Montceau – Atelier du coin : c’est pas plus mal que si c’était pire

Rien n’est simple, tout est compliqué. Mais au sein de l’association Arc-en-Ciel, qui gère l’Atelier du Coin, on veut encore croire que l’histoire n’est pas terminée.

Voilà trois ans que l’Atelier du Coin, dont la spécificité est d’employer des personnes très éloignées de l’emploi, y compris en situation de handicap, se bat pour sortir la tête de l’eau malgré des déficits récurrents. Chaque année, on croit que c’est la fin. Et chaque année, l’association fait preuve d’une grande résilience pour trouver les moyens de ne pas sombrer corps et âme.

Mais aujourd’hui, une question demeure, plus prégnante que jamais, combien de temps l’Atelier du Coin pourra-t-il encore tenir ?

Jeudi, en fin de journée, se tenait une assemblée générale extraordinaire qui pouvait laisser présager le pire. Une réunion qui intervenait quelques mois seulement après l’assemblée générale de juin dernier, au cours de laquelle le commissaire aux comptes avait déclenché une procédure d’alerte en raison de tensions importantes sur la trésorerie. En clair, l’association risquait de rencontrer des difficultés à poursuivre son activité à court terme si aucune solution n’était rapidement trouvée.

Depuis, quelques indicateurs se sont améliorés. La CUCM a notamment requalifié une subvention de 22 386 €, initialement comptabilisée en investissement, en subvention d’exploitation. Une opération qui a un impact sur le plan comptable, mais pas sur la trésorerie.

La perte, qui s’élevait à 43 378 € en juin dernier, est désormais ramenée à 20 538 €. Mais la trésorerie reste dans le rouge, à hauteur de 20 822 €.

Jean-Jacques Liodeno, le trésorier, indiquait avec une once de perfidie, « Le bilan n’est pas catastrophique, – 4,3 %, c’est mieux que l’État français ». Une manière de relativiser une situation qui reste néanmoins fragile. Car le trésorier reconnaissait dans le même temps, « Nous devons nous en sortir, même si nos partenaires ne font rien pour nous aider ». Une remarque qui visait notamment une banque.

Depuis juin, l’association a justement sollicité plusieurs établissements bancaires afin d’obtenir un prêt. Sans succès. Même France Active se montre prudente, tout en acceptant de réétudier le dossier pour une éventuelle avance sur trésorerie.

Des perspectives… mais rien n’est acquis

Dans ce contexte incertain, une bonne nouvelle pourrait toutefois venir redonner un peu d’air à l’Atelier du Coin.

L’association s’est positionnée sur un contrat de couverture de livres avec la bibliothèque de Côte-d’Or pour une durée de quatre ans. Un contrat similaire à celui qu’elle détient déjà avec la bibliothèque de Saône-et-Loire, pour un montant annuel de l’ordre de 40 000 à 45 000 €.

Mais là encore, rien n’est joué.

« Nous ne sommes pas certains de l’obtenir, mais nous avons un regard optimiste depuis l’ouverture du marché », confiait le président, Charlie Mathey.

Comme si cela ne suffisait pas, les mauvaises nouvelles continuent de s’accumuler. Entre-temps, les locaux de l’Atelier du Coin, rue de la Fontaine à Montceau, ont été victimes d’un dégât des eaux à la suite d’un violent orage. Préjudice estimé : 17 000 €.

Autre coup dur, la subvention du Fonds social européen, gérée par le Département, est passée de 48 000 € à 22 000 €.

L’association espère désormais terminer l’année avec un déficit limité. Pour y parvenir, elle a demandé une subvention exceptionnelle à la CUCM. Celle-ci doit se prononcer lors du prochain conseil communautaire, le 17 novembre. Une information que, curieusement, même certains élus communautaires ne semblent pas encore avoir.

Une convention qui entretient elle aussi le doute

Autre point névralgique pour cette association d’insertion, le renouvellement de sa convention avec l’État, et plus particulièrement avec la DDETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités).

Là encore, l’incertitude domine. « Nous réfléchissons à un renouvellement d’un an », indiquait sa représentante. La décision doit intervenir le 15 décembre.

Un an seulement ? Suffisant pour permettre à l’Atelier du Coin de respirer ? Ou simple sursis avant une nouvelle période d’incertitude ?

Continuer ou arrêter ? C’est finalement toute la question qui plane désormais au-dessus de l’Atelier du Coin : l’association Arc-en-Ciel doit-elle poursuivre son action, alors que les garanties financières restent aussi fragiles ?

Pour Charlie Mathey, la réponse est claire. « Nous avons fait énormément d’efforts, nous avons redressé la barre. Nous avons envie de continuer malgré toutes les incertitudes ».

Pour l’heure, l’association mise notamment sur les dix marchés de Noël auxquels elle participera pour écouler une production qui fonctionne à plein depuis l’arrivée, en septembre, de sept nouvelles personnes au sein de l’Atelier.

Vendre, vendre et vendre encore. Se faire connaître. Aller chercher de nouveaux marchés. Démarcher les collectivités et les entreprises. Développer le mécénat, notamment avec Alstom ou Novium.

L’Atelier du Coin doit mettre les bouchées doubles pour éviter de se retrouver en cessation de paiement.

Car si certains voyants sont repassés au vert, beaucoup restent désespérément orange, voire rouges. Une subvention exceptionnelle est attendue. Un contrat important pourrait être décroché. La convention avec l’État doit être renouvelée. Les banques, elles, restent frileuses.

Tout est donc encore possible, mais rien n’est acquis.

Et c’est bien là toute l’ambiguïté qui règne aujourd’hui autour de l’Atelier du Coin. L’association n’est plus tout à fait au bord du gouffre, mais elle est loin d’avoir retrouvé une situation confortable. Elle avance de mois en mois, entre bonnes nouvelles et coups durs, espoirs et incertitudes.

Décembre sera donc un mois décisif.

Mais après tout, cela fait trois ans que ça dure.

Et l’Atelier du Coin est toujours là.

Toujours en vie… mais sous perfusion.

J.B.

 

Une partie du stock détériorée par le dégât des eaux.

 

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