-delà des seules contraintes techniques.

 

Il existe, au fond, deux lectures du choix de la nouvelle majorité municipale montcellienne, conduite par Isabelle Louis, de délocaliser la traditionnelle foire aux grattons de la place de l’église vers l’esplanade de l’Embarcadère.

La première est d’ordre technique. La municipalité invoque l’état dégradé des coffrets électriques de la place de l’église, incompatibles, selon elle, avec l’organisation de cette manifestation populaire.

La seconde est éminemment politique. C’est celle que défend ouvertement l’élu d’opposition Lilian Noirot (Montceau Passionnément). Dans un communiqué (à lire par ailleurs), il conteste les arguments avancés par la mairie et affirme que des solutions existaient pour maintenir la foire en cœur de ville.

Sur le terrain, le débat semble pourtant déjà tranché. Qu’il s’agisse des commerçants du centre-ville ou des Montcelliens rencontrés aux terrasses des cafés, le constat est presque unanime : « C’est une mauvaise idée ».

L’incompréhension domine. Beaucoup peinent à saisir la cohérence de cette décision. « La mairie a bien organisé la fête de la musique et le concert du 14 juillet sur la place de l’église. Alors pourquoi la foire aux grattons ne pourrait-elle pas s’y tenir ? », s’interroge une fidèle du rendez-vous de septembre. « C’est dommage », ajoute-t-elle.

Cette interrogation fait écho aux engagements répétés de la maire, qui n’a cessé d’affirmer sa volonté de redynamiser le centre-ville. Une ambition qui, à l’épreuve des faits, semble aujourd’hui prendre une direction différente.

« Quand on cherche justement à dynamiser les rues piétonnes, ce n’est pas une bonne décision », estime le patron du Darcy. « Des solutions, on en trouve toujours… quand on le veut », regrette-t-il.

Il aura fallu attendre une publication de l’ancienne maire, Marie-Claude Jarrot, sur sa page Facebook, le 30 juin dernier (voir plus bas), pour apprendre le déplacement de la foire. Deux jours plus tard, le 2 juillet, Isabelle Louis adressait un courrier aux commerçants afin de justifier ce choix (lire ci-dessous).

Mais les explications peinent manifestement à convaincre.

« Cette décision ne plaît à personne », affirme le patron du Carnot. « La foire aux grattons, c’est la fête de l’année. Les Montcelliens sont attachés à son organisation place de l’église. Je comprends les contraintes techniques, mais d’autres solutions existaient pour conserver cet événement au centre-ville ». Et d’ajouter : « Si tout se concentre devant l’Embarcadère, il n’y aura plus aucune dynamique commerciale de notre côté. D’autant que tous les stands n’ont pas besoin d’électricité ».

Un habitant résume, avec une pointe d’ironie, « tout ça pour dix pompes à bière… « 

Rue Carnot, le discours est identique. Au Bis, on redoute une baisse de fréquentation. « Nous allons perdre des clients. Une réunion est annoncée avec les commerçants, mais nous n’y sommes même pas conviés ».

Même tonalité au tabac de la place de l’église : « Oui, cela nous pénalise. C’est d’ailleurs l’avis général des commerçants. Mais la décision est prise. C’est regrettable ».

Deux visions s’opposent désormais. Certains estiment que les difficultés techniques sont bien réelles. D’autres y voient surtout un argument commode pour justifier une nouvelle orientation politique. Comme le résume un Montcellien : « Techniquement, c’est une erreur. Politiquement aussi. Au fond, c’est avant tout un choix politique ».

A l’Italiano, le constat est plus nuancé. « Ce déplacement ne nous arrange pas forcément. Mais, avec les stands de restauration installés devant notre établissement l’an dernier, nous n’étions pas non plus les grands gagnants ».

Une chose, en revanche, semble faire consensus, le déplacement de la foire aux grattons est loin d’emporter l’adhésion. L’an dernier, 3 500 personnes avaient participé à la manifestation, faisant vivre l’ensemble du centre-ville.

Au-delà de la seule question logistique, cette décision révèle surtout une nouvelle manière d’envisager l’animation de la ville. Reste à savoir si ce choix assumé produira les effets espérés ou s’il marquera, aux yeux de nombreux Montcelliens, une rupture avec l’esprit populaire qui faisait le succès de cette manifestation.

Car, en politique comme ailleurs, les symboles comptent souvent autant que les arguments techniques.

Autre majorité, autre vision.

 

J.B.

 

 

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