Jumelage Montceau Zory – « Les Déracinés » : ils ont pris racine, ils ont fait Montceau

A l’Embarcadère, « Les Déracinés » a offert un magnifique voyage dans l’histoire des familles polonaises et italiennes venues construire leur avenir à Montceau. Près de trois heures de spectacle, une salle comble et cette chaleur paisible des retrouvailles autour d’une histoire commune.

On les appelait les « Polaks », les « Macaronis ». Des mots qui pouvaient blesser, réduire une personne à son origine. Ils ont travaillé, fondé des familles, transmis leurs traditions. Ces déracinés ont pris racine, au sens le plus noble du terme. Et ils ont fait Montceau.

Dans la salle, des familles d’origine polonaise, italienne, mais aussi des Montcelliens dont les ancêtres étaient là avant ces arrivées. Tous réunis dans une ambiance chaleureuse et paisible. Cette atmosphère compte, elle disait déjà beaucoup de ce que le spectacle allait raconter.

Tout commence en 1918. La guerre s’achève et la Pologne retrouve son indépendance. La joie est immense, mais le travail manque. En France, après les souffrances de la Grande Guerre, on retrouve le plaisir de danser, de sortir, de s’amuser. Il faut aussi reconstruire. La convention franco-polonaise du 3 septembre 1919 organise le recrutement et l’accueil de travailleurs polonais. Pour beaucoup, commence alors le voyage vers les mines françaises.

Sur scène, cette histoire prend vie à travers les danses, les chants en polonais et les scènes du quotidien. Le tableau de la maîtresse d’école avec les enfants est particulièrement savoureux. On apprend, on sourit, on comprend comment une nouvelle vie se construit, entre la langue du pays quitté et celle du pays d’accueil.

Puis vient 1939. L’Allemagne nazie envahit la Pologne et la Seconde Guerre mondiale éclate. Les tableaux deviennent plus graves, toujours clairs et pédagogiques. Pour les Polonais installés à Montceau, une question déchirante se pose : faut-il partir défendre leur patrie ? Le spectacle évoque aussi ceux qui restent en France et s’engagent dans la Résistance, jusque dans la lutte armée.

Et, au milieu des épreuves, la vie continue. Les scènes le rappellent avec justesse, même dans la guerre, il faut vivre, travailler, aimer, tenir ensemble.

Après 1945, le récit nous conduit vers une Italie ruinée, d’où partent à leur tour des hommes en quête de travail. A Montceau, les parcours polonais et italiens se croisent. On partage la fatigue, les difficultés, mais aussi les coups de main et l’espoir d’un avenir meilleur. L’entraide devient une manière de prendre racine.

Le spectacle fait également une place au père Camillo Valota. Ce prêtre italien, déporté à Dachau et à Mauthausen, a accompagné pendant près de quarante ans la communauté italienne de Montceau. Travail, logement, démarches administratives, sa présence auprès des familles était aussi concrète que spirituelle. Une figure profondément humaine de notre histoire

Le final, autour de la chanson de l’avenue de l’Amitié, rassemble les voix et les origines, Polonais, Italiens, Portugais et tous les autres. Un beau message, porté par tout ce que l’on vient de voir, une ville se construit aussi dans les liens que ses habitants tissent entre eux.

Sous la direction de Gilles Maccaglia, avec Christiane Duda, les musiciens et de nombreux bénévoles enthousiastes, cette aventure collective a offert un spectacle généreux, vivant, remarquablement conduit.

Près de trois heures ont passé sans que l’attention retombe. Personne ne semblait s’ennuyer, chacun retrouvait quelque chose de sa famille, de son quartier, de sa ville.

Ce spectacle ressemble à Montceau. Mieux encore, ce spectacle, c’est Montceau.

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