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10 mars 1906 – 1099 morts, la mine d’enfer

Communiqué du syndicat CGT Mines-énergie du bassin montcellien.

Courrières 1906 – du drame à la colère !

Le 10 mars 1906 marque la fin d’une époque. Ce matin-là, 1700 mineurs de la Compagnie des mines de Courrières sont descendus par les puits 2 de Billy-Montigny, 3 de Méricourt et 4 de Sallaumines. Vers 6 heures 40, une explosion se produit au nord du puits 3, probablement dans la voie Lecoeuvre. Une explosion d’abord limitée mais des poussières de charbon
qui se soulèvent et prennent feu. À plus de 1000 km/h, la flamme parcourt les galeries des fosses 2, 3 et 4. En quelques secondes, elle a balayé 110 km de galeries.
Les opérations de sauvetages sont prises en charge par l’ingénieur en chef du service des mines, représentant l’État. Dans la soirée du 11 mars, un groupe de sauveteurs de la Ruhr, parfaitement entraîné et munis des appareils respiratoires les plus modernes, arrive sur les lieux de la catastrophe. Les Allemands sont accueillis plutôt fraîchement par les équipes de sauvetage, de même que le détachement de sapeurs-pompiers de Paris. En fait de sauvetage, les uns et les autres seront principalement occupés à relever les morts.
Des obsèques solennelles ont lieu dès le 13 mars à 11heures dans une fosse commune, le « Silo», au lieu dit Méricourt-corons. L’assistance présente conspue les représentants de la Compagnie au cri de « À bas les assassins ! Vive la Sociale ».
Le 14 mars, un mouvement de grève se déclenche dans les fosses de la Compagnie de Courrières qui ont échappé au drame et sur les concessions voisines de Dourges et Ostricourt. Il se diffuse en moins d’une semaine dans toutes les mines du Nord et du Pas-de-Calais. La grève de « Courrières » va durer jusqu’au mois de mai. C’est l’intervention de Georges Clemenceau, nommé ministre de l’intérieur, qui permet de régler le conflit. Soucieux de maintenir l’ordre, il organise une véritable occupation militaire : au total 30 000 gendarmes et soldats mobilisés font face à 60 000 grévistes, car un événement inattendu est venu raviver la grève. Le 30 mars, à 8 heure du matin, treize mineurs surgissent à l’air libre par la fosse 2 de Billy-Montigny. Victimes des
gaz, de la faim, de la soif, du manque de lumière, ils ont erré vingt jours à travers les galeries éboulées. La tension augmente encore quand on apprend qu’un quatorzième rescapé, Auguste Berthon, a été retrouvé le 4 avril par des sauveteurs, dans les travaux du puits 4 de Sallaumines.
Les secours ont manifestement été abandonnés trop tôt et la Compagnie de Courrières est accusée de vouloir enterrer vivantes les victimes.
Ce coup de poussières provoque la mort de 1 099 mineurs dans les fosses de Billy-Montigny, Méricourt et Sallaumines laissant 562 veuves et 1 133 orphelins. Cette catastrophe interpelle le monde entier, de la communauté scientifique aux journalistes, du monde politique aux citoyens. Il faut dire qu’avant cette date, la mine n’avait jamais causé autant de victimes.
La plus grande catastrophe minière d’Europe représente de toute évidence un tournant en matière de sécurité : les lampes à flamme nue sont interdites dans les galeries, les puits sont doublés de la mise en place en 1910 du poste central de secours de Liévin, commun à plusieurs compagnies, constitue un premier pas vers la prise en compte de la sécurité.
« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »
Jean Jaurès – Discours à la jeunesse

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