
Appel citoyen au soutien des revendications lycéennes et étudiantes.
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Depuis deux semaines déjà, de nombreux lycées français connaissent une vague de contestations, de revendications et de soulèvement global de la part des élèves sans précédent dans la dernière décennie : plus de 1000 établissements touchés ou bloqués, une vingtaine d’universités qui ont rejoint le « mouvement », des collèges qui commencent à être eux aussi
concernés…
Ce mouvement est parti du lycée polyvalent Saint Exupéry (Créteil), qui souffre depuis plusieurs années et surtout depuis la rentrée 2026 d’un manque considérable de personnel (enseignants, proviseur-adjoint, infirmières scolaires…). Enseignants, parents puis élèves de ce lycée se sont alors mobilisés de manière spontanée, en faisant grève, en occupant leur lycée puis
en obtenant une entrevue avec le recteur, qui leur a d’ailleurs accordé plusieurs éléments. Le mouvement s’est ensuite très rapidement répandu d’abord dans les lycées professionnels de la banlieue parisienne, puis a gagné d’autres lycée pro. parisiens, avant de s’étendre à tout le pays, moyennes et petites villes comprises, sur des problèmes similaires : classes surchargées, santé
mentale délaissée, filière professionnelle négligée, vétusté et/ou absence totale de rénovation thermique et écologique du bâti scolaire, particulièrement face au dérèglement climatique actuel, manque profond de personnel, qu’il s’agisse d’enseignant-e-s mais aussi et surtout de professionnels de santé scolaire, emplois du temps-élèves parfois ingérables et incompatibles avec les exigences scolaires hors établissement ou les temps sportifs et culturels, mal-être et angoisses bien réels face à l’orientation, ses cursus et la plate-forme Parcoursup… Et la liste est encore longue… Elle rejoint totalement les revendications portées par la communauté éducative nationale depuis trop longtemps.
Oui, ce mouvement fait face à des violences diverses, dont certaines sont d’une gravité extrême, clairement. Nous les condamnons avec force et de profonds sentiments républicains.
Mais elles sont dues pour une bonne partie d’entre elles à des éléments « extérieurs » aux établissements ; beaucoup de lycées touchés par des poussées de violences « urbaines » étant situés à quelques pas des quartiers dits prioritaires (QPV…) ou populaires.
Ensuite, ces violences sont pour la plupart exactement les mêmes que celles que rencontrent ou qui émaillent la quasi-totalité des mouvements sociaux des vingt dernières années, aussi divers soient-ils. Elles sont d’ailleurs commises majoritairement par des groupes au final très disparates.
Dans le même ordre d’idée, la plupart des médias, des élu-e-s et des membres de notre gouvernement, y compris le Ministère de l’Education nationale, se concentrent très nettement sur quelques « images chocs » de ces violences, qui bien que parfois gravissimes ne concernent qu’une minorité d’établissements. Cette focalisation, à l’heure de la société du spectacle et des
réseaux sociaux, ne peut produire que deux choses : d’une part occulter des mobilisations et des revendications nouvelles, apaisées et constructives de la part de notre jeunesse – voir les banderoles et leurs slogans qui doivent sinon nous convaincre du moins nous interroger – et d’autre part entretenir voire alimenter cette même violence.
Rappelons également ici que dans, parmi les groupes de lycéens mobilisés, devant nos lycées, face à des forces de l’ordre déjà épuisées, parfois maladroites car mal formées face à des mineurs, et dans d’autres cas clairement hostiles, agressives et aux comportements disproportionnés…sont présents nos enfants et des enseignants solidaires de ce mouvement.
Enfin, comment pourrions-nous, en tant que citoyen, sinon soutenir, au moins être positivement étonnés de cette prise de parole collective de la part d’une jeunesse que beaucoup d’entre nous pensait de plus en plus apolitique, individualiste, consumériste ou rivée sans conscience à leurs réseaux sociaux ? Comment condamner sans appel comme le font certain-es l’engagement que nos lycéens montrent actuellement, alors qu’ils sont en train d’apprendre, comme nous l’avons fait nous-mêmes dans le passé, ce qu’est une mobilisation et un engagement politique et citoyen ?
Pour l’ensemble de ces raisons, les membres de la communauté éducative mais aussi les citoyens que nous sommes ne peuvent rester plus longtemps indifférent, silencieux, inactifs, frileux et coupés de ces réalités.
Une grève aura lieu ce mardi 06 octobre, journée nationale de soutien au mouvement lycéen. Nous invitons les citoyens.nes, qu’ils soient parents ou non, à apporter une écoute et soutien à leurs revendications.
Car oui, nous avons des responsabilités certes vis-à-vis des enfants qui sont au lycée.
Et non, la majorité des lycéens mobilisés ne sont pas des « casseurs », Car oui, les revendications de notre jeunesse, aussi disparates soient-elles, sont en très grande partie légitimes.
Et non, nous ne pouvons pas indéfiniment rester indifférents à cette jeunesse qui s’exprime.


