Rencontre – « Nous les gilets jaunes du Magny », Elsa raconte de la révolte à la fraternité

Elsa Mercier, 40 ans, traductrice indépendante, prête aujourd’hui sa plume à un livre-témoignage, son journal qu’elle a tenu pendant un an. Une chronique qui ravive des souvenirs. La quête d’une vie meilleure.  

Comme pour des millions de Français, le gilet jaune n’a pas été seulement un signe de ralliement sur les ronds-points, au camp du Magny ou lors des blocages de la RCEA. Il fut la couleur d’un espoir. Presque celle d’un nouveau monde. Un monde de solidarité et de diversité, où les différences semblaient s’effacer devant l’urgence de vivre autrement.

De cette période, Elsa Mercier garde une conviction intacte. « Il est possible de vivre ensemble, qu’on soit de droite, de gauche ou des extrêmes. On pouvait discuter avec tout le monde ».

Son premier rendez-vous au Magny, à Montceau-les-Mines, le samedi 17 novembre 2018, elle ne l’a pas manqué. Depuis plusieurs jours déjà, elle suivait la montée en puissance du mouvement sur les réseaux sociaux. Le 12 novembre, elle était à Perrecy-les-Forges, à une réunion d’information. L’idée circulait, audacieuse, rendre la RCEA à Génelard, au Magny, à la Fiolle, au rond-point Jeanne-Rose… la rendre aux piétons, aux vélos, aux citoyens.

Avant même le 17 novembre, les chaînes d’information parlaient de révolte. Après Mai 68, disait-on, viendrait peut-être novembre 2018.

Elsa, elle, n’a rien oublié.

Après une semaine de mobilisation, elle a ressenti le besoin d’écrire. « J’ai pris la plume. J’ai tenu un journal. Je voulais garder une trace, pour moi. Nous avons vécu quelque chose d’exceptionnel. Je sentais bien qu’il se passait quelque chose ».

Elle écrit, elle griffonne, de peur que les souvenirs ne s’effacent. « Je savais qu’un jour je publierais, sans connaître la date ».

Décembre 2025. Son livre est là. Nous, les gilets jaunes du Magny, retour sur un an de lutte et de fraternité. Un recueil, un témoignage. Sur la couverture, une image qui parle d’elle-même, un éclat de jaune et des poings serrés.

Près de huit ans plus tard, son livre réchauffe comme un bol avalé au camp du Magny. « La fameuse soupe de Y, celle qui réchauffait les corps et les cœurs », se souvient-elle avec un sourire.

Le mouvement des gilets jaunes a fait trembler l’État. Paris s’en souvient encore. Et partout en France, un chant résonnait :
« On est là, on est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là… » Un refrain pour l’honneur des travailleurs et l’espoir d’un monde meilleur.

Pendant un an, Elsa fait revivre ces heures intenses _ tour à tour lumineuses et tumultueuses _ au fil des pages d’un journal qu’elle a voulu collectif, comme une porte ouverte à d’autres voix.

La lutte a porté l’espérance d’un changement radical pour ceux qui ne supportaient plus les injustices. « J’attendais un bouleversement du système. On se rend compte aujourd’hui que rien ne fonctionne vraiment. Notre système est devenu si compliqué… Si chacun contribuait à sa juste mesure, tout irait mieux ».

Le bilan ?
« Une grande déception. Nous n’avons obtenu que des miettes. Mais humainement, ce fut une expérience immense ».

L’injustice, hier comme aujourd’hui, l’indigne. Aider les autres fait partie de sa nature. « C’est mon caractère. Quand c’est injuste, j’ai du mal à me taire ».

Elle le reconnaît, malgré les combats menés contre les inégalités, les lignes ont peu bougé. « Nous n’avons pas avancé d’un iota ».
Ce n’est pas du désenchantement, plutôt la conviction tranquille qu’ »on peut faire autrement ».

Autrement, c’est le marché de la Trèche, à Sanvignes, qu’elle a créé avec un collectif né pendant le Covid. Chaque jeudi après-midi, il prouve qu’il est possible d’entreprendre en dehors des cadres imposés.

Les gilets jaunes ont changé sa vie. Le sens du collectif, la décision partagée, la solidarité concrète lui ont tracé une ligne _  jaune _ à suivre.

Et peut-être, un jour, s’engagera-t-elle localement en politique.

Parce que certaines révoltes ne s’éteignent pas. Elles se transforment.

J.B.

Vendredi 27 février 2026, Elsa Mercier propose une rencontre – échanges à la Volière, rue des Oiseaux à Montceau-les-Mines à 18h30.

Son livre, « Les gilets jaunes du Magny » est disponible à la librairie De deux choses Lune, rue de la République à Montceau (15 €).

Imprimé par Centre Com Montceau.

Contact : elsamercierGJ@protonmail.com

 

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