Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, s’est offert lundi matin, avant de reprendre la route de Paris, un bain de jouvence au collège Anne-Frank de Montchanin. Une cinquantaine d’élèves de troisième l’y attendaient, avec une mission bien précise, ne lui laisser aucun répit et le bombarder de questions. Autant dire que le ministre n’était pas venu pour faire un simple discours.
Organisée par les professeurs d’histoire Thierry Fiol et Sébastien Joly, cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’enseignement moral et civique. Au programme, comprendre le parcours d’un responsable politique, de ses engagements locaux à ses fonctions nationales, mais aussi découvrir ce que signifie concrètement être ministre. Les journées, les obligations, les missions, les contraintes… Bref, l’envers du décor.
Pour Sébastien Martin, l’exercice était une première. Et il a plutôt bien joué le jeu. Sans tabou, avec des mots simples, il s’est raconté, parfois avec une franchise désarmante, devant des collégiens attentifs qui avaient préparé leur rencontre avant les vacances de la Toussaint.
Un ministre de l’Industrie devant des élèves de troisième, ce n’est pas tout à fait une visite comme les autres. Surtout à un âge où l’on commence à se demander ce que l’on fera demain. « Vous êtes de futurs lycéens », leur glisse-t-il.
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De Vichy à Bercy, un parcours sans raccourci
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Ministre, Sébastien Martin ne l’est pas devenu en claquant des doigts. Même si, à l’entendre, l’envie était là depuis longtemps. « J’ai toujours su que je voulais faire de la politique et devenir ministre. C’était un objectif ».
A 48 ans, il a gravi les échelons avec une certaine détermination. Le virus, il le doit en partie à son père, conseiller municipal à Vichy, sa ville natale. Après Sciences Po Grenoble, puis un DESS à Paris, il effectue un stage dans une banque. Mais l’ennui le gagne rapidement. Le hasard fait parfois bien les choses, il découvre que le RPR recherche un stagiaire à l’Assemblée nationale. La politique lui tend les bras.
Diplôme en poche, il répond ensuite à une annonce. Dominique Perben, alors député de Saône-et-Loire, cherche un assistant parlementaire. En 2001, Sébastien Martin pose ses valises dans le département. « Et 25 ans plus tard, je suis toujours là ! »
Avec son épouse, pharmacienne à Chalon-sur-Saône, et leurs deux enfants, l’un lycéen, l’autre en classe préparatoire, il a fait de la Saône-et-Loire son port d’attache.
La suite s’écrit au fil des mandats. En 2014, il devient président du Grand Chalon, qui compte alors 50 communes, puis premier vice-président du conseil départemental. En mai 2025, il se présente aux élections législatives dans la 5e circonscription et bat le député sortant du Rassemblement national, Arnaud Sanvert.
Quatre mois plus tard, changement de décor. Le 12 octobre, Matignon décroche son téléphone. Le Premier ministre Sébastien Lecornu lui propose le portefeuille de l’Industrie. « Je n’ai pas réfléchi longtemps », reconnaît-il.
Il est 18 h. Première réaction, aller annoncer la nouvelle à son épouse. « Elle m’a dit : il faut y aller. Mes enfants étaient là ». Il prend tout de même le temps d’appeler sa mère, histoire qu’elle n’apprenne pas la nouvelle devant son téléviseur !
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Ministre à Paris, famille en Saône-et-Loire
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Une collégienne s’intéresse à sa vie de famille. Bonne question, car depuis sa nomination, les habitudes ont changé. La semaine, Sébastien Martin vit à Paris. Son épouse et ses enfants sont restés à Chalon.
« Ils ont leur vie ici. On est bien mieux ici qu’à Paris. Et puis, ministre, c’est un contrat précaire ! » Une réponse qui a le mérite de remettre les choses à leur place. Même au gouvernement, on ne sait pas toujours de quoi demain sera fait.
