Rencontre – Gabriel Piejak, le rouge et blanc, les couleurs d’une vie de judoka

Il a passé moins de temps à Toulouse que sur les tatamis. Né sur les bords de la Garonne, Gabriel Piejak n’y est resté que trois mois. « A peine le temps de naître », sourit il. Son véritable port d’attache est ailleurs, à Montchanin, où il vit depuis quarante-cinq ans. Un ancrage presque évident. « Mon père est de Montceau, il a été policier au Creusot et ma mère vient de la région parisienne ».

Lui aussi porte un uniforme, même si le mot est impropre. Le kimono est devenu sa seconde peau. Il l’enfile pour la première fois à huit ans. Bien avant cela, dès l’âge de quatre ans, le judo l’attire déjà. « Pourquoi ? A cet âge-là, on ne sait pas vraiment ce qu’on veut faire ». Pourtant, le choix est fait. Le judo ne le quittera plus, jour et nuit, comme une respiration.

Quand le temps le lui permet, Gabriel Piejak aime marcher dans la nature, s’offrir une séance de cinéma ou bricoler. Des parenthèses, presque anecdotiques, au regard des heures innombrables passées sur les tatamis. Le judo n’est pas une activité, c’est une vie. Une vie à laquelle il se consacre depuis quarante-deux ans.

Il a connu la compétition, sans jamais chercher les sommets du très haut niveau. Son terrain d’expression est ailleurs. Dans l’arbitrage _ il devient arbitre national en 2012 _ et surtout dans l’enseignement. Car le judo ne se limite pas à un affrontement codifié, c’est un art martial qui s’approfondit sans cesse, une école de rigueur, une méthode éducative.

Dans cet univers, Gabriel Piejak excelle.

A Montchanin, il trouve un maître pour transmettre bien plus que des techniques. Mohamed Zemzemi, fondateur de l’Alliance Dojo 71 il y a trente-six ans, lui enseigne les valeurs morales du judo, celles qui forgent autant l’homme que le judoka.

Aujourd’hui, l’élève rejoint le maître. Gabriel Piejak est désormais 6e Dan. Il a reçu la ceinture rouge et blanche, comme Mohamed Zemzemi avant lui, premier à l’obtenir en Bourgogne–Franche-Comté. Deux couleurs chargées de symboles, le rouge pour la passion, le blanc pour la pureté.

Le Graal du judo, ou presque. « Le 6e Dan paraît inaccessible », confie-t-il. « C’est rare. Nous ne sommes que six en Saône-et-Loire ».

Ce haut grade consacre des décennies de travail, mais surtout une fidélité à l’esprit du judo et à la transmission de ses valeurs. « C’est une belle reconnaissance. J’en suis fier. Deux ans de préparation ont été nécessaires pour l’examen », dit-il, malgré plus de quarante années de pratique derrière lui.

Son engagement au sein de l’Alliance Dojo 71 n’est plus à démontrer et qui plus est, Gabriel Piejak est un homme comblé, son métier est devenu sa passion, et sa passion, une manière de vivre.

Le 7e Dan ? Oui et non. « Il faut attendre treize ans. Ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore ». Quant au 10e Dan, un seul est au sommet en France, il s’agit de Jean-Luc Rougé, premier champion du monde tricolore en 1975.

En attendant, Gabriel Piejak porte sa ceinture rouge et blanche avec fierté. Elle est le fruit d’un long chemin. Et il l’a parcouru, pas à pas, avec constance et humilité.

J.B.

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