Municipales 2026 – Pour Vincent Chauvet, « à Autun, le vrai danger, c’est le RN »

Il repart à la conquête de sa ville dont il est le maire. Vincent Chauvet se veut proche de ses habitants, améliorer leur quotidien, poursuivre les projets déjà lancés et avance des idées pour développer la gare routière du TGV, désormais la gare des Autunois.  

La table du banquet sera-t-elle assez grande pour accueillir tous les protagonistes des prochaines élections municipales à Autun ? Rien n’est moins sûr. Encore faudrait-il que chacun accepte de partager ne serait-ce qu’une cervoise.

A droite et au centre, l’ambiance ressemble davantage à une partie d’observation, en chien de fusil, qu’à un repas convivial. Il faut dire que la situation a de quoi intriguer. Le maire sortant, Vincent Chauvet, a longtemps travaillé avec Rémy Rebeyrotte et Véronique Pacaud. Aujourd’hui, chacun prépare sa propre liste. Ajoutez à cela Sophie Drouhin, et le tableau est complet.

Avec quatre listes issues de la droite et du centre, le paysage politique autunois apparaît morcelé. Une fragmentation qui ne semble pourtant pas troubler outre mesure le maire sortant, lequel présentera sa liste début février. « Quinze élus repartent avec moi et j’ai constitué un collectif de cinquante personnes », affirme-t-il.

Des explications s’imposent.

En 2014, Vincent Chauvet est élu sur la liste de Rémy Rebeyrotte. « Moi, j’étais Modem », rappelle-t-il. En 2017, Rémy Rebeyrotte est élu député Renaissance, Vincent Chauvet devient alors maire à la suite d’un vote du conseil municipal, avec seulement trois abstentions. A 29 ans, il devient le plus jeune maire du département, alors même qu’il est encore largement inconnu du grand public.

En 2020, Rémy Rebeyrotte figure en cinquième position sur la liste de Vincent Chauvet, qui est réélu. Mais en 2021, élu conseiller régional, il démissionne du conseil municipal. Entre les deux hommes, aucun nuage à l’horizon, jusqu’aux législatives de 2024. Aurélien Dutremble (RN) bat alors Rémy Rebeyrotte de seulement 22 voix. « C’est à ce moment-là qu’il a changé d’attitude », confie Vincent Chauvet. « Il a estimé qu’il avait perdu à cause de la ville d’Autun. Pourtant, nous avons tous voté contre le RN au second tour ».

Quant à Véronique Pacaud, ancienne adjointe aux finances, le maire lui a retiré sa délégation, acte politique lourd de conséquences dans une équipe municipale.

A cette équation déjà complexe pourraient s’ajouter d’autres inconnues. « José Granado, un commerçant, pourrait monter une liste et probablement Lutte ouvrière », avance Vincent Chauvet. Et surtout, il y a Aurélien Dutremble, le député RN, bien décidé à capitaliser sur sa notoriété locale. « Le vrai danger de ces municipales, c’est le RN », tranche le maire sortant. « Dutremble est lisse, il communique bien. C’est un organisateur de spectacle, il a un fan-club ». Reste une question institutionnelle : élu, serait-il vraiment maire ? Il peut cumuler les fonctions de député et de conseiller régional, ou de député et de conseiller municipal, ou encore être maire et conseiller régional.

Nous n’en sommes pas encore là.

En attendant, Vincent Chauvet défend son bilan. 3Nous avons stabilisé la population », affirme-t-il, en réponse aux critiques de Sophie Drouhin, qui rappelle qu’Autun a perdu 30 % de ses habitants en trente ans. « Nous allons surtout poursuivre les projets engagés », rappelle t-il, citant la commercialisation de l’hôtel Saint-Louis, propriété de la ville, la création d’une résidence intergénérationnelle dans l’ancien hôpital ou encore la poursuite des travaux du musée, pour « encore deux à trois ans ».

Pour le maire sortant, les attentes des Autunois sont claires, « améliorer le quotidien ». Entretien de la ville comme les remparts François Ier, rénovation des bâtiments, installation de caméras de vidéoprotection, création de jardins partagés. « Ce ne sera pas une campagne de grands projets, alors que le logement, la santé et la sécurité relèvent d’échecs de la politique nationale », estime-t-il.

Un dossier lui tient toutefois particulièrement à cœur, celui de la gare TGV Creusot–Montchanin–Montceau. « C’est notre gare à nous », insiste-t-il, Autun ayant perdu sa véritable desserte ferroviaire. « Nous n’avons plus de liaison par train mais des navettes de bus pour Autun–Dijon, que j’ai obtenues, et pour la gare TGV ».

Il se montre néanmoins critique sur l’organisation de la gare routière du TGV. « Il n’y a ni quai, ni information sur les bus », déplore-t-il. « Avec la SNCF, la CUCM et Autun, mettons-nous autour de la table. Nous sommes prêts à mettre de l’argent pour une gare routière digne de ce nom. C’est un enjeu d’attractivité pour le territoire. Autun est un peu le Neuilly-sur-Seine de la CUCM pour attirer des cadres ». Il regrette également le manque de liaisons entre bassins d’emploi et le faible développement des mobilités.

Vincent Chauvet est un maire atypique, au parcours encore méconnu. Diplômé d’HEC, passé par Sciences Po Paris et titulaire d’une licence d’histoire, il a travaillé aux États-Unis et à Bruxelles. Il siège au bureau de l’Association des petites villes de France et représente les maires français au Comité européen des régions. « Ce n’est pas une perte de temps, c’est indispensable pour se constituer un réseau », assure-t-il.

Le service public coule dans ses veines avec un grand-père conseiller municipal sous Marcel Lucotte, un père sous-préfet, une mère enseignante et une autre branche familiale issue du monde militaire.

Reste une question, désormais centrale, Vincent Chauvet restera t-il maire d’Autun ?

J.B.

Les commentaires sont fermés.