Les questions reviennent ensuite vers l’industrie, les entreprises du département et les atouts du territoire. Et là, le ministre retrouve son terrain de prédilection. La RCEA, le TGV, l’autoroute, autant de connexions qui comptent dans l’attractivité économique locale. « C’est un énorme atout. Se rendre à Coriolis, c’est 1 h 20 en TGV depuis Paris. Et d’ici, on peut aller à Marseille, en Italie, en Allemagne ».
Reste à expliquer ce que l’on fabrique exactement dans les usines du coin. Car, pour les collégiens, l’industrie demeure parfois une notion assez abstraite. Oui, on fabrique des centrales nucléaires. « Des missiles nucléaires ! », souffle naïvement un élève dans la salle.
Le ministre rebondit. Les entreprises ne manquent pourtant pas au Creusot et à Chalon, mais encore faut-il savoir ce qu’elles font. « Alstom fabrique les roues de TGV, Framatome travaille dans le nucléaire, Safran produit des moteurs pour Airbus. On ne parle pas assez de l’industrie en France. Il faut savoir ce qui s’y passe et donner envie à des jeunes comme vous de s’y intéresser ».
Un plaidoyer qui ne manque pas de conviction. Dans les bassins industriels du Creusot et de Chalon, l’industrie se porte bien, assure-t-il. Mais cette bonne santé ne suffit pas à susciter des vocations. Quand il demande qui, dans la salle, serait tenté par les métiers de l’industrie, cinq mains seulement se lèvent, dont celles de deux jeunes filles. Il reste du travail !
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Un ministère, 700 personnes et beaucoup de questions
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Bien sûr, toutes les entreprises ne vont pas bien. Certaines connaissent des difficultés, d’autres ferment leurs portes. Que fait alors le ministre ? » Il faut éviter ça. Dans mon ministère, j’ai une équipe qui s’en occupe ». L’État peut aussi accompagner un repreneur, même si, parfois, les efforts ne suffisent pas.
Pour mener cette mission, Sébastien Martin dispose d’un cabinet d’une dizaine de collaborateurs. Son ministère rassemble quelque 700 personnes, tandis que l’ensemble de l’administration de Bercy en compte environ 8 000.
Et s’il pouvait choisir un autre ministère ? « L’Industrie, c’est celui que je voulais, mais je n’ai pas fait de lettre de candidature pour l’avoir ». Il avoue tout de même un faible pour les questions de défense et l’armée. Mais, comme il le rappelle, « ce n’est pas moi qui décide ».
Et la présidence de la République ? La question finit forcément par arriver. « Je n’ai jamais fait de plan pour ça. On ne décide pas du jour au lendemain de devenir président de la République ».
Les collégiens n’ont décidément pas peur des sujets qui fâchent. Combien gagne un ministre ? Cette fois, la réponse tombe sans détour : « 10 000 euros brut par mois. Dans le privé, je gagnerais plus. Je travaille du lundi au samedi, de 8 h à 22 h. Ne faites pas de la politique pour l’argent ».
Voilà qui a le mérite d’être clair.
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Le plaisir des usines et celui du piano
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Alors, qu’est-ce qui lui plaît le plus dans son métier ? Les visites d’usines, répond-il. « Voir des gens fiers de leur travail ». Une réponse qui sonne juste chez un ministre chargé précisément de défendre l’industrie et ceux qui la font vivre.
Et quand le week-end lui laisse quelques heures de liberté ? Il aime assister à un match de l’Élan, jouer du piano ou tout simplement se promener en ville avec son épouse et ses enfants. Des plaisirs assez ordinaires, finalement, qui semblent lui manquer un peu dans le rythme ministériel.
Avant de quitter le collège Anne-Frank, Sébastien Martin fait encore un détour par la classe ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Les élèves lui ont préparé un portrait chinois. De quoi terminer la matinée sur une note plus légère. Le ministre s’en amuse, mais le cadeau le touche aussi.
Après avoir répondu à des questions sur son parcours, son salaire, son avenir politique et même la présidence de la République, il repart avec un portrait qui, sans doute, en dit autant sur lui que toutes les fonctions inscrites sur sa carte de visite.
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J.B.
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