Team Bambou – Gilles Penot, au bout de l’effort, un homme debout

Le défi pour Lola s’achève ici. A Mandelieu-la-Napoule, en ce jour de juin où Gilles Penot met un point final à une aventure hors du commun en franchissant la ligne d’arrivée de la Race Across France 2026. Dix jours plus tôt, le 18 juin, il s’élançait d’Hendaye, tout au bout du Pays basque, avec un cap en tête et une promesse à honorer.

Au commencement pourtant, cette histoire devait trouver son épilogue bien plus loin, de l’autre côté de l’Atlantique, sur les routes immenses des États-Unis. Une traversée symbolique d’un pays qui célèbre cette année les 250 ans de son indépendance.

Mais les chemins de la vie réservent parfois d’autres itinéraires. Entre-temps, la Team Bambou est allée au bout de son engagement. Elle n’a jamais oublié Lola. Le vélo-cargo promis lui a été remis. Un simple objet en apparence, mais une formidable invitation à retrouver un peu de liberté, à s’évader avec sa maman, à ouvrir un peu plus grand les horizons du quotidien.

Restait alors à Gilles Penot son propre rendez-vous avec lui-même. Un dernier défi. Celui de devenir Finisher de la Race Across France. Avaler 2 500 kilomètres en une dizaine de jours. Faire taire la fatigue, dompter la douleur, avancer sans jamais chercher d’excuses. Et démontrer qu’à 62 ans, malgré le handicap d’une jambe, la force de caractère peut encore repousser les limites que le corps tente parfois d’imposer.

Il l’a fait.

L’an dernier, sur cette même épreuve, les orages avaient eu raison de ses ambitions. « J’ai préféré rentrer à la maison », raconte-t-il aujourd’hui avec simplicité. Cette fois, ce n’est pas le ciel qui s’est acharné, mais la terre. Une canicule implacable a transformé les routes de France en véritable fournaise.

Après avoir franchi l’Aubisque, traversé Bordeaux puis rejoint Orléans, chacun a dû apprendre à composer avec l’insoutenable. « Nous ne pouvions plus pédaler entre midi et 18 heures », explique Gilles Penot. Le thermomètre explosait. Le ressenti flirtait avec les 48 degrés. Les organismes cédaient les uns après les autres. Beaucoup ont été contraints de renoncer.

Dans le Loiret, un arrêté préfectoral a suspendu toute manifestation sportive. Même scénario en Bourgogne. Face à l’urgence, les organisateurs ont pris une décision exceptionnelle, supprimer près de mille kilomètres de parcours et envoyer directement les concurrents vers Albertville.

La course était raccourcie. Pas le défi.

Car il fallait encore affronter le Géant de Provence. Le Mont Ventoux, juge de paix de tant de destins cyclistes. « Il m’a fallu deux heures trente pour le gravir », souffle-t-il, comme si cette ascension résumait à elle seule les dix jours passés à lutter contre la pente, la chaleur et l’épuisement.

Puis vint enfin Mandelieu-la-Napoule.

Après 183 heures passées sur le parcours et son vélo en bambou, Gilles Penot reçoit son « bout de bois », cette modeste récompense que les finishers chérissent plus qu’une médaille. Parce qu’elle raconte tout ce qu’il a fallu traverser pour la mériter.

« Les kilomètres, finalement, ce n’était pas le plus difficile. Le pire, c’était l’épuisement provoqué par la chaleur », confie-t-il. A ses côtés, Sophie n’a jamais cessé d’être présente. Dans son regard posé sur elle se lit cette complicité silencieuse que seuls les grands défis savent révéler. Certains parcourent la France à vélo. D’autres traversent la vie à deux.

Gilles Penot n’est pas un héros au sens où on l’entend souvent. Il est peut-être plus admirable encore. C’est un homme ordinaire qui possède cette obstination rare, cette force tranquille qui refuse de céder lorsque tout invite à s’arrêter.

Au fond, son plus grand exploit ne réside peut-être pas dans les kilomètres parcourus.

Il tient dans cette certitude qu’aucun obstacle, pas même le handicap, ni l’âge, ni la fournaise d’un été, ne peut venir à bout d’une volonté qui a choisi d’avancer.

J.B.

 

 

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