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Vingt-trois ans d’amour pour le même club et puis, un jour, la flamme vacille. On s’apprécie davantage qu’on ne s’aime encore. Les regards se croisent toujours, mais sans cette étincelle d’autrefois. La rupture n’a rien de brutal, elle s’installe en silence, presque naturellement. Sans dispute ni éclat, l’éloignement finit par s’imposer.
Entre Alain Bernard et le CS Sanvignes, l’histoire touche désormais à sa fin. « Je quitte le club », glisse-t-il d’une voix calme, comme on referme doucement un chapitre trop longtemps aimé pour être claqué.
Après vingt-trois années de fidélité et de passion partagée, l’ancien éducateur tourne la page. Sur les raisons de son départ, il demeure pudique. Il se contente d’évoquer « des conditions qui ne sont plus réunies pour rester ». Au détour de la conversation affleurent aussi les difficultés du quotidien, celles « de gérer les jeunes, mais aussi les parents ». Alain Bernard préfère attendre l’assemblée générale du CSS, prévue en juin, avant d’en dire davantage, avant peut-être de laisser parler plus librement ce qu’il garde encore sur le cœur.
Du côté du CS Sanvignes, Sylvain Barnet, coprésident du club, assure que « tout se passe correctement » et qu’une communication sera faite « en temps et en heure ».
Une séparation sans fracas ni rancœur, comme si chacun savait ce qu’il devait à l’autre après tant d’années de route commune.
Car Alain Bernard semble être né avec un ballon au bout du pied. Le Gueugnonnais avait signé sa première licence au FCG à seulement huit ans. Depuis, le football ne l’a jamais quitté. Plus de deux cents matches disputés sous les couleurs des Forgerons, en Ligue 2, ont jalonné son parcours. « J’ai arrêté ma carrière à trente-trois ans avant de m’occuper du sport-études et des U15 nationaux du côté des Forges », raconte-t-il.
Le jaune et bleu lui collait à la peau. Pourtant, un jour, il avait quitté Gueugnon pour rejoindre le CS Sanvignes, où il allait entraîner pendant onze saisons, non sans un détour par le FC Montceau. Puis il était revenu à Sanvignes, fidèle à ce football de transmission qu’il affectionne tant, pour accompagner les classes à horaires aménagés du collège Roger Vailland et former les jeunes du club.
A bientôt 72 ans, l’homme au brevet d’État d’éducateur sportif ne se considère plus indispensable. Mais l’envie de transmettre, elle, n’a jamais déserté.
Au stade Saint-Amédée, le rideau tombe lentement sur une collaboration féconde. « Je veux partir en bons termes », insiste-t-il. Lui et le club ont depuis longtemps passé l’âge des querelles inutiles.
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J.B.

