Samedi matin, aux abords des Haras de Blanzy, le froid avait sorti les griffes. On se pelait. Une circonstance qui, à défaut de réchauffer l’atmosphère, tombait plutôt bien pour inaugurer la Maison des Chats Pelés !
Le maire, Cyrille Politi, n’allait d’ailleurs pas laisser passer pareille occasion. Dès les premiers mots de son discours, il se fendait d’un trait d’humour à la hauteur du lieu : « Il y a des lieux qui s’endorment. Et il y a des lieux qui attendent. Pendant des années, les Haras de Blanzy ont attendu. Aujourd’hui, ils se réveillent et ils ont pris du poil de la bête ».
Les chevaux, eux, ont depuis longtemps déserté les lieux. Il fut pourtant un temps où ils y tenaient le haut du pavé, indispensables aux travaux agricoles, aux activités militaires comme aux besoins de l’industrie. Les Haras avaient alors toute leur raison d’être. Puis le monde a changé, les sabots se sont tus et les bâtiments ont attendu leur prochaine histoire.
Aujourd’hui, c’est un éléphant qui monte la garde. Prospère, de son nom, est solidement arrimé au mur d’enceinte. De là, il observe les visiteurs qui s’aventurent dans la cour, sans doute avec cette patience propre aux pachydermes et aux témoins de l’Histoire. « A Blanzy, on aime les gens qui ont de la mémoire et l’éléphant, on le sait, n’oublie jamais », glissait le maire.
Les chevaux sont partis, donc. Mais les Haras sont restés. Avec leurs murs, leur mémoire et tous ces souvenirs associatifs qui s’y étaient accrochés au fil du temps, ils avaient fini par poser une question toute simple : que faire de cet héritage ?
Il fallait des idées, de l’imagination et quelques têtes bien faites. Ou peut-être des têtes dures voire raides, capables de ne pas baisser les bras devant l’ampleur de la tâche. Car si une seule tête, même bien pleine, aurait difficilement pu décider du sort des Haras, plusieurs allaient bientôt se retrouver pour leur inventer un avenir.
Tout est parti d’une rencontre. Pas de Premier League au programme, mais un mariage autrement créatif entre un instituteur adjoint à la culture et deux artistes aux allures de têtes primitives. Trois hommes, trois fortes personnalités, trois façons de voir le monde : Hervé Mazurek, Christian Olivier et Lionel Le Néouanic.
« Sans cette rencontre, nous ne serions pas là », soulignait Fanette Monnet, présidente de l’association Moustacha, à la tête de ses « moustachettes ».
Les deux artistes, Christian Olivier et Lionel Le Néouanic, cherchaient un lieu pour rassembler leurs œuvres. Ils sont venus, ils ont vu les Haras… et ce fut le coup de foudre. Les vieilles pierres avaient trouvé leurs artistes et les artistes, leur terrain de jeu.
Restait à transformer l’essai. Donner vie au lieu, l’animer, lui offrir une nouvelle vocation et faire rayonner son nom bien au-delà de Blanzy et du territoire. Un défi que Cyrille Politi rappelait avec conviction, il ne s’agissait pas seulement de restaurer des murs, mais d’y faire entrer la vie.
Peu à peu, les pièces du puzzle se sont emboîtées. La commune de Blanzy, l’association Moustacha et le collectif des Chats Pelés ont noué une alliance à trois voix, portée par des femmes et des hommes convaincus qu’un lieu patrimonial pouvait devenir bien davantage qu’un joli décor. Parmi eux, Jean-Louis Savetier, premier adjoint aujourd’hui, Gilles Galera, coordinateur culturel, Fanette Monnet, Christian Olivier et Lionel Le Néouanic.
Sur le papier, le projet avait de l’allure. Il aurait aussi pu y rester, bien rangé dans un carton, à prendre la poussière. Mais les bonnes idées ont parfois la vie dure, surtout lorsqu’elles trouvent des soutiens à leur mesure. La Région Bourgogne-Franche-Comté, les fonds européens, la CUCM et la Ville de Blanzy ont apporté leur concours à cette ambitieuse renaissance.
Au total, 750 000 euros ont été mobilisés pour mener à bien l’opération, financée à 80 % par des subventions. De quoi refaire une beauté aux bâtiments, mais surtout leur donner les moyens d’une nouvelle vie artistique, culturelle, créative, faite de rencontres, d’expositions et de musique.
Samedi matin, les Haras ont donc repris du poil de la bête. Entièrement restaurés et aménagés, ils s’apprêtent à accueillir les artistes, les curieux, les rêveurs et tous ceux qui préfèrent les lieux vivants aux monuments qui prennent la poussière.
Sur le fronton, les lettres affichent désormais la couleur : Les Haras de Blanzy – La Maison des Chats Pelés.
Une maison, justement. Pas un musée sous cloche ni une vieille bâtisse condamnée à contempler son passé. Une maison ouverte, habitée, traversée, où les œuvres pourront s’installer, où les idées pourront gambader et où les rencontres auront toute latitude pour faire des petits.
« Cette maison doit rester ouverte en semaine comme le week-end, accueillir un programme d’expositions, des événements et des artistes en résidence », précisait le maire.
Les chevaux ont laissé la place aux Chats Pelés. L’époque a changé de monture, mais pas d’envie de galoper.
Et puis, samedi, certains l’assurent, ils auraient aperçu un chat pelé traverser la cour, sous le regard amusé de Prospère, l’éléphant qui n’oublie jamais. Un drôle de félin, un peu cabossé peut-être, mais l’œil vif et la moustache en bataille.
Après tout, aux Haras de Blanzy, les murs ont retrouvé une histoire, l’éléphant veille sur la mémoire et les Chats Pelés ont désormais une maison.
Il ne reste plus qu’à laisser les chats faire leurs griffes.
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J.B.
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