Montceau – Au conseil municipal : ANRU 3, le choix des quartiers ravive le débat politique

Au conseil municipal de Montceau-les-Mines, un sujet peut en cacher un autre. Il suffit parfois d’une délibération pour ouvrir un débat bien plus large, où les enjeux d’aménagement du territoire se mêlent aux questions de méthode et de gouvernance.

A l’ordre du jour lundi soir, il était question d’examiner la vente de quatre pavillons par Habellis, une opération qui a conduit à ouvrir plus largement la problématique du logement. Un sujet particulièrement prégnant sur le territoire de la communauté urbaine Creusot Montceau, où la rénovation du parc immobilier et l’attractivité des centres-villes constituent des enjeux majeurs.

Marie-Claude Jarrot a saisi l’occasion pour porter le débat sur l’ANRU 3, le troisième programme national de renouvellement urbain. Celui-ci vise à améliorer les conditions de vie des habitants et pourrait également concerner certains quartiers situés hors du périmètre des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), notamment dans les centres de villes moyennes en difficulté.

Mais derrière les perspectives de rénovation urbaine, une question politique s’est rapidement invitée dans les échanges : qui décide des quartiers à défendre, et selon quelle méthode ?

Des choix transmis au préfet sans débat préalable au conseil municipal ?

Marie-Claude Jarrot n’a pas caché ses interrogations, ni ses réserves. L’ancienne maire de Montceau-les-Mines regrette que la présidente de la CUCM, Isabelle Louis, également maire de la commune, ait arrêté des propositions de quartiers à soumettre à l’État sans en avoir préalablement informé le conseil municipal.

« J’espère que nous aurons ce débat au conseil communautaire », a fait remarquer l’élue de l’opposition.

Dans son courrier au préfet, Isabelle Louis a en effet identifié plusieurs secteurs susceptibles de bénéficier de l’ANRU 3, deux quartiers au Creusot, la Résidence du Lac et le Tennis, ainsi que le Bois du Verne à Montceau-les-Mines.

Un choix qui ne convainc pas Marie-Claude Jarrot, notamment en ce qui concerne le centre-ville de Montceau.

« Je regrette que vous n’ayez pas proposé le centre-ville de Montceau, qui aurait bien besoin de rénover ses logements », a-t-elle souligné, avant de déplorer, « vous avez envoyé vos choix sans nous en faire part ».

Au-delà de la sélection des quartiers, c’est donc aussi la méthode qui est mise en cause. Dans un dossier susceptible d’engager durablement l’avenir urbain de la commune, l’opposition aurait manifestement souhaité que le débat politique précède les arbitrages, plutôt que de les découvrir une fois les propositions transmises.

Le Bois du Verne, priorité défendue par Isabelle Louis

Isabelle Louis s’est étonnée que Marie-Claude Jarrot ait pu prendre connaissance du courrier adressé au préfet. Elle a également rappelé que celui-ci devait transmettre à l’État les propositions retenues avant le 2 octobre 2026, dans un calendrier contraint.

« Avec la CUCM, nous avons travaillé avec la DDETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités) sur le fameux ANRU 3, qui ne retiendra qu’un nombre très restreint de dossiers. Tout le monde ne sera pas servi », a expliqué la présidente de la CUCM.

Dans ce contexte, Isabelle Louis a justifié son choix de privilégier le Bois du Verne, estimant que ce quartier avait « grand besoin » de bénéficier du dispositif.

Situé à l’écart du centre-ville, le secteur présente des caractéristiques particulières. Il est composé de pavillons miniers, dont la majeure partie appartient à Habellis, ainsi que d’immeubles collectifs relevant de l’OPAC. Un patrimoine immobilier qui pose des questions de rénovation, d’adaptation et, plus largement, de devenir urbain.

Dans son courrier au préfet, la présidente de la CUCM a souligné que l’ANRU 3 pourrait permettre d’engager le Bois du Verne dans un programme de renouvellement urbain venant soutenir et compléter les efforts déjà consentis ces dernières années (NDLR : le nouveau restaurant scolaire, l’école Simone-Veil, la rénovation et la restructuration de l’ancienne CARMI en pôle administratif, la transformation de l’école Pompon en centre de loisirs et la rénovation de l’école Jules Verne).

Rénover le patrimoine minier : un chantier urbain et politique

Pour Isabelle Louis, l’enjeu ne se limite pas à poursuivre les investissements réalisés. Il s’agit désormais d’engager une transformation plus profonde du parc immobilier du Bois du Verne.

La présidente de la CUCM juge ainsi opportun de lancer « un programme ambitieux de rénovation et de restructuration du patrimoine des maisons minières », associant réhabilitation énergétique, démolition et reconstruction de logements intermédiaires ou semi-collectifs. Le tout avec des prescriptions architecturales spécifiques, afin de préserver l’héritage du patrimoine minier.

Le projet dessine une ambition urbaine qui dépasse la seule remise à niveau des bâtiments : adapter les logements aux exigences actuelles, repenser les formes d’habitat et conjuguer transformation du quartier et préservation de son identité.

Reste que, dans un contexte où les financements de l’ANRU 3 s’annoncent sélectifs, chaque proposition implique nécessairement des choix et des priorités. Et ces choix ne sont jamais tout à fait neutres politiquement.

En mettant en avant le Bois du Verne, Isabelle Louis défend une stratégie de renouvellement urbain fondée sur la poursuite des investissements déjà engagés. Marie-Claude Jarrot, elle, plaide pour que le centre-ville de Montceau-les-Mines ne soit pas oublié dans cette réflexion.

Derrière l’ANRU 3, deux préoccupations se croisent donc, la nécessité de rénover des quartiers qui en ont besoin et celle de définir collectivement les priorités du territoire. Car si les crédits disponibles imposent des arbitrages, leur légitimité repose aussi sur la capacité des élus à en débattre.

J.B.

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