Rentrée politique : Charles Landre : une victoire et ça change tout

Il se souvient des campagnes où il y avait parfois plus d’orateurs que de public dans la salle. Des échanges avec le sénateur Jean-Pierre Emorine, qui lui racontait ses victoires quand lui devait composer avec ses défaites.

Mais ça, c’était avant.

Charles Landre aura attendu douze ans son heure. Elle est arrivée en mars dernier lorsque, à la surprise générale, il s’est emparé de la ville du Creusot.

Aujourd’hui, du passé, il sourit. Du présent, il entend surtout s’emparer, avec une conviction chevillée au corps, il est temps de faire bouger les lignes.

Ses premiers mots, dimanche, lors de sa fête de rentrée politique organisée à la ferme des Marguerittes, à Écuisses, devant plus d’une centaine de personnes, étaient d’ailleurs adressés aux maires du territoire, à ceux qui « ne veulent que du bien pour leurs communes », mais qui considèrent que la politique communautaire « est en décalage avec leurs attentes ».

Lui qui fut l’opposant de David Marti et qui l’est désormais d’Isabelle Louis, tous deux socialistes, pose le diagnostic sans détour, « l’intercommunalité, je la juge défaillante. Elle nous pèse ».

Pour Charles Landre, la preuve en est faite, aucun projet d’envergure n’a été véritablement envisagé à la Communauté urbaine Creusot Montceau. « Nous devons nous exprimer sur le sujet », martèle-t-il, en rappelant un principe qu’il entend remettre au cœur du débat, la CUCM doit exécuter la politique des communes, et non l’inverse.

Le ton est donné d’entrée. Dans l’auditoire ont notamment pris place le député Lionel Duparay, les sénateurs Marie Mercier et Fabien Genet, le maire d’Écuisses Frédéric Borde, ainsi que Marie-Claude Jarrot.

« On peut faire mieux »

Depuis toujours _ ou du moins depuis une bonne douzaine d’années _ le désormais maire du Creusot n’a jamais renoncé à son ambition de valoriser le territoire. « On peut faire mieux », estime-t-il.

Le mieux, pour lui, a commencé par sa victoire au Creusot. Une victoire qu’il veut désormais transformer en dynamique collective et transmettre à ses collègues maires, notamment ceux de la ruralité, à tous ceux qui, selon lui, veulent « apporter du bien ».

« Je dois être un moteur dans cette partie de la Saône-et-Loire », affirme-t-il.

Charles Landre veut donc endosser le costume du rassembleur à l’échelle de la CUCM. Avec une ambition qui dépasse déjà les frontières de sa ville, « nous avons enclenché la dynamique de la victoire et nous allons tout faire pour continuer de gagner ».

La formule est politique. Et elle dit beaucoup de ses intentions.

Action, réaction

Sa victoire lui donne des ailes et il n’entend surtout pas fléchir. Les engagements pris pendant la campagne municipale, assure-t-il, seront tenus. Sécurité, avec le recrutement de policiers municipaux; santé, avec un projet qu’il présente comme unique dans la région. « La ville a été capable de mettre sur la table 5 millions d’euros pour le cinéma. La santé le mérite tout autant ».

Sur le front économique, le bassin creusotin dispose, à ses yeux, de nombreux atouts. Mais une contradiction l’inquiète, alors que les industries recrutent de plus en plus, les salariés, eux, « s’installent de plus en plus loin ». Chaque jour, estime-t-il, « ce sont 1 600 personnes qui travaillent au Creusot et repartent ». Une situation que le maire ne veut plus accepter.

Même logique sur les dossiers qui, parfois, paraissent plus prosaïques mais qui deviennent vite politiques lorsqu’ils révèlent les dysfonctionnements du quotidien.

Les aires d’accueil des gens du voyage, par exemple. Il aura suffi, raconte-t-il, qu’avec le maire de Torcy, il saisisse le sous-préfet pour que la CUCM décide finalement du nettoyage de ces aires. Charles Landre et Dominique Jouanne sont même prêts à aller plus loin et à déposer un recours devant le tribunal administratif.

Autre exemple brandi, la fin des priorités à droite au Creusot. « Nous avons pris cette décision il y a trois mois et la CUCM n’a posé que quelques panneaux. Nous ferions sans doute mieux de les acheter et de les poser nous-mêmes », sourit le maire.

Et puis il y a les poubelles de la rue Foch, qui errent sur les trottoirs faute d’un ramassage respecté. Les bacs étaient 95. Il n’en reste plus que 40. La solution, raconte Charles Landre, a finalement été trouvée, ils sont aux objets trouvés du Creusot.

La formule résume assez bien sa méthode revendiquée : action, réaction. « Je serai actif sur tous les sujets ».

Et maintenant, 2027

Mais Charles Landre ne regarde pas uniquement le territoire creusotin. A l’heure où la campagne présidentielle de 2027 commence déjà à se dessiner, il porte aussi un regard sévère sur la situation nationale.

Il considère que le pays est bloqué depuis la dissolution et qualifie le second mandat d’Emmanuel Macron de « tragédie ». Mais, là encore, il entend se distinguer d’une opposition réduite à la seule contestation.

Sa crainte est claire, que les Français, au moment de voter, n’expriment qu’une colère et que le pays, « orphelin d’un projet rassembleur fort », ne tombe dans « des oppositions stériles ».

Il le dit sans ambiguïté, « l’anti-Macron ne peut pas servir de programme ».

La référence qu’il convoque est celle de Charles de Gaulle, avec la force de l’État, mais aussi la nécessité de savoir s’entendre. Pour autant, lorsqu’il s’agit de savoir précisément où va battre son cœur politiquement, le maire du Creusot demeure volontairement flou.

Sur la scène nationale, il se dit affligé par le spectacle proposé et par « la faiblesse des débats d’idées ». Une manière de se placer, sans encore se ranger.

Le nouveau Charles Landre est arrivé. Il a gagné Le Creusot là où beaucoup ne l’attendaient pas. Désormais, il veut transformer cette victoire locale en point de départ.

Et, visiblement, il compte bien surfer sur la vague du succès.

J.B.

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