80e anniversaire – Comme en 1946, Montceau-les-Mines rejoue la remise de la médaille de la Résistance

Comme si le temps s’était arrêté au 15 septembre 1946. Quatre-vingts ans jour pour jour après la remise de la médaille de la Résistance à la ville de Montceau-les-Mines, la cité minière a retrouvé, ce mardi 15 septembre 2026, les accents, les images et la solennité de cette journée historique.

Il y avait quelque chose d’irréel dans les rues de Montceau. Les uniformes, les drapeaux, les véhicules, le cortège… et surtout cette volonté de faire revivre, le temps d’une cérémonie, une page essentielle de l’histoire de la ville.

Tout avait été pensé pour renouer avec le 15 septembre 1946, lorsque le général de Lattre de Tassigny était venu personnellement remettre la médaille de la Résistance à la ville, représentée alors par son maire, Pierre-Fernand Mazuez. L’événement avait été particulièrement solennel. Le compte rendu publié à l’époque rapporte qu’à 10 h 50, le général remettait la décoration au représentant de la ville, en l’épinglant sur les écussons de Montceau.

Quatre-vingts ans plus tard, le décor change à peine

Le cortège s’est élancé de la gare de Montceau, comme en 1946, avant de gagner l’hôtel de ville. Là, un général _ dont le rôle était interprété par un membre de l’association Historic _ a symboliquement remis la médaille de la Résistance à Isabelle Louis, maire de Montceau-les-Mines.

Un geste symbolique, mais chargé d’une immense portée mémorielle, en 1946, la médaille était remise à une ville qui sortait à peine de la guerre, en 2026, elle revenait entre les mains de la représentante de cette même communauté, quatre-vingts ans plus tard.

Puis le cortège a repris sa route jusqu’au monument aux Morts, place de l’Église, renouant avec le parcours et les étapes de la cérémonie originelle.

« Une ville libérée par les Montcelliens »

Dans son intervention, Isabelle Louis a replacé cette cérémonie dans le contexte de septembre 1944. Deux ans seulement séparaient alors la Libération de Montceau de la remise de la médaille. La guerre était encore présente dans les mémoires, les plaies étaient encore ouvertes et la France commençait tout juste à se reconstruire.

La maire a rappelé cette formule qui résume une partie de l’identité résistante de la cité minière, « une ville libérée par les Montcelliens ».

Car avant d’être une décoration, la médaille est d’abord la reconnaissance d’une histoire collective.

Une histoire faite de femmes et d’hommes qui, dans des circonstances extraordinaires, ont choisi de dire non.

Non à l’Occupation. Non à la soumission. Non à l’occupant.

A Montceau, cette résistance prit de multiples formes, renseignements, sabotages, actions clandestines, engagement des mineurs et des cheminots, mais aussi participation directe aux combats qui conduisirent à la Libération.

Et parmi les épisodes les plus marquants figure évidemment la bataille de Galuzot, le 6 septembre 1944.

Ce jour-là, la Résistance affronta les forces allemandes autour d’un train blindé. L’affrontement, auquel participèrent notamment des maquisards et des groupes de résistants, devint l’un des épisodes emblématiques de la libération du Bassin minier. Deux résistants français y trouvèrent la mort.

Cette bataille est devenue l’un des symboles de cette ville qui, dès 1943, s’était affirmée comme un important centre de sabotage et de renseignement, surnommé par les Allemands le « Centre Noir ».

« La Résistance commence par un geste de refus »

Isabelle Louis a également choisi de rappeler une autre histoire, celle de cinq jeunes Montcelliens, parmi lesquels Roger Joly, qui avaient accompli un geste aussi simple en apparence que lourd de conséquences, sectionner le fil téléphonique reliant la Kommandantur installée à l’hôtel de ville au château du Plessis.

Un fil coupé. Un geste de sabotage. Mais derrière ce geste, une décision, celle de refuser.

« La Résistance commence par un geste de refus », a souligné la maire.

Une phrase qui prend tout son sens lorsqu’on se replace dans le Montceau de l’Occupation. Résister ne signifiait pas toujours porter une arme ou participer à une bataille. Cela pouvait être transmettre un renseignement, ralentir l’occupant, saboter une installation, cacher quelqu’un, distribuer clandestinement un journal ou simplement refuser de se soumettre.

C’est cette diversité des engagements que la médaille venait reconnaître.

Les mineurs au cœur de la Résistance

Impossible, dans une ville comme Montceau-les-Mines, de raconter cette histoire sans parler des mineurs.

