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Il y avait comme un parfum de fin de campagne, jeudi soir, à l’auditorium du centre social L’Escale. Pour David Marti, c’était la dernière réunion publique au Creusot avant le grand meeting de clôture des municipales, prévu le 12 mars à l’Alto. Une étape presque symbolique, comme un dernier tour de piste devant les siens.
La salle est pleine. Tous les sièges sont occupés par les candidats de la liste « Le Creusot, un avenir, une ambition 2026 » et par des soutiens venus donner de la voix. L’ambiance est à la fois conviviale et conquérante. « Si j’étais sûr à 100 % qu’on gagne, j’offre une paella à tout le monde », s’exclame l’un des fidèles. La boutade traduit l’état d’esprit, la confiance est là.
Au milieu des siens, David Marti affiche un calme presque décontracté. Voilà cinq mois qu’il a plongé dans la campagne et le maire sortant parle avec le recul de celui qui a parcouru du terrain. Il évoque l’énergie ressentie, l’élan qui accompagne sa liste, « ça détonne par rapport aux concurrents », glisse-t-il.
La réunion suit d’abord la liturgie habituelle des meetings, présentation des colistiers, prises de parole de trois d’entre eux. Mais l’attention du public est ailleurs. Tous attendent l’invité de la soirée, François Rebsamen. L’ancien maire de Dijon, ancien ministre et aujourd’hui président de Dijon Métropole est venu soutenir son ami creusotin. Et il ne ménage pas ses mots.
« David est un homme de gauche qui rassemble, pas une gauche qui divise », lance-t-il d’emblée.
Les deux hommes se connaissent bien et s’estiment. David Marti ne le cache pas. « Je me suis beaucoup inspiré des idées de François quand il a transformé Dijon, parfois dans la douleur », mentionne t-il.
François Rebsamen sourit et répond sur le même ton. « A Dijon, on disait qu’il y avait plus de grues que dans certaines grandes villes. On m’appelait le maire bétonneur… Mais vous savez, un maire sans grues, c’est un maire battu ».
La formule fait mouche. David Marti la saisit au vol. « On nous reproche que le Creusot se transforme trop vite. Pourtant, quatre cents logements sont en construction alors que 3 600 emplois sont annoncés. Il faut bien préparer l’avenir ».
Le maire-candidat se souvient aussi d’un épisode révélateur, à ses yeux, de la solidarité politique. Lorsque le président de l’université de Bourgogne avait envisagé de supprimer la licence AES (licence administration économique et sociale) au Creusot _ une formation précieuse pour des étudiants qui n’ont pas toujours les moyens d’étudier ailleurs _, il avait décroché son téléphone. « J’ai appelé François. En vingt-quatre heures, c’était réglé ».
François Rebsamen, de passage sur ce premier territoire industriel de Bourgogne–Franche-Comté, n’hésite pas non plus à décocher quelques flèches politiques. Il vise notamment Sébastien Martin. D’abord comme président du Grand Chalon. « Il ne voulait pas travailler avec nous, avec Dijon Métropole et la CUCM. Il est resté dans son coin ». Puis comme ministre délégué de l’Industrie, fonction qu’il occupe toujours, qu’il juge trop discret et trop contraint par la loi de finances « qui taxe le plus l’industrie ».
Mais le message principal est ailleurs. L’ancien ministre vient surtout défendre un bilan et un homme. « Pour faire avancer une ville, il faut l’aimer. Ceux qui passent leur temps à la dénigrer ne l’aiment pas vraiment. Ici, au Creusot, je vois un maire qui porte l’attractivité de sa ville tous les jours, qui sait où aller frapper pour obtenir des financements ».
Puis il évoque un nom qui résonne encore dans la mémoire locale, celui de Camille Dufour, ancien maire du Creusot récemment disparu. La salle se fait plus attentive. « J’ai tant de souvenirs ici. Je n’imagine pas revenir dans une ville qui aurait changé de maire ».
David Marti accuse le coup, visiblement touché. « Nous allons gagner pour lui », glisse-t-il simplement.
A mesure que le premier tour approche, la campagne entre dans sa phase la plus directe. David Marti ne se prive pas d’évoquer ses adversaires. Sur la liste de Lutte ouvrière, il passe rapidement. Sur les deux autres, en revanche, le ton se durcit.
Il vise d’abord le maire de Marmagne (Didier Laubérat). « Il n’a jamais habité le Creusot et il veut nous expliquer comment faire venir des habitants. Il n’a honte de rien ».
Puis il raille les contradictions de son porte-flingue, rappelant qu’au dernier conseil municipal, il avait multiplié les compliments sur l’action municipale. « C’est extraordinaire », ironise-t-il. « Ils sont sur la même liste ».
Enfin, il s’en prend à celui qu’il appelle « le leader de l’opposition autoproclamé et qui va le rester (Charles Landre) ».
« Il veut nous donner des leçons sur la santé et promet que des médecins arriveront dans six mois. Pourtant, il en a un sur sa liste qui a quitté le Creusot pour bénéficier d’aides ailleurs ».
Le maire s’arrête là. Il garde manifestement quelques cartouches pour le dernier rendez-vous de campagne.
Car l’objectif est déjà fixé, « Vous étiez 700 au meeting de lancement. Nous serons 1 000 le 12 mars ».
Que d’audace. David Marti veut croire que l’élan est de son côté.
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J.B.
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