Vingt ans d’amitié franco-polonaise entre Montceau-les-Mines et Zory. Vingt ans que les deux villes ont tissé des liens qui, au fil du temps, n’ont cessé de se renforcer. Jamais elles n’ont été aussi proches et, désormais, elles ne nourrissent qu’une envie, que cette fraternité se prolonge encore vingt ans. Et ce serait, à n’en pas douter, un minimum.
L’histoire entre Montceau-les-Mines et Zory, deux cités minières séparées par les frontières mais réunies par une histoire ouvrière commune, a commencé sous l’impulsion de Christiane Duda, à l’origine du jumelage. Mais certains épisodes de cette histoire semblent écrits pour devenir des symboles.
Celui qui se joue aujourd’hui à l’Embarcadère en est un particulièrement émouvant. Car, à l’occasion du 20e anniversaire du jumelage, les œuvres de Tomasz Rogalski sont de retour là où tout avait commencé pour leur auteur, à Montceau-les-Mines, au Bois du Verne, où il est né le 28 avril 1933.
Un peintre polonais né en France. Un enfant de Montceau devenu ingénieur des mines, puis peintre. Et dont le destin, à lui seul, raconte un peu de l’histoire mouvementée de ces familles polonaises venues travailler dans les bassins miniers français.
Ses parents avaient émigré en France. Son père, Jozef Rogalski, était mineur. La famille vécut près de vingt ans à Montceau.
Puis vint la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une importante campagne encouragea alors les Polonais installés en France à regagner leur pays d’origine. Les Rogalski firent le choix de retourner en Pologne, une Pologne alors communiste.
Tomasz Rogalski devint ingénieur des mines. Mais derrière le casque du mineur, un autre rêve demeurait. Il aurait aimé étudier la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Ce rêve, pourtant, ne se réalisera jamais.
Dans les années 1960, alors qu’il travaille dans le bassin houiller de Rybnik, il commence à peindre. Son métier l’amène à voyager. Employé par une société internationale, il se rend notamment à Paris et fréquente le Centre Pompidou, où il vient nourrir son regard au contact des grands maîtres français.
Et puis il y a les mineurs. Ils deviennent son sujet de prédilection, comme une évidence. Ceux qu’il côtoie, ceux dont il connaît les gestes, la rudesse du travail et les silences. Mais sous son pinceau, la mine dépasse la simple représentation du monde ouvrier. Elle devient poésie, parfois même surréalisme. Les hommes, les machines et les profondeurs de la terre se transforment en un univers singulier, presque onirique.
Tomasz Rogalski s’est éteint en 2022, à l’âge de 89 ans.
Et c’est alors que la magie de l’histoire a véritablement opéré.
Zuzanna, la fille de Tomasz, souhaitait confier les œuvres de son père au musée municipal de Zory. Et dans cette cité minière polonaise, un lien particulier existait déjà avec Montceau-les-Mines, la ville française où son père avait vu le jour.
Il ne manquait finalement qu’un trait d’union.
Le jumelage allait l’offrir.
Depuis samedi, dans le cadre du 20e anniversaire du jumelage entre Montceau-les-Mines et Zory, 120 tableaux de Tomasz Rogalski sont ainsi exposés à l’Embarcadère. Une exposition inaugurée en présence de Zuzanna, venue assister au retour, près de neuf décennies plus tard, des œuvres de son père dans sa ville natale.
Un retour qui dépasse largement le cadre d’une exposition.
Car à travers ces tableaux, c’est un enfant du Bois du Verne qui revient chez lui. Un enfant de mineur devenu ingénieur, puis peintre, qui retrouve Montceau. « Avec ses œuvres, Tomasz revient chez lui », déclarait Martine Boguet, conseillère déléguée aux jumelages.
Une phrase qui résume à elle seule toute la portée de cette exposition.
Vingt ans après le début de l’amitié entre Montceau-les-Mines et Żory, l’histoire s’écrit ainsi en peinture. Et, par-delà les frontières, les générations et les décennies, elle rappelle que les racines, elles, n’oublient jamais le chemin du retour.
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J.B.
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L’exposition Tomasz Rogalski est visible à l’Embarcadère jusqu’au 17 octobre 2026.
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