Montceau – Deux démissions en sept mois : le pouvoir du maire, Isabelle Louis, ébranlé

Ils sont deux à avoir démissionné de la majorité municipale, Eric Commeau (à droite d’Isabelle Louis) et Bariza Mansour aux côtés de l’ex-premier adjoint. A qui le tour ?

C’est ce qu’on appelle une bourde. Plus imagée, c’est le boomerang qui nous revient en pleine figure.

Isabelle Louis, maire de Montceau-les-Mines, a minimisé la démission de son premier adjoint et charge des finances, Eric Commeau puis, tout récemment, celle de Bariza Mansour.

Au dernier conseil municipal, elle s’est même permise de commenter le départ de son adjointe chargée de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse « pour raisons personnelles ».

A priori, c’est faux en prenant connaissance du communiqué signé conjointement par Eric Commeau et Bariza Mansour (lire plus bas).

Deux démissions en sept mois. Ce qui pourrait passer pour un simple remaniement de l’équipe municipale de Montceau-les-Mines prend désormais une tout autre dimension. C’est la gouvernance d’Isabelle Louis qui se retrouve publiquement questionnée.

Car les deux élus ont tenu à le préciser, leur départ n’est pas motivé par des raisons personnelles mais par des désaccords politiques et des divergences profondes sur le fonctionnement de la majorité municipale. Un message qui sonne comme un avertissement.

Au coeur de leurs critiques, deux sujets sensibles, d’abord l’éloignement supposé des engagements de gauche qui avaient fondé leur alliance électorale et une gouvernance jugée trop verticale, marquée par un manque de concertation et de partage de l’information, puis la composition du cabinet du maire, engagée selon eux sans véritable débat collectif, cristallise également les tensions, dans une ville dont la situation financière est décrite comme particulièrement tendue.

Le plus préoccupant n’est peut-être pas la première démission, mais le fait qu’elle n’ait manifestement pas suffi à provoquer une remise en question. Dès juin, Eric Commeau dénonçait déjà un manque de confiance et des décisions prises sans concertation. Quelques mois plus tard, Bariza Mansour fait le même constat et choisit, à son tour, de quitter ses fonctions. La répétition des départs donne du poids à l’hypothèse d’un malaise plus profond que de simples divergences individuelles.

Pour Isabelle Louis, l’enjeu est désormais politique. Une majorité municipale ne se résume pas à une addition d’élus réunis derrière une maire. Elle repose aussi sur la confiance, le respect des engagements et la capacité à débattre avant de décider. Lorsque des élus investis de responsabilités importantes estiment ne plus pouvoir exercer leur mandat conformément à leurs convictions, c’est le fonctionnement collectif qui mérite d’être interrogé.

Les conséquences dépassent d’ailleurs les frontières de Montceau-les-Mines. Isabelle Louis préside également la Communauté urbaine Creusot Montceau. Les démissionnaires évoquent eux-mêmes des désaccords portant sur la gouvernance de la ville et de l’intercommunalité. Sans conclure que la CUCM traverse la même crise, cette référence soulève une question légitime, la méthode de gouvernance contestée à Montceau peut-elle fragiliser la capacité de la présidente à fédérer les élus communautaires ?

A écouter Charles Landre, maire du Creusot, la réponse est oui. Une preuve ? Douze communes représentant plus d’un tiers de la population ont bloqué le transfert du siège de la CUCM à Montceau-les-Mines. Isabelle Louis a été désavouée jusque dans son propre camp.

Bien entendu, les accusations formulées par les deux démissionnaires relèvent de leur appréciation et appellent, pour être pleinement évaluées, une réponse de la maire. Mais leur décision de rendre publiques leurs motivations montre que le désaccord a dépassé le cadre d’une discussion interne à la majorité.

Isabelle Louis ne peut donc pas considérer ces deux départs comme une simple péripétie politique. Elle doit désormais expliquer ses choix, clarifier sa méthode de travail et démontrer que la concertation conserve toute sa place dans l’exercice du pouvoir municipal comme communautaire.

