Des frigos de grandes surfaces piratés à distance aux risques pesant sur les installations énergétiques, en passant par la manipulation de nos cerveaux par l’intelligence artificielle, la cybercriminalité s’impose comme l’une des grandes menaces du XXIe siècle. Au forum Incyber, organisé à Hub & Go, au Creusot, trois intervenants ont alerté sur l’ampleur d’un phénomène qui concerne désormais chacun d’entre nous.
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Et si, demain, nos objets du quotidien se retournaient contre nous ? L’hypothèse n’a rien d’un scénario de science-fiction. Pour illustrer les risques liés au numérique, le général Marc Watin-Augouard, fondateur du forum Incyber, cite notamment l’exemple de frigos de grandes surfaces, chez Intermarché ou Carrefour, qui ont été attaqués à distance. Une démonstration concrète de la vulnérabilité des équipements connectés, désormais présents partout dans notre environnement.
Car à mesure que le numérique s’installe dans nos vies, les menaces se multiplient. « En 2030, nous aurons 500 milliards d’objets connectés, nous passerons aussi de la 5G à la 6G, c’est 10 millions d’objets connectés au km2 », prévient Marc Watin-Augouard. Derrière ces perspectives technologiques se dessine un enjeu majeur, comment sécuriser un monde dans lequel toujours plus d’appareils communiquent entre eux, parfois sans que leurs utilisateurs en aient pleinement conscience ?
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L’intelligence artificielle, entre progrès et manipulation
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Au-delà des risques matériels, c’est aussi notre rapport à la réalité qui se trouve bouleversé. Avec le développement de l’intelligence artificielle, les frontières entre le vrai et le faux deviennent de plus en plus difficiles à distinguer. Images, vidéos, voix et informations peuvent être générées ou manipulées, au point de semer le doute et de fragiliser notre capacité à exercer notre jugement.
Une question se pose alors, jusqu’où l’intelligence artificielle pourra-t-elle prendre la place de l’intelligence humaine ? Pour Marc Watin-Augouard, le danger ne se limite pas à la perte de contrôle sur les machines. Il concerne aussi notre capacité à réfléchir, à analyser et à discerner le vrai du faux.
« Le numérique agit sur le cognitif », souligne-t-il. A l’heure où les outils d’intelligence artificielle peuvent influencer nos perceptions et nos décisions, la vigilance devient essentielle. « Le plus important est de protéger notre cerveau », préconise le général.
La vie privée est, elle aussi, directement concernée. Les lunettes équipées de caméras intégrées en sont une illustration, elles permettent de filmer ou de capter des images dans des situations ordinaires, parfois à l’insu des personnes présentes. Une nouvelle frontière s’ouvre ainsi entre innovation technologique, respect de l’intimité et droit à l’image.
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Des infrastructures stratégiques à protéger
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La cybercriminalité ne menace pas seulement les particuliers et les entreprises. Elle concerne également les infrastructures essentielles au fonctionnement du pays, notamment celles qui assurent notre approvisionnement en énergie.
Jean-Marc Autret, responsable de la sécurité chez EDF, est précisément chargé de contribuer à la protection des installations afin de garantir un monde énergétique sûr. Dans un secteur où la continuité de service est essentielle, anticiper les risques et réagir rapidement en cas d’incident constitue un impératif.
« Nous devons anticiper, détecter, contenir et reprendre », explique-t-il. Quatre verbes qui résument une stratégie de sécurité, prévoir les menaces avant qu’elles ne surviennent, repérer rapidement une attaque, en limiter les conséquences et rétablir le fonctionnement des systèmes touchés.
Car une cyberattaque contre des installations énergétiques pourrait avoir des répercussions bien au-delà des systèmes informatiques eux-mêmes. La protection de ces équipements représente donc un enjeu majeur pour la sécurité collective.
Et nul besoin d’imaginer une attaque de grande ampleur pour mesurer notre dépendance au numérique. Jean-Marc Autret invite à se projeter dans une situation toute simple. « Vous perdez votre portable et vous verrez à quoi vous êtes confronté ». Contacts, messages, applications, données personnelles, accès à certains services… La disparition d’un seul appareil peut rapidement compliquer le quotidien et révéler à quel point une partie de nos vies repose désormais sur les technologies numériques.
Cet exemple, accessible à tous, rappelle que la cybersécurité commence aussi par la protection de nos propres équipements et de nos données.
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Une criminalité en forte progression
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Si les menaces numériques interrogent notre avenir, elles constituent déjà une réalité quotidienne pour les forces de l’ordre. « La cybercriminalité est la criminalité du XXIe siècle », affirme Marc Watin-Augouard.
Un constat partagé par le général de division Christophe Husson, à la tête de la gendarmerie en Bourgogne-Franche-Comté. Sur les cinq dernières années, la cybercriminalité a progressé de 87 % sur le territoire, indique-t-il. Une hausse qui témoigne de l’ampleur du phénomène et de la diversité des infractions auxquelles les gendarmes doivent désormais faire face.
Cyberharcèlement, pédopornographie, atteintes aux biens, les formes de délinquance numérique sont multiples et touchent des victimes aux profils variés. Derrière les écrans, les conséquences sont bien réelles, qu’il s’agisse de souffrance psychologique, d’atteintes à la vie privée ou de pertes financières.
Pour répondre à ces nouvelles formes de criminalité, les gendarmes sont de mieux en mieux formés aux techniques d’investigation numériques. Mais leur action dépend aussi du signalement des faits par les victimes. « Si vous ne déposez pas plainte, il n’y aura pas d’enquête », rappelle Christophe Husson. Un message qui souligne l’importance de ne pas banaliser les agressions commises en ligne et d’engager des démarches lorsqu’on en est victime.
Le défi du XXIe siècle ne consiste donc pas uniquement à maîtriser les outils numériques. Il est aussi de veiller à ce qu’ils ne prennent pas le contrôle de nos vies.
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J.B.
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- À partir de 8h30 : accueil du public au hub&go, au Creusot.
- Tout au long de la journée : tables rondes et conférences consacrées à différentes thématiques liées aux risques cyber, ainsi que des exercices Cyber CT.
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