Au coin du feu, on pourrait presque croire que les choses ont changé.
Vendredi, à l’Auditorium des Ateliers du Jour de Montceau-les-Mines, la loge « Les Zélés » de Blanzy, rattachée au Grand Orient de France, organisait une conférence consacrée aux violences conjugales.
Autour de la table, Myriam Blumberg, avocate engagée auprès des femmes et des familles et Bénédicte Haubold, autrice et victime de violences conjugales, étaient là pour témoigner et échanger. Manquait Laurence Fischer, fondatrice de Fight for Dignity, retenue en Suisse.
Le propos se voulait clair, parler des violences, de cette violence insidieuse qui détruit la liberté individuelle, des enfants victimes et, surtout, de la manière dont les institutions doivent protéger celles et ceux qui en sont victimes.
Myriam Blumberg rappelle notamment que la victime peut être progressivement privée de ses papiers, de son argent, de son travail, de ses libertés. Elle évoque également le rôle essentiel de la justice, de la police, des services sociaux, des professionnels de santé et des réseaux spécialisés.
Elle rappelle même un principe essentiel, selon l’article 10 du Code de procédure pénale, une victime ne peut être renvoyée ailleurs ou se voir refuser l’enregistrement de sa plainte.
Et puis vient le témoignage de Bénédicte.
Cette nuit de 2021, son mari a failli la tuer, sous les yeux de leurs jeunes enfants. Elle réussit à sortir, prend un taxi et se rend au commissariat pour déposer plainte.
Elle raconte alors avoir été accueillie par les policiers avec écoute et bienveillance.
Sur le papier, tout semble donc correspondre à ce que l’on vient d’expliquer dans cette salle, une victime entendue, orientée, prise en charge.
Mais, au fil de son récit, une autre réalité apparaît.
Après la plainte, il y aura la solitude. Le regard d’une partie de l’entourage qui change. Le sentiment d’exclusion. Les difficultés matérielles. Les charges qui ne sont plus payées. Et cette longue période durant laquelle la victime doit, finalement, tenter de reconstruire sa vie.
Alors, au coin du feu, une question vient doucement s’installer.
Si les dispositifs existent, si les textes sont là, si les réseaux VIF rassemblent police, gendarmerie, justice, associations, services sociaux et professionnels de santé… qu’en est-il réellement du parcours vécu par les victimes ?
Parce qu’entre ce qui est prévu, ce qui est expliqué dans une conférence et ce que vit réellement une personne lorsqu’elle pousse la porte d’un commissariat, il peut parfois y avoir un fossé. Et c’est peut-être là que le témoignage de Bénédicte prend une résonance particulière.
On nous explique comment les choses devraient fonctionner.
Elle, nous raconte ce qu’elle a vécu.
Et sans aller plus loin, sans tirer de conclusion définitive, cette simple confrontation mérite peut-être que l’on s’y attarde.
Car lorsqu’une conférence consacrée aux violences conjugales met en lumière les dispositifs censés protéger les victimes, mais qu’un témoignage laisse entrevoir une réalité qui semble beaucoup plus complexe, une question demeure.
Entre la prise en charge annoncée et la prise en charge réellement vécue… que s’est-il passé ?
La réponse, peut-être, se trouve quelque part entre les mots prononcés ce soir-là et ceux que Bénédicte n’a pas encore racontés.
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J.B.
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