Car le risque, à terme, est celui d’un affaiblissement progressif de son autorité, d’abord au sein de sa majorité, ensuite dans les relations avec les autres élus, enfin auprès des habitants, qui attendent avant tout une équipe capable de travailler ensemble et de tenir ses engagements.

La véritable question est désormais posée, Isabelle Louis saura t-elle tirer les leçons de ces départs et rétablir la confiance, ou ces démissions ne sont-elles que les premiers symptômes d’une majorité qui se fissure durablement ? La réponse pèsera sur l’avenir politique de Montceau-les-Mines, mais aussi sur la capacité de la présidente à rassembler autour d’un projet commun à l’échelle de la CUCM.

J.B.

 

Le communiqué commun d’Eric Commeau et Bariza Mansour

Nos démissions sont motivées par des désaccords politiques,

et non par des « raisons personnelles »


À la suite des propos tenus par Madame la Maire lors du dernier Conseil municipal, présentant la démission de Bariza MANSOUR comme étant motivée par des « raisons personnelles », nous tenons à apporter une clarification.
Nos décisions de démissionner de nos fonctions d’adjoints au maire, respectivement chargés de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse, et des finances, ainsi que de nos mandats de conseillers municipaux, sont avant tout des décisions politiques.
Comme nous l’avons clairement indiqué dans les courriers que nous avons adressés à Madame la Maire, ces décisions, difficiles et mûrement réfléchies, reposent sur deux désaccords fondamentaux.
Le premier concerne les orientations politiques prises par la majorité municipale. Plusieurs choix récents nous paraissent s’éloigner des engagements et des valeurs de gauche qui avaient fondé notre démarche commune au sein de « Montceau Autrement, Citoyenne et Solidaire ».
À cet égard, la composition du cabinet du maire telle qu’elle a été engagée sans véritable débat collectif préalable nous a particulièrement choqué, alors même que la situation financière de la Ville est extrêmement tendue et que, dans le même temps, des économies sont demandées aux services municipaux. Services dont nous avons pu apprécier l’engagement et le professionnalisme malgré des conditions de travail parfois difficiles.
Le second concerne la gouvernance municipale. Nous déplorons un fonctionnement très vertical, un manque de partage de l’information et une association insuffisante des élus aux décisions. Nous avons également constaté des interventions du cabinet sur des dossiers relevant de nos délégations, sans que nous en soyons nécessairement informés.
Dès le 18 juin dernier, dans sa lettre de démission, Éric COMMEAU dénonçait un « manque de confiance et de réflexion collective », des décisions prises « sans concertation ni discussion collective préalable », ainsi que des choix contraires aux engagements pris dans le cadre de notre alliance municipale.
Nous avions espéré que cette première démission aurait conduit à une prise de conscience et que des enseignements auraient été tirés de ce départ. Malheureusement, force est de constater que cela n’a pas été le cas.
Les difficultés de gouvernance ont persisté, conduisant Bariza MANSOUR à prendre, à son tour, la décision de quitter ses fonctions.
Nous ne nous reconnaissions donc plus ni dans certaines orientations politiques, ni dans cette manière de fonctionner. Ces désaccords ne nous permettaient plus d’exercer nos responsabilités dans des conditions conformes à nos convictions et à notre conception de l’engagement public.
Nous n’avions initialement pas souhaité nous étendre sur les raisons de nos départs, afin de ne pas alimenter de polémique au sein de la majorité municipale. Mais la présentation qui en a été faite en Conseil municipal, ainsi que les rumeurs répandues de manière insidieuse nous concernant, nous obligent aujourd’hui à rétablir les faits.
Nous ne souhaitons pas engager de polémiques inutiles. Nous voulons simplement rappeler que des démissions motivées par des divergences politiques et des désaccords sur la gouvernance de notre ville et de la CUCM ne sauraient être réduites à des « raisons personnelles ».

Bariza MANSOUR
Adjointe au maire démissionnaire, chargée de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse
Éric COMMEAU
Premier adjoint au maire démissionnaire, chargé des finances

Les commentaires sont fermés.