Les Gueules noires furent nombreuses à s’engager dans la Résistance. Leur connaissance du Bassin minier, leur solidarité et leur capacité à s’organiser constituèrent des éléments importants de la résistance locale. La mémoire montcellienne associe depuis longtemps la Libération à cet engagement des mineurs.

Isabelle Louis n’a pas non plus oublié les communistes et les socialistes, rappelant notamment la figure de Pierre-Fernand Mazuez, maire socialiste au moment où la médaille fut remise à la ville.

Elle a également rendu hommage à ces hommes venus d’ailleurs, ces mineurs polonais et italiens, ces étrangers devenus une part de l’histoire du Bassin minier et de sa Résistance.

Car la médaille ne récompensait pas seulement quelques individus. Elle venait saluer une communauté. Une ville et celles et ceux qui la faisaient vivre.

Une médaille pour une ville, une médaille pour un peuple

La Médaille de la Résistance française avait été créée pendant la guerre par le général de Gaulle afin de reconnaître les actes remarquables de foi et de courage ayant contribué à la Résistance contre l’ennemi et ses complices. Elle porte notamment la croix de Lorraine, la date du 18 juin 1940 et la devise « Patria non immemor » (La Patrie n’oublie pas). Son ruban noir et rouge évoque le deuil et le sang versé.

Mais lorsque cette décoration fut attribuée à Montceau, elle prit une dimension particulière. Elle fut décernée à la ville.

Le décret du 24 avril 1946 reconnaissait ainsi officiellement les mérites de Montceau-les-Mines, présentée comme une grande cité minière dont le patriotisme, le travail et le courage s’étaient affirmés avec éclat, et comme un symbole de l’esprit résistant.

Et c’est précisément ce que la cérémonie du 15 septembre 2026 a voulu rappeler.

Cette médaille n’appartient pas à un seul homme. Elle n’appartient pas à un seul parti. Elle n’appartient pas à une seule génération. Elle appartient à l’histoire de Montceau-les-Mines.

Seulement 17 villes en métropole

La solennité de cette décoration tient aussi à sa rareté.

La Médaille de la Résistance française n’a été attribuée qu’à 17 villes ou villages de métropole, auxquels s’ajoute la Nouvelle-Calédonie en tant que collectivité territoriale. Parmi ces communes figurent Brest, Caen, Lyon, Oyonnax, Nantua, Thônes, l’Île de Sein… et Montceau-les-Mines.

Être ville médaillée de la Résistance constitue donc une distinction exceptionnelle.

La médaille ne récompense pas simplement un fait d’armes isolé. Elle vient reconnaître, à travers une collectivité, un engagement collectif dans la Résistance. C’est ce qui donne à la cérémonie de ce mardi une dimension si particulière.

En 1946, le général de Lattre venait rendre hommage à une ville qui sortait de quatre années d’Occupation.

En 2026, un général, incarné par un membre d’Historic, est venu symboliquement refaire ce geste.

Entre les deux cérémonies, quatre-vingts années se sont écoulées. Mais le message, lui, n’a pas changé.

1946-2026 : le même hommage, une mémoire toujours vivante

Il y avait donc, ce mardi 15 septembre 2026, quelque chose de plus qu’une reconstitution historique. Il y avait un passage de relais. Celui d’une génération qui avait connu la guerre à une génération qui ne la connaît plus que par les livres, les photographies, les monuments et les témoignages.

Le cortège parti de la gare, l’arrivée à l’hôtel de ville, la remise symbolique de la médaille à Isabelle Louis, puis la marche jusqu’au monument aux Morts, autant d’images qui ont permis, pendant quelques heures, de faire dialoguer 1946 et 2026.

Et de rappeler qu’il y a quatre-vingts ans, dans une France encore meurtrie, Montceau-les-Mines recevait une décoration exceptionnelle. Une décoration qui disait à ses habitants : la Patrie n’a pas oublié.

Elle n’a pas oublié les résistants. Elle n’a pas oublié les mineurs. Elle n’a pas oublié les cheminots. Elle n’a pas oublié les femmes et les hommes de l’ombre. Elle n’a pas oublié les morts. Elle n’a pas oublié les jeunes qui, parfois au péril de leur vie, ont simplement décidé de dire non.

Et, quatre-vingts ans après la cérémonie de 1946, Montceau continue de raconter cette histoire.

Parce qu’une médaille peut être de bronze, mais la mémoire qu’elle porte, elle, ne vieillit pas.

J.B.

 

 

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