Elle assume. Nicoletta n’est pas du genre à se défiler. Elle ne cherche pas à faire croire qu’elle a encore vingt ans quand elle en a 82. « La vieillesse, c’est dans la tête », lance-t-elle au public de l’Embarcadère de Montceau-les-Mines, jeudi soir, en ouverture du festival BAM. Avant d’ajouter, avec ce franc-parler qui lui ressemble tant, « Tu parles, j’ai mal au dos tous les matins ».
Même si les premières chansons de son tour de chant, « La vie c’est un manège » et « Fermons les fenêtres et laissons les volets clos », ont pu faire naître quelques inquiétudes sur sa voix, Nicoletta a parfaitement repris ses marques par la suite. « Je n’ai plus vingt ans », reconnaît-elle avec lucidité. « Heureusement, j’ai des musiciens qui m’aident ».
Mais Nicoletta reste Nicoletta.
Son répertoire est si riche. Il a tellement accompagné nos jours et nos nuits, bercé une époque que les moins de quarante ans n’ont, hélas, pas connue. Une époque où les chansons s’installaient dans nos vies pour longtemps, où certaines voix devenaient presque des souvenirs de famille. Alors, au public de l’Embarcadère, le premier, on pardonne tout.
D’ailleurs, « maintenant, il faut faire doucement à la maison ». Mais lorsqu’ »on n’a que l’amour », comme dans cette magnifique reprise de Jacques Brel, on se dit que Nicoletta a encore beaucoup à donner. Son amour du public, lui, est intact. Indéfectible. La scène lui va toujours aussi bien et elle le sait mieux que quiconque, « La solitude, ça n’existe pas ».
Une chanson de Gilbert Bécaud, encore un grand monsieur de la chanson française qu’elle a eu la chance de rencontrer.
Et puis il y a Ray Charles.
Nous sommes en 1968, au Canada. A Montréal, les affiches du génie américain sont partout. « Le voir, c’était magique », raconte Nicoletta. Eddie Barclay produit Ray Charles, comme il la produit elle aussi à l’étranger. Le chanteur l’invite dans un restaurant chinois.
« Il a sorti son carnet en braille où il avait noté mon nom et il m’a dit : je t’appellerai ».
Et miracle, trois semaines plus tard, Ray Charles appelle Nicoletta. Il lui dit qu’il aime Il est mort le soleil. Six mois après, il en sort la version anglaise.
Dans les yeux de Nicoletta, le souvenir semble encore vivant.
La native de Thonon-les-Bains replonge alors dans le gospel, un peu sa marque de fabrique. Et quelque chose se passe. Comme si le temps, l’espace de quelques chansons, reculait. Elle retrouve de l’énergie. Son timbre prend de l’ampleur, sa joie de chanter aussi. La voix retrouve cette chaleur qui a traversé tant de décennies et accompagné tant de vies.
Puis vient le moment de laisser la scène à François Feldman, autre grand seigneur de la chanson française des années 80.
« Moi, je suis d’avant », fait remarquer aimablement Nicoletta. Puis, avec ce sourire qui semble résumer toute sa carrière, « je suis plus ancienne, mais je suis inoxydable ».
Le public, lui, a adoré.
Nicoletta est toujours là. Toujours debout. Toujours aimée.
![]()
J.B.
![]()























