Elections sénatoriales – Paulette Matray – Jérôme Durain, un tandem recomposé

« Nous dévoilerons cette liste à la fin du mois d’août. Elle respectera un équilibre territorial afin de représenter l’ensemble de la Saône-et-Loire », déclarait fin juin Paulette Matray, sénatrice de Saône-et-Loire.

A quelques jours près, nous y sommes. Et c’est à Lux, près de Chalon-sur-Saône, au bord de l’étang de la Corne, autour d’une table de camping, que la sénatrice sortante, candidate à sa succession lors de l’élection sénatoriale du 27 septembre, a finalement présenté sa liste.

Sur le papier, pas de surprise. Jérôme Durain, auquel Paulette Matray avait succédé au Sénat il y a un an, avant que ce dernier ne prenne la tête de la Région Bourgogne-Franche-Comté à la suite de la démission de Marie-Guite Dufay, occupe la deuxième place.

Le tandem se recompose donc comme en 2020, mais à l’envers : Jérôme Durain était alors numéro 1, Paulette Matray numéro 2. Cette fois, les rôles sont inversés.

Une présence qui interroge

Officiellement, chacun assure qu’il ne faut y voir rien d’autre que la volonté de poursuivre le travail engagé au Palais du Luxembourg. Et il n’y a, a priori, aucune raison de ne pas les croire. Reste que la présence du président de Région sur cette liste ne manque pas d’alimenter les interrogations.

« Vous gardez la place au chaud pour Jérôme Durain en cas de défaite aux Régionales de 2028 ? »

« Je m’attendais à cette question », confie l’intéressé.

Mais c’est Paulette Matray qui répond la première. « Pas du tout. Je suis dans l’action, j’ai envie de continuer. Il a fait cinq ans sur les six au Sénat. Nous avons juste échangé les places ».

Jérôme Durain embraye, « j’ai quitté le Sénat en connaissance de cause et je suis à la Région. Je n’ai pas d’arrière-pensée. Nous avons gagné en 2014, en 2020, et Paulette Matray, comme Fabrice Voillot, étaient déjà là ».

Dont acte.

Reste désormais à attendre 2028. A une condition, toutefois, que Paulette Matray conserve d’abord son siège de sénatrice le 27 septembre.

Car si la liste paraît solide, l’élection ne sera pas une simple formalité. Les communistes et les écologistes appellent les grands électeurs _ ils sont 1 685 en Saône-et-Loire _ à voter pour l’ancienne maire de Marigny. Les Insoumis, de leur côté, présentent leurs propres candidats.

Une précision, tout de même, apportée par Jérôme Durain et Paulette Matray, « Nous n’avons eu aucune discussion, ni contact avec LFI ».

La bataille pourrait surtout se jouer sur un autre terrain.

Plane en effet la candidature de Jean-François Farenc, président des maires ruraux de Saône-et-Loire, avec Marie-Claude Barnay, présidente du Grand Autunois Morvan, en numéro 2. Une liste qui, si elle se confirme, pourrait bien prendre quelques voix à Paulette Matray, précisément sur le terrain qu’elle revendique comme le sien, la ruralité.

La sénatrice rurale entend d’ailleurs passer des paroles aux actes. Elle souhaite déposer une proposition de loi prévoyant qu’aucune fermeture de classe ne puisse intervenir en zone rurale sans l’accord du maire. « C’est la moindre des choses que l’État respecte nos communes », estime-t-elle.

Un marqueur politique qui résume assez bien le positionnement de cette liste : parler aux maires, défendre les communes et faire de la ruralité un rempart face aux décisions venues d’en haut.

Nous devrions d’ailleurs être rapidement fixés sur les intentions de chacun, puisque le dépôt des listes est fixé au 11 septembre.

Un an pour convaincre

En un an seulement, Paulette Matray s’est installée dans le paysage du Palais du Luxembourg. Jérôme Durain en témoigne. « Elle a fait ses preuves en peu de temps. C’est la voix de la ruralité à même de défendre les finances communales ». Et d’ajouter, « Au Sénat, elle est toujours à la recherche de l’intérêt général ».

La ruralité est donc le maître mot de cette liste. Fabrice Voillot, numéro 4 et paysan de profession, en sait quelque chose. Canicule, sécheresse, conséquences sur l’alimentation, les changements climatiques ne sont plus pour lui une question théorique. « Nous devons adapter nos exploitations agricoles. Nous sommes tous concernés ».

Même tonalité chez Elise Myat-Clément, numéro 5, « C’est une liste qui parle de nous, de la ruralité ».

Une diversité géographique, donc, mais aussi une volonté affichée de faire de la proximité un argument électoral.

« La qualité du collectif se mesure à sa capacité à faire remonter les sujets et à obtenir des réponses. C’est ce que nous proposons aux grands électeurs de Saône-et-Loire », conclut Paulette Matray.

Reste maintenant à transformer cette promesse en voix.

Et à démontrer, le 27 septembre, que l’inversion des rôles opérée avec Jérôme Durain n’était bien qu’un simple échange de places et pas le premier acte d’un scénario écrit en pensant déjà à 2028.

J.B.

Composition de la liste

Cinq élus en responsabilité ancrés dans les territoires du département, de la Bresse au Mâconnais, du Chalonnais à l’Autunois Morvan.

  1. Paulette Matray : sénatrice de Saône-et-Loire, ancienne maire de Marigny, assistance sociale de formation, 70 ans, quatre enfants.
  2. Jérôme Durain : président du conseil régional, ancien sénateur, cadre de la fonction publique territoriale, 57 ans, trois enfants.
  3. Patricia Clément : maire de Fleurville, 1re vice-présidente du Mâconnais Tournugeois, cadre à la Mutualité sociale agricole, 68 ans, deux enfants.
  4. Fabrice Voillot, maire de Charbonnat, vice-président du Grand Autunois Morvan, conseiller régional délégué à l’alimentation de proximité, agriculteur, 49 ans, deux enfants.
  5. Elise Myat, maire adjointe de Ratte, ancienne maire de Ratte, conseillère communautaire de Bresse Louhannaise Intercom, enseignante en centre de formation d’apprentis et graphiste indépendante, 45 ans, deux enfants.

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