Chronique d’un marcheur – La marche n’est pas un long sentier tranquille

Un dimanche pas comme les autres…

Marcheur qui regarde

J’étais parti pour une balade sympa 20km. Rien d’extraordinaire : un chemin, un peu de lumière, l’idée ne pas utiliser la voiture vu le contexte.

J’étais parti pour une balade sympa à Blanzy, sur un chemin balisé par des bénévoles, des élus, du personnel  de la commune puis par la communauté urbaine le petit verrier en référence à notre patrimoine local, un parcours pensé pour faciliter les randonnées, attirer les marcheurs, ouvrir le territoire aux touristes.

On s’attend à un chemin propre, accueillant pour tout le monde (pas des irascibles comme je peux l’être), entretenu.

Et puis, en cent cinquante mètres, tout bascule. Le sentier submergé par des restes d’une taille de haies qui devient presque infranchissable, les ornières, les haies scalpées, les arbres tailladés. J’étais cool, tranquille, presque léger. Me voilà agacé, crispé, avec cette impression qu’on marche dans un pays qui ne respecte plus ce qu’il a sous les yeux.

On nous parle de patrimoine, de transmission, de trésors communs. On ouvre les portes des châteaux, on polit les vitraux, on fait sonner les cloches pour les Journées du Patrimoine, on s’affiche, on est fier, on entretient son image (son patrimoine). Et pendant ce temps, sur les chemins (rien de bien transcendant, une sente, pas de quoi faire la une de Télérama), c’est une autre histoire.

Des sentiers saccagés par les engins. Des déchets qui s’accumulent sur la sente. Des arbres tailladés, blessés, déchiquetés par les bras mécaniques. Des haies étêtées, broyées jusqu’à l’os. On célèbre le passé, mais on massacre le présent. On parle de transmission, mais on détruit ce qu’on devrait transmettre. Le patrimoine n’est pas seulement dans les pierres, et l’art, il est  aussi dans les chemins, les haies, les arbres, les paysages. Et ceux-là, personne ne les ouvre au public. On les ouvre au broyeur. Il serait temps de regarder le patrimoine là où il vit encore, dehors, avant qu’il ne reste plus que des panneaux explicatifs pour raconter ce qu’on a laissé disparaître.

Une balade ne coûte rien. Elle ne rapporte rien. Elle n’a pas de billetterie, pas de visite guidée, pas de brochure glacée. Et pourtant, c’est là que le patrimoine respire encore.

Alors comment des professionnels de la nature peuvent-ils laisser leur bien, et le nôtre,  dans cet état ? Comment peut-on prétendre défendre le vivant en le blessant ainsi chaque saison ? Le paradoxe est là : on protège ce qui est derrière les murs, et on abandonne ce qui est sous nos pas.

Je fais un constat, rien de plus. Je ne généralise pas, je n’accuse pas tout le monde, je n’invente rien. J’informe sur ce que j’ai vu, sur ce que n’importe qui verrait en marchant là, ce jour-là. Le patrimoine n’est pas une théorie : c’est un terrain, un chemin, une haie, un arbre, un monument, une  œuvre d’art.

Et quand ce terrain se dégrade, il faut le dire. Pas pour dénoncer à tout prix, mais pour rappeler que ce bien-là , le nôtre,  mérite mieux que l’indifférence le respecter et l’entretenir ne coute pas plus que de le détruire.

 

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